Qui a tué le Héros ? : Tome 1 Chapitre de Marie
Chapitre de Marie[edit]
- Pour moi aussi, c'était le Héros.
Répondit-elle avec un sourire doux quand je lui demandai sa relation avec le Héros.
Marie Rolent. La prêtresse qui avait le rôle de soigneuse chez les compagnons du Héros. Actuellement, elle était l’évêque en charge de l'Église. Depuis jeune, elle utilise sa magie de soin sans faire de distinction sur le statut social de la personne, et c’est pour cela qu’on l’appelle la Sainte Marie.
- On a commencé à bien s'entendre depuis l’époque de l’Académie. Un jour, il m'a soudainement adressé la parole. Tu pourrais m'enseigner la magie de soin ? Au début j'ai cru qu'il me faisait la cour, c'était toujours dans ce but que les hommes venaient me parler.
Marie fit un sourire taquin. Elle avait de longs cheveux noirs comme de la soie, une peau blanche comme de la porcelaine, et des yeux qui dégageaient un air de mystère.
On complimente sa beauté dans les récits héroïques du Héros, et celle-ci n'avait pas pris une ride, au contraire, elle devenait de plus en plus belle.
- En l'écoutant, j'ai compris qu'il était sérieux. Il était convaincu que le Héros était un guerrier capable d'utiliser les magies d’attaques et de soins.
- On raconte qu’à l’origine, le Héros pouvait utiliser ces deux magies, et même encore aujourd'hui c’est ce qu’on dit. C'était si étrange que ça ?
- Oui. Ou plutôt, pour les utiliser, il fallait un don inné. À l’époque, on pensait que posséder ces deux dons et être un grand guerrier était impossible.
- C’est le Héros qui doit battre le Roi Démon, alors justement son rôle n’est-il pas de rendre l'impossible, possible ?
- Je n'ai rien à redire sur ça, vous avez raison. Mais ce genre d'individu ne s'était pas manifesté pendant plus de 200 ans. Au début de sa création, on raconte que l’Académie formait des guerriers capables d'utiliser ces deux magies, mais que c'était si peu efficace d’apprendre les trois à la fois qu'ils ont arrêté très tôt. La magie offensive et la magie de soin ont une mauvaise affinité. La magie est un moyen de percevoir sous la forme de mana, la loi naturelle qui gouverne notre monde, et de l'utiliser, mais nous, les prêtres, nous considérons cette loi comme étant la bénédiction de Dieu, et nous approprions cette force en son nom. La façon de penser est différente, alors les rendre compatibles est difficile.
La différence de nature entre la magie offensive des mages et les miracles de Dieu qu'est la magie de soin est un sujet de débat encore d'actualité aujourd'hui. Bien que certaines personnes capables soient capables de maitriser, les deux, la limite est que l’une des deux magies ne dépasse pas le niveau débutant.
- De plus, l'entrainement des guerriers et celui des prêtres sont différents. À l'Académie, les classes sont réparties en profession, car le but était de promouvoir la spécialisation dans un domaine particulier, et aussi d'améliorer l’efficacité des cours de la formation.
- Et donc vous avez enseigné la magie de soin à Alex ?
- J'étais intrigué. Est-ce que les personnes sans don peuvent recevoir la Grâce de Dieu ou non ?
Marie était une femme qui gardait toujours un sourire rempli de tendresse, mais ce sujet était délicat.
- Qu’est-ce que cela signifie d’avoir un don pour être prêtre ?
- C'est de pouvoir sentir ou non l'existence de Dieu, je dirais. Être très pieux ou non n'a rien à voir là-dedans.
Elle démentit sans hésiter la relation avec la foi.
- On peut devenir plus pieux si l'on ressent l'existence de Dieu, mais l’inverse n’est pas vrai. J'ai vu beaucoup de personnes qui étaient plus croyantes que moi jusqu'à maintenant, mais ce n'est pas pour autant qu'ils ressentaient la présence du Seigneur. C'est un don.
Les prêtres ont besoin d'un don inné -- d'une bénédiction de Dieu. Tout le monde le sait, mais c'est rare de voir quelqu’un renier autant les liens avec la foi, et en plus de la part d’un évêque.
- Ce n'est pas spécialement un tabou, bien qu'énormément de personnes ont du mal à l'accepter. Enfin, reprenons, voulez-vous. Je disais donc, Alex n'avait ni don, ni même foi, il se demandait Si Dieu existe réellement, alors pourquoi les monstres existent ? Il était franc. Pas mal de personnes qui se battent vraiment contre les monstres, comme les guerriers, pensent pareil.
La relation entre Dieu et les monstres est souvent sujette à débat. Cependant, tous les prêtres évitent une réponse définitive, en disant que c’est, car Dieu a une profonde idée derrière la tête, que les mortels ne pourraient comprendre.
- Et donc Alex m'a intéressé. Je me suis demandé si un homme qui n'avait ni don ni piété pouvait devenir capable d'utiliser la magie de soin, alors je lui ai appris.
- C'est facile d'enseigner les miracles de Dieu ?
- Non, c’est compliqué, surtout à ceux qui n'ont pas de don. C'est assez difficile de demander à quelqu'un qui ne perçoit pas du tout le Seigneur de le percevoir. C'est comme apprendre à parler à un chien.
- Mais ça s’est bien passé. Dans les récits héroïques, on stipule clairement que le Héros était capable d'utiliser les miracles de Dieu.
- Est-ce qu'on peut vraiment dire ça. Je lui ai enseigné les bases, puis il s'est mis peu à peu à sentir le Seigneur. Et après avoir consacré plus de deux ans dessus, il a enfin réussi à maitriser les sorts de base.
- Au final, il a réussi, alors n'est-ce pas un succès ?
- Les personnes qui veulent devenir prêtres réussissent au bout d'un mois environ, même pour les plus lents. Enfin, ceux qui ont le don y parviennent inconsciemment, mais dans son cas, pendant deux ans il n'a pas progressé du tout, vous savez ? Je ne comprenais pas comment il faisait pour continuer à faire des efforts.
- Il a essayé d'acquérir la magie de soin, même si les résultats ne suivaient pas. N'est-ce pas justement pour cela qu'il est devenu le Héros ?
- Est-ce vraiment le cas ? Au début, moi aussi je l'observais avec beaucoup d'intérêt. Comme je le pensais, le miracle de Dieu ne touche pas les personnes sans don, mais même après deux ans, il a continué de s'entrainer, alors qu’il n’y avait aucun signe qu'il réussirait à la maitriser. Quelqu'un de normal aurait surement abandonné rapidement après trois mois sans résultat. Avec un don ou de la piété comme support mental, je peux comprendre ceux qui continuent, mais lui n'avait aucun des deux.
- Vous n'avez pas compris pourquoi Alex s'entrainait à la magie de soin ?
- Il y a une rumeur selon laquelle un Héros légendaire des temps anciens était capable de l'utiliser, mais on ne sait pas si c'est vrai ou non. De plus, cela fait plus de dix ans maintenant que les rôles au sein d'un groupe sont fixes. La personne qui a le rôle Guerrier a juste à être devant, alors elle n'a pas besoin d'utiliser d’incantation de soin, c'est du bon sens. Ce n'était pas juste moi, tout le monde à l'Académie le trouvait étrange de s'entrainer dans ce domaine.
- Maintenant que vous le dites, en effet, ceux à l'avant-garde n'ont pas besoin d'utiliser les sortilèges médicaux. Évidemment, c'est surement utile de pouvoir les utiliser, mais ils n’ont pas grande nécessité s'il le groupe fonctionne correctement.
- C'est ça. En plus, je lui ai juste appris des choses sur l'existence de Dieu, je ne regardais pas tout le temps ses entrainements. Je lui ai déjà donné mon avis, comme quoi il n'avait pas de don, mais au final, ça ne l’a pas l'arrêté.
- Et pourtant, il est parvenu à maitriser les miracles de Dieu ?
- Il a prouvé que même sans don ni foi, on pouvait les utiliser. En revanche, il n'a maitrisé que les incantations basiques, alors je ne voyais pas ça comme quelque chose de très significatif.
- Les sorts de débutants ne soignent que les petites blessures et les bleus.
- C’est le genre de chose qui guérit avec le temps, alors ça ne nous apparaissait pas comme très utile. Pour nous les prêtres, soigner ce type de blessure en combat n’était pas nécessaire, c’était la norme. On n’en finit pas si on s'occupe de les soigner aussi. Néanmoins, Alex connaissait l'importance de les traiter.
- Soigner même les petites blessures était importants ?
- Même si on pense que ce n'est rien, si on les laisse, nos mouvements perdent clairement en vivacité. Peu importe la blessure, celle-ci va gêner les mouvements, que ce soit de peu ou de beaucoup, alors si l'on veut toujours pouvoir bouger au maximum, il faut soigner toutes les blessures. Je m’occupais de guérir les plaies les plus importantes, et lui il soignait les petites. La ténacité du Héros quand il se battait venait de ces sorts de soin basiques.
- Les récits héroïques font l'éloge de la bravoure d'Alex, qui n'a eu de cesse de faire face à des épreuves et à l'adversité, sans céder. Vous voulez dire que son secret était cette magie ?
- Oui. Il comprenait l'importance d'accumuler ces petites choses. Même contre des monstres forts à en perdre tout espoir, il les terrassait en leur portant plein de petits coups, et même quand des obstacles infranchissables nous barraient la route, il les surmontait en concentrant des efforts constants. Dis comme ça, ça parait simple, mais ça prenait énormément de temps, vous savez ? On s'est déjà battu trois jours et trois nuits sans dormir pour battre un ennemi. Mais juste après tout le monde s'est endormi sur place, c’était comme si on s'était évanouis. Si on nous avait attaqués à ce moment-là, ça en aurait surement été fini de nous.
Marie sourit, comme si elle ressentait de la nostalgie pour cette époque.
- Mais si vous passez votre temps à faire ça, ça ne rendrait pas le voyage plutôt long ?
Le voyage du Héros n'était pas aussi long dans les récits.
- Oui, si on l’avait laissé se charger de tout, notre périple aurait été extrêmement long. Mais Léon, Solon, et moi bien sûr, étions des prodiges, alors on a pu régler la majorité des problèmes en un rien de temps, et à chaque fois on lui disait Si on te laissait faire, le Roi Démon mourrait de vieillesse. On était tous les trois bornés, alors c’était peut-être notre façon à nous d’essayer d’être condescendant avec lui, mais dans ces moments-là, il se grattait la tête en souriant et nous répondait Merci, vous m'avez sauvé la mise, alors c'est nous qui avions l'air d'imbéciles.
- Vous avez l'air heureuse en répondant, vous aimiez Alex ?
- J'ai répondu je ne sais combien de fois à cette question. Et à chaque fois je réponds pareil. Je n'aimais pas Alex, c'est la vérité.
Répondit-elle. Son visage ne montrait aucun mensonge.
- Des rumeurs courent comme quoi vous n'arrivez pas à oublier Alex, et que c'est pour cela que vous restez célibataire.
- Vous posez des questions très privées, n'est-ce pas ? J'ai juste loupé ma chance. Je serais peut-être marié depuis longtemps si j'avais eu un peu plus de courage. On dit que je suis une Sainte, mais en réalité je suis une lâche.
- Pourquoi le Héros est-il mort ?
- C'est triste, mais c’était surement la volonté de Dieu. Tout ce que je peux dire, c'est que c'était le rôle d’Alex.
Fragment 1
À l'Académie, les classes étaient divisées en rôle que l’on voulait, Guerrier, Prêtre, et Mage, mais je ne pouvais apprendre que la spécialisation de la classe dans laquelle j’étais. Je m’étais complètement trompé dans mes calculs.
De nombreux Héros sont sortis de cette école, alors je pensais que même en classe Guerrier, je pourrais étudier un peu la magie offensive et de soin, mais apprendre le combat rapproché et la magie en même temps n’étaient pas très efficient, et surtout, ces magies demandaient des dons innés. Pour ces raisons, ces domaines ont été divisés en spécialité bien distincte.
Toutefois, ce n'était pas une excuse pour abandonner. Il fallait que le Héros puisse utiliser les sortilèges d’attaque et de soin. Mais surtout, j'en sentais moi-même la nécessité.
- Tu peux m'enseigner la magie de soin ?
Je demandai à une célébrité de la classe Prêtre, Marie Rolent. C'était une beauté aux longs et jolis cheveux noirs, et à la peau blanche et nette. C'était surement la femme la plus ravissante que j'avais rencontrée jusqu'à maintenant.
Bien sûr, je ne lui avais pas adressé la parole, car elle était belle. Les autres de la classe Prêtre faisait leur maximum pour ne pas être à la traine en cours, et avaient les mains prises, tandis que seule Marie était détendue, alors j'espérais que peut être, elle voudrait bien m'apprendre.
De plus, les autres estimaient qu'elle deviendrait la Sainte, et avait pour réputation d'être quelqu'un d'affectueux.
- Je ne pense pas que le job Guerrier ait besoin de maitriser la magie de soin.
Me répondit-elle en souriant.
- Je veux devenir le Héros. Alors il faut que je puisse aussi l’utiliser.
Mes paroles surprirent Marie. Les autres élèves à côté s'agitèrent.
- Je vois... On raconte que le Héros était ce genre de personne, mais aujourd'hui, on considère que recourir à l'épée et la magie en même temps n’est pas très efficient. Ce n'est pas trop recommandé, tu le sais ça ?
- Oui. Un professeur m'a dit la même chose, et a refusé de me l’enseigner.
- Et donc, c’est pour ça que tu me demandes à moi ?
- C'est ça. J'ai entendu dire que tu avais d'excellents résultats en classe Prêtre, et que tu étais une âme charitable, comme une sainte, alors je me disais que peut être tu serais d'accord.
- Tu ne trouves pas que tu es insolent, à profiter de la gentillesse de Dame Marie ?
Une fille de la classe Prêtre au visage sévère et un peu rondouillet s'interposa. À en juger par son apparence, le job Guerrier lui irait surement mieux que le job de Prêtre.
- Laisse, il ne me dérange pas.
Dit doucement Marie à la fille un peu dodue.
- Je suis encore loin d'être la Sainte, j'ai encore beaucoup à apprendre. Mais guider les Hommes est aussi le devoir des servants de Dieu. Si tu ne vois pas d'inconvénient à ce que cela soit quand j'ai du temps libre, alors je t'enseignerais ce qu'il faut savoir sur le Seigneur.
Marie fit un sourire rempli de compassion. Tous les élèves dans la salle qui l’entendirent la complimentèrent.
- Quelle gentillesse !
- Elle est vraiment digne d’être la Sainte.
- Elle prêche les préceptes de Dieu même à un roturier, rendez-vous compte !
J'étais moi aussi reconnaissant de Marie, et la remerciai.
Cependant, j'allais plus tard réaliser.
Qu'elle ne mentait en rien quand elle disait qu'elle était loin d'être une sainte.
※ ※ ※
Peu de temps après, Marie vint me voir pendant que je m'entrainais derrière les bâtiments de l'école.
- Alex, tu as du temps ?
- Oh, c'est toi Marie. Tu ne serais pas venu pour m'apprendre la magie de soin, par hasard ?
- Non, ça ne sert à rien que j’enseigne à quelqu'un incapable de sentir la présence du Seigneur. Ça serait comme apprendre l'arithmétique à un singe. Tu vois ce que je veux dire ?
- ...Plus ou moins.
Le fait d'être comparé sans hésitation à un singe me mit mal à l'aise, mais j'étais assez d'accord.
- Et donc, je dois faire quoi pour le percevoir ?
- Va m'acheter du délicieux pain.
Maria sourit gentiment.
- Quoi ? Du pain ? Quel est le rapport avec Dieu...
- Ne réfléchis pas. Ressens. Allez, va m'acheter du pain. Et que ça saute.
Je n'étais pas très enjoué de devoir faire ça, mais c'était moi qui recevais les enseignements ici, alors je partis acheter du pain à toute vitesse.
Après avoir acheté le pain qui semblait le meilleur de la boutique de l'Académie, je retournai derrière les bâtiments scolaires, pain en main.
- C'est quoi ce truc ?
Marie regarda froidement ce que j’avais ramené, comme si c’était un cadavre d'insecte.
- Et bien, c'est du pain.
- Pfff...
Marie lâcha un grand soupire exagéré.
- Tu n’as pas compris, pas vrai. Je t'ai dit du délicieux pain. Tu as bien demandé à Dieu ? Seigneur, où puis-je trouver du délicieux pain ? ?
- Comment ça ? Dieu sait ce genre de chose ?
C'est un fan de pain ?
- Le Seigneur est omnipotent, il sait tout. Que ce soit sur du très bon pain ou de succulentes confiseries. Il fallait d’abord sentir Dieu, puis acheter du pain. C'est un sacrilège que de remplir ce que je t'ai demandé avec le pain d'un magasin des environs, tu sais ?
On dirait bien que la première étape pour connaitre Dieu était de chercher du pain. ...Vraiment ?
- Enfin, c'est bon comme ça. Ce pain suffira pour aujourd'hui. Je suis clémente, et puis j'ai faim aussi.
- Pardon ?
Elle ne m'aurait pas juste pris pour son serviteur, car elle avait un petit creux ?
- Fais attention la prochaine fois, d'accord ?
Marie m'arracha le pain des mains et s'en alla.
※ ※ ※
Un certain jour glacial d'hiver, Marie me convoqua à une rivière entourée de pierres.
- J’ai réfléchi à une épreuve pour toi, grande clémente que je suis.
Dès cet instant, j’eus un mauvais pressentiment.
- Tu peux juste m'enseigner normalement, tu sais ?
- Qu'est-ce que tu racontes, un abbé t’a appris les bases lorsque tu étais petit, et pourtant tu n'as pas pu sentir l'existence de Dieu, n'est-ce pas ? Ça ne veut pas dire, au contraire, qu’une méthode normale ne fonctionnerait pas ?
Marie afficha une exaspération exagérée.
- J'ai réfléchi à cette épreuve rien que pour le pauvre petit agneau que tu es, tu sais ? Tu ne comptes quand même pas me dire que tu n’as pas envie ?
- Dit comme ça, je ne peux pas refuser...
- On est d'accord. Sur ce, commençons, veux-tu ?
Soudain, Marie ramassa un caillou, et lui offrit une prière.
La pierre reçut la protection divine de Dieu, et s’illumina légèrement.
- Prends cette pierre.
Elle me donna la pierre qui émettait une petite lueur.
- Je dois en faire quoi ?
- Lance-la de toutes tes forces vers la rivière. Plus elle est loin, mieux c'est.
Je lançai la pierre comme elle me le demanda, mais la rivière était plutôt large, alors elle tomba au centre avec un splash.
- Va la chercher.
- Quoooooooi ?
Elle vient de me balancer un truc absurde celle-là.
- Cette pierre a reçu une bénédiction divine. Si tu parviens à ressentir l'existence de Dieu, tu devrais pouvoir la retrouver facilement.
- Non, mais attends, on est d’accord que ça ne sert à rien d’aller essayer de sentir le Seigneur au fond de la rivière, pas vrai !?
On voyait à vue d’œil que la rivière avait l'air profonde, et en plus le courant était rapide. Si je ne faisais pas attention, je risquais de me noyer. Il fallait être fou pour aller fouiller le fond.
- Pfff...Qu'est-ce que tu racontes.
Marie poussa un grand soupire.
- Tu n'arrives pas à ressentir l'existence du Seigneur dans ta vie de tous les jours, n'est-ce pas ? Alors au contraire, ne faut-il pas plutôt que tu te mettes en situation de danger extrême ? Tu comprends ce que je veux te dire ?
- Bah, je vois où tu veux en venir, mais...
- Contente que tu me comprennes.
Marie fit un grand sourire.
- Sur ce, donne tout ce que tu as.
Il me fallut passer trois heures infernales dans une rivière froide comme de la glace jusqu’à ce que je trouve la pierre.
Forcément, au fond de la rivière, on ne voyait pas bien si la pierre brillait ou non.
À un moment, j’ai ramassé une pierre au fond au hasard, et quand je lui ai donné,
- Tu as des problèmes de vues ?
M’a-t-elle répondu froidement, avant de jeter la pierre dans la rivière. C’était vraiment une femme sans cœur.
On répéta cet échange plusieurs fois, et après avoir tant bien que mal trouvé la pierre bénie, et être sortie de la rivière en croyant que j'allais mourir, Marie fit un sourire maléfique radieux et me dit
- Tu as senti l'existence de Dieu ?
- Je suis pas passé loin d’aller au paradis, alors en un sens, j'imagine que je l'ai senti très proche de moi ?
Dis-je avec ironie.
- Alors plus qu'un tout petit peu, pas vrai ?
Elle sourit sans prêter attention à mon sarcasme.
Je pense que ce petit peu va avoir ma peau...
※ ※ ※
Marie organisait ce genre de test toutes les semaines, mais deux ans passèrent, et j'étais toujours complètement incapable d’utiliser la magie de soin. J'avais juste appris où étaient les meilleurs boulangers et chefs pâtissiers de la capitale.
Je fis la remarque à Marie.
- Ça te sera utile plus tard de retenir où sont ces magasins. Ça fait plaisir aux femmes.
Me répondit-elle.
En mettant de côté la sorcière devant moi, je n'arrivais pas à m'imaginer un jour bien m'entendre avec une fille...
Je n’étais pas très convaincu de l'efficacité de ses tests, mais elle était la seule à qui je pouvais m’adresser pour ce qui concernait la magie de soin, alors je n'avais pas d'autre choix que de lui faire confiance.
Toutefois, un jour, un changement de sensation apparut. Pour être plus précis, j'étais devenu anormalement doué pour trouver du bon pain et des bonnes sucreries.
- Est-ce que je n'entendrais pas la voix de Dieu ?
Je récitai pour voir, une prière de Dieu que j'avais appris par le passé, et je réussis à guérir l'une des petites blessures que j'avais au bras.
- J'ai réussi ! Marie avait raison !
Honnêtement, j'avais commencé à abandonner, alors l'émotion était encore plus grande.
On dirait bien que Marie était la vraie Sainte !
Pourquoi je n'ai pas pu plus cru en elle ?
Si j'avais passé ces épreuves et ayant réellement confiance en elle, j’aurais peut-être pu en arriver là bien plus vite !
Je n’avais que gratitude envers Marie. Et des excuses.
Je partis immédiatement voir la classe Prêtre, et la remercia.
- Merci, Marie ! Je suis capable d'utiliser la magie de soin maintenant !
- ...Sérieux ?
Je n'oublierais probablement jamais sa réaction ce jour-là. Elle était restée sans voix.
Fragment 2
Je crois que j'avais trois ans à l'époque, quand ma mère m'a emmené à l'église, et que je lui ai demandé
- Maman, pourquoi tout le monde prie ?
- Ils font un vœu à dieux, celui que tout le monde soit heureux.
- Mais maman, Dieu ne...
Dieu ne nous regarde pas.
Depuis petite, je sentais la présence de Dieu.
Mais juste sa présence.
Mes parents et les autres qui étaient de pieux fidèles voyaient ça comme un miracle, et étaient certains que j'étais la Sainte.
Cependant, moi je ne considérais pas du tout ça comme un miracle.
Et à raison, car le Seigneur, lui, se moquait éperdument des Hommes.
Mon père, ma mère, et beaucoup de fidèles offraient désespérément des prières, mais Dieu ne les écoutait pas. C’était un spectacle très cruel à voir, mais qui ressemblait aussi à une comédie.
C'était comme si les humains étaient amoureux de Dieu, mais que cela ne sera jamais réciproque. Je ne voulais pas devenir comme ça, alors j'utilisais les miracles de Dieu, la magie de soin, en réfléchissant juste à comment bien utiliser ce pouvoir.
Il n'y avait aucune foi là-dedans, elle ne servait à rien.
Au début, je pensais que ceux qui devenaient prêtres pensaient tous comme moi.
Je croyais qu'ils priaient en ayant conscience d’être ignorés, étant donné que ça n’avait pas trop de sens sinon.
En réalité, ce n'était pas le cas. Les prêtres se servaient juste des prières pour implorer la force de Dieu, et réaliser des miracles. Dans ce cas, ça ne changeait pas du tout des incantations des magiciens.
Ils semblaient plus ou moins sentir un peu l'existence de Dieu, mais c'était probablement vague, comme de la brume. Ils ne pouvaient surement pas le sentir clairement. À cause de ça, au contraire, ils semblaient considérer Dieu comme quelqu'un de majestueux.
J'étais une enfant intelligente, alors je ne disais rien qui risquerait de dénigrer leur foi. À l'inverse, je recevais des éloges si je montrais que j'étais d'accord, puisque je croyais en l'existence du Seigneur en apparence et pouvait provoquer des miracles. On m'appelait même la Sainte, la chamane de Dieu, alors depuis petite, j’avais pris l'habitude de me comporter comme telle.
Je n'ai jamais ressenti ça comme difficile. La Sainte n'était pas celle que j’étais vraiment, alors plus je me comportais en tant que tel, plus je sentais de la distance avec mon entourage.
La seule exception était un garçon de mon âge, Solon.
C'était un enfant brillant, on l’appelait même l’enfant prodige depuis qu'il était petit, mais c’était aussi ce pour quoi il semblait douter de l'existence de Dieu.
- Si Dieu était l'allié des Hommes, alors nos ennemis, les monstres, n'existeraient pas. Puisqu'ils existent, alors Dieu n'est pas dans notre camp, ou peut-être que ce n’est pas lui qui a créé ce monde.
C'était le genre d'enfant qui racontait ce genre de chose sereinement, donc bien qu'il était considéré comme enfant prodige, les autres restaient distants avec lui.
Moi, j'étais la seule à savoir que ce qu'il disait était vrai, alors je ressentis un peu d'affinité avec lui, et me suis mise à lui parler. Si je me rapprochais trop, on allait penser de moi aussi que j'étais bizarre, alors je gardais une relation modérée avec lui.
※ ※ ※
Dès très jeune, on me complimentait beaucoup sur mon physique, et c'était aussi une raison pour laquelle on s'était mis à m'appeler la Sainte. Mais c'était tout simplement, car mes parents étaient beaux, ça n’avait rien à avoir avec Dieu.
Néanmoins, je devenais de plus en plus belle au fur et à mesure que je grandissais, et ça, je le compris avec les réactions de mon entourage. Énormément de personnes me demandèrent de sortir avec elles, mais bien sûr, ils ne voyaient que l’image de la Sainte que je renvoyais, et je n'avais pas envie de fréquenter des gens comme ça.
Parfois, des nobles au statut social important me demandaient en fiançailles, avec beaucoup d’autorité. Je venais d’une maison de noble, mais de la classe basse, alors d'ordinaire il m’aurait été difficile de refuser, mais puisque j'étais la Sainte, je déclarai publiquement que j’entrerais à l'Église à l’avenir, et esquivait habillement leur demande en me servant de l'autorité de l'Église comme soutien. C’était aussi ce que mes parents attendaient de moi à l’avenir.
Et donc, j’entrai à l'Académie Falm à quinze ans.
Personne dans ce pays n'était capable d'utiliser la magie de soin mieux que moi, et ce, même parmi les enseignants, alors ça ne servait à rien que j’y aille. Cependant, il était important de respecter la procédure et les apparences, alors je n'ai pas eu d’autres choix que d’y entrer. Je décidai de passer une vie d'étudiante en respectant, en surface, mes professeurs.
Toutefois, Solon, qui lui était entré à en classe de Mage, affichait son mécontentement, et à cause de ça, il n’avait pas l’air de bien s'entendre avec les autres. Il n’était pas très bon pour créer des liens avec les autres... Ou plutôt, il était quelqu'un de très honnête.
Ma vie d'étudiante était tranquille. Les enseignants connaissaient mes capacités et me respectaient. Les élèves aussi me montraient de la révérence, encore plus que les professeurs.
Les cours étaient ennuyeux, mais ma vie avait toujours été comme ça, alors je me laissais porter.
C’est à ce moment-là qu’Alex est apparu.
Il entra dans la classe Prêtre sans permission, et me dit tout à coup.
- Tu peux m'enseigner la magie de soin ?
Même moi j'étais surprise. D'abord, c’était un roturier. Même si j’étais une noble de bas statut, je n’étais pas quelqu'un à qui on pouvait adresser la parole avec familiarité. De plus, je n'avais jamais entendu parler d'un guerrier voulant apprendre les incantations de soins.
Est-ce que par hasard il n'essayerait de me faire la cour en me racontant des absurdités ?
Je lui parlai un peu, pensant que c'était le cas, mais il semblerait qu'il essayait sérieusement de devenir le Héros. Par ailleurs, son image idéale du Héros était celle d'un guerrier qui pouvait utiliser à la fois la magie offensive et la magie de soin.
À quoi pouvait-il bien penser ? Que comptait-il faire, à croire aujourd'hui en ces personnages qui n’apparaissent que dans les légendes ?
De ce que j'en voyais, il n'avait aucune affinité avec Dieu. Il n'y avait aucun espoir pour lui. Dire que c’était impossible n’était pas exagérer.
...Toutefois, le regard qu’il avait dans les yeux montrait qu'il était sérieux. Il était différent des autres, qui vivaient bloqués dans une étiquette sociale et ne faisaient qu'être des suiveurs.
(Ça a l'air amusant !)
C'était la première fois qu'une émotion nait en moi.
Je ne savais pas bien qu'elle en était sa nature, mais je décidai d'accepter.
※ ※ ※
Depuis ce jour, ma vie d'étudiante commença à prendre des couleurs.
(Comment faire pour que quelqu’un sans don puisse utiliser la magie de soin ?)
J'y réfléchissais sérieusement. De ce qu’il m’a dit, l’abbé du village natal d’Alex lui avait déjà enseigné les bases, mais il m'a dit ne rien avoir ressenti du tout.
Son cas était désespéré. Il ne réussira jamais à maitriser la magie de soin avec des méthodes ordinaires.
En revanche, peut-être qu’avec d’autres méthodes, il avait une chance.
Déjà que les Hommes n'intéressaient pas Dieu, il n'allait pas regarder Alex juste parce qu’il prie un peu. Il fallait quelque chose de très amusant... Je veux dire, des agissements qui attireraient l'attention de Dieu.
Ça m'avait donné faim d'y réfléchir. J’aimerais bien du pain. Tiens, je vais demander à Alex d'aller m'en acheter, ça fera un bon test ça, chercher la présence du Seigneur tout en cherchant du pain. Je suis sûr qu’il trouvera du bon pain. Sans perdre de temps, je cherchai après Alex et lui demanda d'aller m’en acheter.
...Résultat de ce premier test, Alex avait acheté du pain de l’Académie, comme tout le monde faisait. J’étais déçue. Est-ce qu'il ne manquerait pas d'envie de sentir sérieusement l'existence de Dieu ?
J'ai mangé le pain au cas où, mais il était ordinaire.
Ça n'allait pas. Il fallait que je lui impose un test plus dur. Tous ces tests étaient pour qu’il réussisse à maitriser la magie de soin.
Mais quel est donc ce sentiment bouillonnant en moi ? Serait-ce ce que l’on appelle, l’amour ?
Les battements forts de ma poitrine ne s'arrêtaient pas. La prochaine fois, je lui ferai chercher une pierre au fond d'une rivière.
※ ※ ※
Je lui donnais beaucoup de tests, et au fur et à mesure, il commençait à y avoir de très bons pains et confiseries dans ce qu’il achetait.
Je réfléchissais presque tous les jours aux tests que j’allais donner à Alex. Et après une longue réflexion, une fois par semaine, je lui en imposais un, et le regardais donner son maximum pour l'accomplir. Cette vie me remplissait de joie.
Pour la première fois de ma vie, j'ai remercié Dieu.
(Merci Seigneur, de m'avoir béni d'une personne aussi fantastique.)
Honnêtement, je ne savais bien pas si le concerné, Alex, était parvenu à ressentir la présence de Dieu. Je ne connaissais personne à qui le Seigneur avait soudainement accordé sa Grâce.
J’en parlai à Alex, que depuis le début c’était impossible. Pouvoir sentir ou non la présence de Dieu était quelque chose de décidé dès la naissance.
Avec le don, on devient facilement capable de l'utiliser. Même avec juste un peu d'espoir, il suffit d’une petite occasion pour la maitriser, mais il n'y avait même pas ce petit espoir pour Alex. Ça serait de l’ordre du miracle si on pouvait y faire quelque chose.
Il le comprenait, mais n'abandonna pas. Je ne savais pas ce qu'il le poussait à se donner autant, mais il gardait espoir, et accomplit mes demandes déraisonnables... Je veux dire, mes épreuves.
En y repensant, depuis qu’on a commencé ces tests, je lui montrais qui j'étais vraiment. Et pourtant, il m’accepta pour celle que j’étais réellement, et non pas la Sainte, et n’a jamais censé de participer à mes tests.
Je m’étais mise à vouloir qu'Alex ressente le Seigneur. Mais au même moment, je craignais aussi que ces doux moments avec lui ne se terminent.
Certes le voir passer ces tests avec ses convictions inflexibles qu’il avait était comique, mais il m’a aussi fait ressentir ce qu’il y avait de beau en l’Homme.
Puis, ce jour finit par arriver soudainement.
- Merci, Marie ! Je suis capable d'utiliser la magie de soin maintenant !
Alex fit un grand sourire. Il était clair qu'il ne mentait pas.
- ...Sérieux ?
J'étais choqué, au point d'utiliser des mots vulgaires.
C'était la première fois que je voyais un miracle.
Et non pas un miracle de Dieu, mais un miracle accompli de la main de l’Homme.
Je ne croyais pas au Héros.
Je pensais que ce n'était qu'une utopie.
Et pourtant, il se tenait bel et bien devant moi.