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	<title>Baka-Tsuki - User contributions [en]</title>
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	<updated>2026-05-14T16:06:31Z</updated>
	<subtitle>User contributions</subtitle>
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		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_7&amp;diff=505244</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 7</title>
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		<updated>2016-10-27T08:48:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Portant sur son dos un Charles en lambeaux et couvert de sang, Fana avançait pas à pas sur le sable blanc de la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel au-dessus d&#039;elle était d&#039;un rouge léger, transparent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil était une boule de magma en fusion suspendue bas sur l&#039;horizon, et sa lumière teignait d&#039;écarlate les nuages qui flottaient au-dessus de l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques palmiers se dressaient à la limite de la plage. Fana porta Charles jusqu&#039;à cet endroit, et le laissa tomber sur le sable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le souffle coupé, elle le retourna pour le mettre sur le dos, puis s&#039;effondra à côté de lui. Ces trois derniers jours, elle s&#039;était trouvée soit dans les airs, soit sur la mer, si bien qu&#039;elle rendait grâce au ciel de se sentir sur la terre ferme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vent salé balayait le rivage. Sa respiration entrecoupée se calmait peu à peu, et seul le bruit des vagues atteignait ses oreilles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se mit sur son séant, contempla tristement la silhouette ensanglantée de Charles, et lui passa la main dans les cheveux pour en retirer un peu de sang séché. Le tissu de nylon qu&#039;elle lui avait noué autour de la tête à la hâte était déjà rouge de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se leva pour aller fouiller dans la soute du Santa Cruz, et posa sur le sol ce qu&#039;elle y avait trouvé. Un équipement d&#039;urgence était rangé dans un coffre de bois, étroitement attaché pour survivre aux rudes conditions de vol. Elle ressentit du soulagement quand elle y découvrit une trousse de premiers secours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, elle n&#039;avait jusque là jamais soigné personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de Charles et enleva la toile de parachute qui lui bandait la tête n&#039;importe comment. L&#039;envers du nylon était trempé de sang. Après un bref moment de choc, elle appliqua sur la blessure une compresse désinfectante, et fit un nouveau bandage. Elle renouvela l&#039;opération plusieurs fois. Elle ne pouvait dire que c&#039;était bien, mais elle pensa que c&#039;était au moins satisfaisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles dormait toujours. Elle tâta son visage ; il n&#039;était ni brûlant, ni froid. Une nuit de repos devrait le remettre sur pied, pensa-t-elle pour s&#039;encourager, et elle s&#039;enfonça dans le bois de palmiers, un seau de métal à la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lui fallait de l&#039;eau pour nettoyer Charles de son sang.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Elle se fraya un chemin à travers l&#039;épaisse végétation, passant devant d&#039;énormes fougères recourbées et des plantes d&#039;une couleur suspecte, et découvrit un marais où croupissait une eau noire. Ne se fiant pas à cet aspect peu engageant, elle poursuivit courageusement son chemin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit tombait. Elle entendait à présent des bruits inconnus. Elle jeta un regard autour d&#039;elle, se sentant observée, quand elle aperçut un gros singe assis sur un tronc penché, qui la regardait avec des yeux que le clair de lune faisait scintiller d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle réprima un hurlement, tourna le dos à l&#039;animal et continua de marcher. Elle aurait voulu faire demi-tour, mais quelque chose lui disait qu&#039;elle trouverait de l&#039;eau juste un peu plus loin. Aiguillonnée par son intuition, elle parvint à la lisière du fourré, et une nouvelle plage s&#039;offrit à sa vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle regarda au-delà ; très très loin, le soleil semblait se pelotonner derrière la chaîne des montagnes comme sous une couverture verdoyante. Sa lumière affaiblie brillait par les brèches des vallées entre les sommets, envoyant des rayons vers les nuages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre deux mamelons coulait un torrent solitaire, qui traversait la plage devant Fana pour se jeter dans l&#039;océan. Le ciel se réfléchissait dans son eau limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle tomba à genoux, serra ses mains sur sa poitrine, et exprima sa gratitude : « Ahh, merci, mon Dieu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec de pénibles efforts, à bout de souffle, Fana réussit à revenir à travers le fourré de palmiers en portant le seau rempli d&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil s&#039;était couché quand elle rejoignit Charles. La plage miroitait sous le clair de lune. L&#039;air était tiède autour d&#039;eux ; si la nuit était fraîche sur l&#039;océan, sur cette île il n&#039;y avait pas à se soucier autant du froid.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec une allumette elle alluma une chandelle et la cala dans le sable. Puis elle plongea un chiffon dans l&#039;eau, et essuya le visage ensanglanté de Charles. En rougissant, elle lui enleva sa combinaison de vol, nettoya avec du cognac les blessures que lui avaient faites les éclats de verre, et y appliqua des compresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles gardait une expression paisible. Sa respiration était calme. Pensant qu&#039;il se remettrait si on le laissait tranquille, après l&#039;avoir soigné tant bien que mal Fana étendit sur lui une couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bruits de l&#039;île s&#039;étaient tus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle n&#039;entendait plus ni les oiseaux ni les vagues. Il y avait juste l&#039;océan, le ciel, les étoiles, et la lune, et Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de lui, et contempla les vagues qui mordaient sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit d&#039;été exhala une bouffée de brise tiède. Le sable gardait la chaleur de l&#039;après-midi, et l&#039;air immobile restait chaud.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cet instant, elle était libre de faire ce qu&#039;elle désirait. C&#039;était un moment rien que pour elle, sans personne pour la surveiller, le genre de moment qui n&#039;arrivait jamais à Rio de Este.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retourna à l&#039;arrière du cockpit, se changea pour mettre son maillot de bain, et sauta dans l&#039;océan nocturne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;eau était chaude et agréable sur sa peau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nageant sur place, flottant parmi les vagues, elle contemplait paisiblement les étoiles dans la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lumière nette du clair de lune baignait la blancheur de son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;était raidie contre la mort si souvent durant la journée. Mais elle avait survécu. Et à présent elle était en train de nager dans l&#039;océan sous la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ecartant bras et jambes, elle leva le regard vers le ciel étoilé, et prit une décision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vais changer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors qu&#039;elle se murmurait ces paroles à elle-même, au plus profond de son âme, un poids se dissipa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impatiente, elle retourna sur la plage et, toujours en maillot de bain, s&#039;assit près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, elle détacha ses cheveux. Puis elle leva les ciseaux qu&#039;elle avait utilisés pour couper les bandages et approcha les lames de sa chevelure de fils d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mèches coupées dansèrent dans la brise nocturne et disparurent en direction de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair de lune couleur d&#039;or glissa sur ses cheveux, coulant vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa tâche achevée, elle se passa la main dans les cheveux. Alors qu&#039;un instant auparavant, sa chevelure lui tombait jusqu&#039;à la taille, elle la sentait à hauteur de nuque à travers ses doigts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans miroir, elle ne pouvait voir son apparence, mais cela suffisait pour le rituel de sa renaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« De quoi ai-je l&#039;air ? » Elle sourit à Charles avec espièglerie. Pas de réponse. Elle tendit le bras et lui pinça la joue. Il continua à dormir sans réagir, en toute innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retira sa main et murmura : « Je suis en vie, grâce à vous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une pensée honorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais alors qu&#039;elle prononçait ces paroles, elle fut inondée de tristesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son coeur lui fit mal comme si on lui le lui arrachait. Et en même temps que la douleur, elle fut envahie d&#039;une émotion qu&#039;elle n&#039;avait jamais ressentie jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un sentiment qu&#039;elle éprouvait pour la première fois de sa vie, un sentiment amer autant    que doux, à la fois douloureux et agréable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ne savait que faire. Elle s&#039;enroula donc dans une couverture et s&#039;étendit auprès du pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nuit tropicale, on n&#039;entendait que le souffle de la respiration de Charles qui dormait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana attendait le sommeil, écoutant cette respiration. Des émotions contradictoires jaillissaient de son coeur bouleversé, se heurtant les unes aux autres avec violence, l&#039;empêchant de dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles », appela-t-elle, incapable de se retenir plus longtemps. Roulant sur elle-même, elle fixa son visage dans le clair de lune. Dans son coeur la douleur s&#039;intensifia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles » appela-t-elle à nouveau. Pas de réponse. Elle aurait voulu l&#039;entourer de ses bras, enfouir son visage contre son dos, et dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand elle se rendit compte du cours que prenaient ses pensées, elle rougit, s&#039;écarta de Charles, se recroquevilla en plongeant la tête sous sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait son coeur battre à grands coups. Pleine de gêne et de confusion, elle s&#039;obligea à fermer les yeux, et attendit le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil du matin perça la brume sur l&#039;océan et illumina la plage où reposaient Charles et Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fut le premier à se réveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forte lumière lui sauta en plein visage et le fit grimacer. Il secoua légèrement la tête et tenta de se mettre sur son séant, mais tout son corps était perclus de douleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Uggh », gémit-il. Il tâta sa blessure à la tête, et prit conscience du bandage maladroit qui l&#039;enveloppait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de lui Fana dormait paisiblement, roulée en boule sous sa couverture, lui tournant le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il posa sur elle un œil distrait, puis sur la plage, balaya du regard le fourré de palmiers, tout en remontant le fil de ses souvenirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient volé tout droit au coeur d&#039;une flotte ennemie, avaient été pourchassés par des missiles, puis par des Shinden… et il avait été blessé à la tête au cours de ce dernier affrontement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses souvenirs ensuite restaient brumeux. Il se rappelait avoir désespérément écouté Fana, et avoir laissé son instinct le guider. Une forte pluie tombait dans l&#039;habitacle, et tenir le manche était pénible. Il avait de nombreuses fois cru que c&#039;était la fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne savait pas comment ils s&#039;étaient débarrassés des Shinden. Il se rappelait vaguement avoir traversé la Grande Chute et trouvé Sierra Cadis. Mais en dehors de cela, rien, malgré tous ses efforts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec difficulté il réussit à se mettre debout sur le sable, et s&#039;étira avec précaution. Il avait fini par s&#039;apercevoir que son torse nu était tailladé d&#039;un grand nombre de blessures. Probablement à cause des éclats de verre. Mais toutes les plaies avaient été désinfectées. Sans aucun doute c&#039;était Fana qui l&#039;avait soigné. Plein de reconnaissance mais aussi de remords de lui avoir donné tant de dérangement, il baissa le regard vers la jeune fille, pelotonnée dans sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait incroyablement faim. Il avait perdu trop de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il but de l&#039;eau de sa gourde, prit du pain rassis dans le nécessaire de secours étalé sur le sable, et mordit dedans. Puis il enfila sa combinaison de vol et marcha sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vagues balayaient ses chevilles, tandis qu&#039;il regardait l&#039;horizon, l&#039;esprit ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis toujours vivant. »  Le dire à voix haute était une manière de le confirmer. Il sentait sur son visage l&#039;air épais, brumeux, et le vent tiède. Le soleil se levait au-dessus de l&#039;horizon, et le bleu commençait à gagner sur le rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit une voix derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Charles. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se retournant, il aperçut Fana debout à la limite des vagues, dans sa combinaison de vol. Elle lui souriait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il écarquilla les yeux : les cheveux de la jeune fille étaient coupés courts, jusqu&#039;à n&#039;atteindre que le menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, vos cheveux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je les ai coupés parce qu&#039;ils me gênaient. De quoi ai-je l&#039;air ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ravala sa salive. Cette coupe lui allait beaucoup mieux que les cheveux attachés. Mais il ne savait pas comment exprimer cette opinion avec des mots, si bien qu&#039;il se contenta de hocher la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comment allez-vous ? Vous n&#039;avez pas trop de mal à marcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ou.. Oui, hum, est-ce vous, Mademoiselle, qui avez fait mes pansements ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolée, ils ne sont pas terribles. C&#039;est la première fois...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, en fait, vous vous en êtes très bien sortie. Je suis impressionné. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana lui jeta un regard de doute, puis eut un sourire taquin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, vous souvenez-vous d&#039;hier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ? Euh… Vous ai-je manqué de respect  ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Hum, manqué de respect… Eh bien, si ce que vous avez dit était un mensonge, voilà qui serait sans aucun doute un manque de respect…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Hum, je, qu&#039;ai-je… ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous ne vous rappelez vraiment pas ? «Dans le ciel les classes sociales n&#039;existent pas. » Vous m&#039;avez dit cela quand nous étions pris en chasse. Si c&#039;est un mensonge, alors je devrai vous haïr. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit un effort désespéré pour se rappeler les événements de la veille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, il avait le vague souvenir d&#039;avoir parlé avec elle pendant que les Shinden les pourchassaient. Il s&#039;en souvenait, parce que la voix de Fana avait été comme un charme magique, qui l&#039;avait maintenu à son poste et lui avait donné assez de force pour manier le manche. Et ensuite…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se sentit rougir. Et, luttant pour trouver ses mots, il formula des excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Je suis désolé, Mademoiselle. A ce moment-là, je n&#039;avais pas les idées claires. Hum, aussi, j&#039;ai fini par vous parler comme à une amie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Cela ne me dérange pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais moi si. C&#039;est ma faute. Vous appeler par votre prénom alors que je ne suis pas en position pour le faire. Je suis vraiment, vraiment désolé. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parut mécontente de ses excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Alors c&#039;était un mensonge ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pas vraiment un mensonge, plutôt le rêve irréaliste d&#039;un mercenaire. Vous ne devez pas prendre cela au sérieux, Mademoiselle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est à moi de décider de le prendre au sérieux ou pas. J&#039;aime assez cette façon de penser », déclara Fana avec fermeté. Au contraire de la veille, c&#039;était une Fana qui pouvait et voulait exprimer son opinion. Cela, ajouté à ses cheveux courts, la faisait paraître complètement différente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis honoré de ce compliment. Mais n&#039;en parlons plus. Nous avons beaucoup à faire aujourd&#039;hui. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mettant ainsi fin à la conversation, Charles passa devant elle pour retourner sur la plage. Elle le regarda s&#039;éloigner d&#039;un air désapprobateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles hissa son corps meurtri dans l&#039;avion, Fana derrière lui, et ils décollèrent. En survolant l&#039;archipel avec plus d&#039;attention, il découvrit un terrain plat sur lequel atterrir. Il descendit et fit rouler doucement l&#039;appareil jusqu&#039;à la lisière d&#039;une épaisse pinède, avant de le recouvrir de  branches et de feuillages qu&#039;il ramassa avec Fana, pour éviter qu&#039;on le voie du ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite, ils se consacrèrent à la réparation de l&#039;appareil. Charles enleva avec dextérité la pile de la batterie à hydrogène et nettoya le réservoir, la ventouse, et le tuyau d&#039;échappement. Fana ramassa les éclats de verre qui couvraient le siège, mit en place le pare-brise de rechange qui se trouvait dans la soute, et essuya les instruments de bord que Charles avait démontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son humeur s&#039;était peu à peu éclairée au fur et à mesure qu&#039;ils travaillaient. Au début, elle s&#039;était moquée de la façon incroyablement polie et respectueuse dont Charles s&#039;adressait à elle, puis elle avait progressivement abandonné ce persiflage, et pendant qu&#039;avec maladresse elle prenait sa part du travail, avait parlé de choses et d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi elle lui avait dit que la nuit précédente elle était allée chercher de l&#039;eau toute seule, qu&#039;elle avait pris un bain de minuit, qu&#039;elle s&#039;était coupée les cheveux en signe de renaissance ; elle parlait, désireuse que Charles lui réponde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui, en retour, laissait aller la conversation, et, essuyant sa transpiration d&#039;un revers de manche, poursuivait sa tâche, qu&#039;il acheva lorsque le soleil eut dépassé son zénith.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- En fait je suis vraiment affamée, car je n&#039;ai rien mangé depuis la nuit dernière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Moi de même. Allons pêcher dans cette rivière, alors. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il tira de la soute deux cannes à pêche et les mit sur son épaule. Fana eut un sourire et courut dans l&#039;herbe qui couvrait la plaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dépêchez-vous, Charles », lui cria-t-elle en se retournant, avant de poursuivre sa course.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des papillons aux vives couleurs voletaient autour des fleurs dans la prairie. De larges montagnes verdoyantes les entouraient, donnant l&#039;impression qu&#039;ils se trouvaient dans un jardin éloigné du monde. Ils traversèrent un fourré de palmiers à la lisière de la prairie, et atteignirent un cours d&#039;eau qui dévalait de la montagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De gros rochers bosselés faisaient saillie hors de la rive et de l&#039;eau, qui était si peu profonde qu&#039;on pouvait la traverser à pied. Des cailloux ronds couvraient le fond, et on voyait des poissons bleus nager à contre courant. Le soleil d&#039;été découpait leurs ombres sur les galets. Des arbres à l&#039;épais feuillage vert parsemaient l&#039;autre rive, et des oiseaux rose pâle, au bec bizarrement conformé, faisaient entendre des cris étranges. La lumière cruelle du soleil régnait sur la plus grande partie du paysage, et les ombres complexes qu&#039;elle faisait naître étaient agréables au regard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quelle superbe rivière ! », dit Fana à Charles lorsqu&#039;il arriva un moment plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Un endroit vraiment magnifique... Camperons-nous ici ce soir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Merveilleux ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana saisit sa canne à pêche, s&#039;assit sur un large rocher qui s&#039;avançait au-dessus de l&#039;eau, et jeta l&#039;hameçon dans la rivière. Charles lui aussi lança sa ligne dans le cours d&#039;eau limpide, cala la canne sur la rive et s&#039;étendit sur le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel bleu emplit son champ de vision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair azur, les nuages d&#039;un blanc pur, ces couleurs impressionnèrent son regard. C&#039;était un paysage d&#039;été perpétuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le charme du repos, lié à la saison de l&#039;été, pénétra son cerveau, et malgré son respect de l&#039;ordre établi, il sentit jaillir en lui une soif de liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours étendu, il regarda Fana, assise sur le rocher en train de surveiller sa ligne. Elle avait sur le visage une expression de douceur tandis qu&#039;elle observait la rivière avec concentration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle paix, songea-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était fatigué de voler dans un ciel traversé de balles et de missiles. Il ne voulait plus voir de dirigeable coupé en deux, déversant sa cargaison de passagers dans l&#039;océan. Il était las des explosions, de la mitraille et du métal tombant en vrille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voulait juste voler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme ce serait merveilleux s&#039;il pouvait se contenter de parcourir les espaces aériens, sans se préoccuper d&#039;ennemis ou d&#039;alliés, avec Fana sur le siège arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il pouvait, avec Fana, traverser d&#039;innombrables tours de nuages, passer à travers leurs effilochures, chevaucher le vent, et voler n&#039;importe où, pour toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais prenant conscience de ses pensées, il fit taire son imagination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était plein de confusion à constater la présence de Fana dans sa rêverie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il rêvait de voler sans limites. Nul besoin de Fana dans ce rêve. Elle était la fiancée du prince impérial, après tout, et n&#039;avait rien à faire avec un orphelin devenu pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il devait se rappeler quelle était sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se le répéta à lui-même encore et encore. Une part de son coeur résistait à cette contrainte, mais il la scella avec force. Il craignait de devenir le jouet de ses propres pensées si elles restaient en surface.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce moment-là, Fana le regarda. Leurs yeux se rencontrèrent. Son coeur fit un bond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, ça tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Votre ligne. Levez-vous, vite ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à sa canne à pêche calée sur le rivage au-dessus de l&#039;eau. La ligne s&#039;enfonçait d&#039;un côté, puis de l&#039;autre, par saccades. Il se leva en hâte et tira : il avait ferré deux gros ombles chevaliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ah, j&#039;ai pris quelque chose, moi aussi », cria Fana de la pierre où elle était assise. Sa ligne elle aussi pliait violemment. Un moment plus tard, dans un jaillissement d&#039;écume blanche, le poisson   que sa ligne avait attrapé fut tiré hors de l&#039;eau. Ses cris de joie se répercutèrent sur les rochers alentour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ramassa des branches et des feuilles dans la pinède, les enflamma avec une allumette au phosphore, et posa sur le feu des cailloux ronds. Quand ils furent brûlants, il y étendit les ombles saupoudrés de sel. Il ne fallut pas longtemps pour qu&#039;une odeur appétissante chatouille les narines de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Merci pour ce repas. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle attrapa le poisson par la tête et la queue, et mordit dedans. La peau grillée et savoureuse, de même que la chair grasse du poisson, descendirent droit dans son estomac. La fraîcheur du poisson, qui avait grandi dans une eau pure et non polluée, fit naître un sourire sur son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est merveilleux, Charles. Peut-être pourriez-vous donner votre démission en tant que pilote pour devenir cuisinier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;y penserai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Puis-je faire un aveu honteux ? Je veux encore manger…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quelle coïncidence, j&#039;ai eu la même pensée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils jetèrent à nouveau tous les deux leur ligne dans la rivière, et reprirent leur repas. Comme ces îles n&#039;étaient pas fréquentées, même un simple leurre suffisait à attraper du poisson à une cadence plaisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se régalèrent du poisson de la rivière tout leur content. A un moment donné, Charles avait même oublié ses blessures, et engloutissait ses proies comme un animal cherchant à récupérer d&#039;une perte de sang. Fana, pour sa part, le regardait d&#039;un air heureux, contente de ce repas au soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais une intrusion brutale interrompit ce moment d&#039;insouciance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Averti par son instinct, Charles leva les yeux vers le ciel. Un bruit d&#039;hélice plein de menace descendait de l&#039;azur. Il ramena son regard vers Fana et lui dit avec fermeté :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est mauvais signe. Mademoiselle, allons nous cacher sous les arbres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux détalèrent comme des lapins de garenne, pour se précipiter sous le couvert de la pinède à côté de la rivière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles regarda dans la direction du bruit. A 500 mètres d&#039;altitude environ, un avion de patrouille Amatsukami ratissait l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;appareil volait tranquillement, comme s&#039;il savourait le paysage, puis se dirigea vers l&#039;île voisine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana fronça les sourcils et demanda : « Qu&#039;est-ce que c&#039;était ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un avion de reconnaissance Amatsukami. La flotte à laquelle nous avons échappé hier est probablement stationnée dans le coin. Ils savent sans doute que nous sommes à Sierra Cadis, à cause des limitations de vol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr, nous ne pouvons pas rester ici toujours…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même s&#039;ils savent que nous sommes dans l&#039;archipel, ils ignorent sur quelle île nous nous trouvons. Ils en sont probablement encore à envoyer des avions de reconnaissance pour explorer la dizaine d&#039;îles. Ils finiront par atterrir, s&#039;ils ont une idée de l&#039;endroit où nous sommes, mais nous devrions être en sécurité un ou deux jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana scruta le ciel avec inquiétude. Charles réfléchit un moment, avant de reprendre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il est des plus probables que l&#039;ennemi ait encerclé l&#039;archipel. En plus des avions qui nous cherchent, il doit y en avoir d&#039;autres qui attendent que nous décollions. La situation est devenue préoccupante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Donc c&#039;est dangereux de rester, mais aussi dangereux de partir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Il nous faut en particulier un ciel nuageux pour décoller. Si nous le faisons par temps clair, un des avions de reconnaissance nous verra tout de suite et contactera la flotte, et les Shinden nous prendront à nouveau en chasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est ennuyeux », marmonna-t-il. Il remarqua que le visage de Fana s&#039;assombrissait. C&#039;était probablement lourd pour elle, qui venait de découvrir la veille l&#039;aspect terrifiant d&#039;un combat aérien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L&#039;avion est très bien caché, donc à moins de gaffer dans les grandes largeurs, nous devrions être en sécurité sur cette île pour une journée ou deux. Il faudra simplement courir sous les arbres chaque fois que nous entendrons un bruit d&#039;hélices. Pas besoin de paniquer. »  Il se força à sourire, pour la réconforter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil commençait à baisser lorsque Fana, qui était étendue le long de la rive, se rappela soudain quelque chose et fit une suggestion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, pourrons-nous grimper sur la montagne ?&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quand nous avons survolé l&#039;île, j&#039;ai vu une tache jaune sur l&#039;autre versant. J&#039;aurais voulu savoir ce que c&#039;était. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle indiquait une montagne au sommet arrondi, qui était couverte de gazon et ne paraissait pas difficile à escalader.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ahh, c&#039;est une colonie de fleurs sauvages. Ce n&#039;est pas si exceptionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais pour moi, ça l&#039;est. Alors, on y va ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Charles n&#039;avait aucune raison de refuser, ils passèrent la rivière en sautant d&#039;une pierre à l&#039;autre, traversèrent une épaisse forêt, et parvinrent au pied de la montagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hors d&#039;haleine, Fana entreprit l&#039;ascension. Tout en avançant, elle lançait souvent des regards en arrière, à la fois pour admirer le paysage où coulait la rivière dans laquelle ils avaient pêché quelques heures auparavant, et en direction de Charles, qui la suivait fidèlement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil brillait sur le côté, faisant scintiller les gouttes de sueur sur la peau immaculée de la jeune fille. En haut de la pente, Fana se mit à courir, pour regarder le paysage du sommet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Magnifique. » Le vent qui venait de la plage et soufflait sur la montagne emporta ce murmure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pied de la montagne était entièrement recouvert de fleurs sauvages aux jaunes pétales et d&#039;herbe vert tendre, jusqu&#039;à la limite de la falaise, au delà de laquelle s&#039;étendait l&#039;océan bleu outremer, survolé à l&#039;horizon par de blancs cumulonimbus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lourd parfum de l&#039;herbe parvenait jusqu&#039;à ses narines. Des papillons blancs voletaient parmi les dizaines de milliers de pétales. Chaque fois que soufflait la brise océanique, le champ de fleurs se penchait d&#039;un même côté, et les rayons rasants du soleil se réfléchissaient sur les pétales et sur les feuilles, qui éparpillaient la lumière chatoyante aussi loin que l&#039;oeil pouvait voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Face à cette profusion de couleurs, Fana resta immobile, le souffle coupé, avant de s&#039;avancer d&#039;un pas dans le jardin fleuri. Au moment où Charles atteignit le sommet, elle avait déjà pénétré droit dans la jaune prairie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette fois, ce fut au tour de Charles d&#039;avoir le souffle coupé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pur azur, la mer paisible, le chapelet de nuages, le jardin de fleurs – tous ces éléments du paysage ne servaient qu&#039;à rendre Fana del Moral encore plus belle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa courte chevelure d&#039;argent soulevée par la brise, ses yeux argentés, sa peau d&#039;un blanc immaculé, sa combinaison de vol toute blanche… Sa pâle silhouette au milieu d&#039;un océan de couleurs faisait paraître Fana comme un être n&#039;appartenant pas à ce monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne pouvait entrer dans ce tableau. S&#039;il le tentait, la perfection de cette scène volerait en éclats, fracassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana cependant n&#039;avait aucune idée des pensées qui traversaient l&#039;esprit de Charles. Alors qu&#039;il se tenait là, muet de stupeur, elle prit conscience de sa présence et se retourna avec un sourire plein d&#039;innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Regardez, n&#039;est-ce pas magnifique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Au delà de ce que je pouvais imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;impression que mon âme est purifiée. Venez, marchons. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retenant d&#039;une main ses mèches dérangées par le vent, elle faisait signe à Charles d&#039;avancer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se promenèrent ensemble dans le jardin de fleurs sauvages. Tout en échangeant des paroles distraites, ils traversèrent la prairie, et arrivèrent à la falaise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Debout dans l&#039;herbe au bord du gouffre, Fana regarda fixement le bleu de l&#039;horizon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil couchant irradiait sa lueur de cuivre devant elle. S&#039;ils volaient vers l&#039;ouest, en direction du soleil, ils arriveraient à Esméralda, la capitale impériale, où l&#039;attendait le prince Carlo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de Fana s &#039;assombrit. Elle se tourna vers Charles, qui se tenait derrière elle comme un serviteur obéissant. Il la regarda avec inquiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quelque chose ne va pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;est rien. » Fana se hâta d&#039;afficher une expression stoïque, et porta à nouveau ses regards sur l&#039;horizon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière elle, Charles l&#039;observait en silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana voulait dire quelque chose, il le devinait. Mais il ne posa pas de question. Il sentait qu&#039;il n&#039;était pas en position pour le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu, le soleil baissa, et le ciel à l&#039;occident se teinta de rouge. Fana, qui était restée sans rien dire, se retourna vers Charles :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Vous vous ennuyez ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je voudrais rester ici encore un peu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme vous le désirez, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana eut un faible sourire, puis s&#039;assit sur l&#039;herbe, les jambes allongées devant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mouette traversa le ciel à l&#039;ouest, ses blanches ailes étendues. Le dessous du nuage qui les survolait était devenu rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se tenait debout sans mot dire derrière Fana. Les yeux toujours fixés sur le soleil couchant, Fana pointa du doigt le sol à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N&#039;aimeriez-vous pas vous asseoir ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un moment d&#039;hésitation, Charles fit ce qu&#039;elle lui demandait, et s&#039;assit à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
« Merci d&#039;obéir à mon égoïsme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;habitude, à présent. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette petite taquinerie la fit sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux étaient assis à moins d&#039;un pas l&#039;un de l&#039;autre, contemplant les nuages baignés d&#039;écarlate et les lambeaux de ciel bleu qui luttaient pour ne pas disparaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rumeur des vagues montait du bas de la falaise. Le parfum de la nuit d&#039;été se mêlait au souffle du vent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« On est si bien », murmura Fana. Elle se coucha sur l&#039;herbe. « Vraiment, on est si bien », répéta-t-elle, les yeux toujours levés vers le ciel. Les nuages prenaient tous la couleur du soir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;impression que nous nous sommes déjà rencontrés, il y a longtemps. Est-ce un effet de mon imagination ? »  Toujours allongée, elle contemplait le ciel. Une grosse étoile luisait faiblement à l&#039;est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles hésita, incertain de la manière de répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pensa néanmoins qu&#039;il n&#039;y avait rien à cacher, et opta pour la franchise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En fait, nous nous sommes rencontrés il y a très, très longtemps. Vous ne vous en rappelez sans doute pas,mais quand j&#039;étais enfant, j&#039;étais aide-jardinier au manoir del Moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère était servante au château, si bien que je dormais dans une petite remise dans le jardin. Je n&#039;ai jamais été en position de voir Mademoiselle, mais une fois, nous nous sommes rencontrés, alors que je maltraitais un cochon. Vous m&#039;avez grondé, en disant qu&#039;il ne fallait pas maltraiter les êtres plus faibles que soi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un petit rire à ce souvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se mit sur son séant, et scruta le visage du jeune homme. Elle fit un effort désespéré pour parcourir dans sa mémoire les images de son enfance, mais elle ne put se rappeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis désolée, je ne m&#039;en souviens pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;est pas surprenant, ce fut une très courte rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais tout de même. Penser que vous avez travaillé chez moi…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. J&#039;y ai travaillé environ deux ans. Quand j avais neuf ans, ma mère a été chassée du manoir parce qu&#039;elle avait désobéi au Duc Diego. Mademoiselle avait six ans à l&#039;époque, si bien qu&#039;il est peu probable que vous vous en souveniez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Attendez, Charles, votre mère était-elle amatsuvienne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous vous en souvenez ? Oui, elle était maigre, avec le visage grêlé, mais elle était pleine de gentillesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu, oh mon Dieu... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tremblement dans la voix de Fana témoignait du choc qu&#039;elle avait reçu. Charles poursuivit, avec un sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Même après que nous avons été chassés du manoir, ma mère est restée fière de ce qu&#039;elle avait fait. Elle était heureuse que Mademoiselle écoute avec passion les histoires d&#039;Amatsukami. Mais elle regrettait de n&#039;avoir pu vous dire adieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Charles, mais c&#039;est… c&#039;est... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les larmes ruisselaient sur les joues de Fana. Une, deux, d&#039;innombrables larmes coulaient vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles savait que sa mère était allée à l&#039;encontre des ordres du duc en racontant des histoires à Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les larmes de cette dernière lui apprirent que la jeune fille et sa mère étaient beaucoup plus proches qu&#039;il ne l&#039;avait cru.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle s&#039;occupait très bien de moi. Dans ce manoir glacial, elle était la seule à me traiter avec chaleur. Et elle a été chassée à cause de moi. Je… Je ne sais comment m&#039;excuser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère a agi de son propre chef. Mademoiselle ne doit pas se tourmenter pour ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Est-ce qu&#039;elle va bien ? » La voix de Fana était étranglée par les larmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est morte de maladie il y a cinq ans. Elle est partie paisiblement, sans souffrir. » C&#039;était un mensonge. En fait elle avait été tuée d&#039;un coup de couteau par un homme qui cherchait à la violer, peu de temps après avoir été chassée du manoir, mais il n&#039;était pas besoin de dire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est horrible, c&#039;est trop tôt. Je prierai désormais pour elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère en sera reconnaissante. En fait je ne savais pas du tout que vous étiez si proches l&#039;une de l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne garde pas de souvenirs plaisants de mon enfance. Je me rappelle seulement qu&#039;on m&#039;éduquait pour que je devienne une poupée pour Père. Mais je me rappelle que votre mère me racontait des histoires quand j&#039;étais au lit. Le moment où j&#039;allais m&#039;endormir était le seul moment heureux que je connaissais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ? Mère sourit probablement là-haut, heureuse d&#039;entendre ces paroles. Peut-être aussi m&#039;a-t-elle guidé pour être ici avec vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je.. je suis bouleversée, je ne sais que dire. Je ne pensais pas que quelque chose d&#039;aussi incroyable puisse arriver… que vous soyez son fils. J&#039;aurais dû être plus attentive à mes cours de poésie. Peut-être aurais-je été davantage en mesure d&#039;exprimer ce que je ressens.&lt;br /&gt;
- Je comprends. Ma mère aussi. S&#039;il vous plaît, essuyez vos larmes. Vous devriez les garder pour le moment où nous arriverons sains et saufs dans la capitale impériale. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana tenta de faire ce qu&#039;il disait, tenta de réprimer ses larmes. Mais elle ne pouvait s&#039;arrêter de pleurer. Elle s&#039;allongea sur le dos et se couvrit les yeux des deux mains, s&#039;efforçant de résister aux émotions qui jaillissaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de Charles se détendit, et il porta son regard sur le ciel rougeoyant. Il resta assis en silence à côté de Fana jusqu&#039;à ce qu&#039;elle cesse de pleurer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fille aînée de la Maison del Moral, qui régnait principalement sur San Martilia et toutes ses possessions, aurait dû sans doute considérer une simple servante comme un outil jetable. La gentillesse dont elle faisait preuve en pleurant pour sa mère pénétra son esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voulait voir l&#039;empire dirigé par une telle impératrice. Dans ce but, il lui faudrait le lendemain venir à bout de toutes les difficultés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même s&#039;il devait y laisser sa vie, il conduirait Fana auprès du prince Carlo, Charles se le jura de nouveau à lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il se renouvelait ce serment, une douleur soudaine lui déchira le coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fut surpris de ce sentiment inattendu, et un peu abasourdi. Bien sûr, il comprit sur-le-champ qu&#039;il était jaloux du prince impérial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le fait d&#039;être jaloux heurta sa fierté. Qu&#039;un simple réfugié soit jaloux d&#039;un homme à qui serait confié le gouvernement de l&#039;empire de Levham sur 210.000.000 âmes, c&#039;était incroyablement stupide. C&#039;était ignorer son rang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis un cas désespéré » se marmonna-t-il à lui-même. Il était irrité. Il avait l&#039;impression d&#039;être un enfant qui commençait sa puberté, avec son humeur qui passait par des hauts et des bas en fonction de chacun des actes de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana est la fiancée du prince Carlo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se répéta ce fait à lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles Karino était chargé de la mission de réunir le prince impérial, à qui était confié l&#039;avenir de l&#039;empire de Levham, avec sa fiancée. Rien de plus, rien de moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le comprenait… mais son coeur avait toujours mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis tellement stupide.Il se railla en silence. Cette nuit-là, couché sur les galets et enveloppé dans une couverture, il continua à se faire des reproches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sommeil ne venait pas vite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de vol qu&#039;il dressait dans sa tête laissa place à la silhouette de Fana, et le prince Carlo folâtra avec elle, lui donnant peu à peu ses propres couleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La souffrance dans son coeur ne cessait pas. Pour finir, il se leva, but une lampée de cognac, comptant sur l&#039;alcool pour s&#039;endormir. Ce n&#039;était pas vraiment le bon moyen d&#039;y parvenir, mais il lui semblait sinon qu&#039;il lutterait jusqu&#039;au matin pour trouver le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette petite gorgée d&#039;alcool ne fit qu&#039;exciter son imagination. Son esprit ne lui laissait aucun repos. Paupières serrées, il se versa une nouvelle rasade dans le gosier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ivre-mort » aurait convenu pour décrire Charles quand il s&#039;endormit. Il avait vidé la moitié de la bouteille.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
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		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 7</title>
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		<updated>2016-10-27T08:42:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Portant sur son dos un Charles en lambeaux et couvert de sang, Fana avançait pas à pas sur le sable blanc de la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel au-dessus d&#039;elle était d&#039;un rouge léger, transparent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil était une boule de magma en fusion suspendue bas sur l&#039;horizon, et sa lumière teignait d&#039;écarlate les nuages qui flottaient au-dessus de l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques palmiers se dressaient à la limite de la plage. Fana porta Charles jusqu&#039;à cet endroit, et le laissa tomber sur le sable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le souffle coupé, elle le retourna pour le mettre sur le dos, puis s&#039;effondra à côté de lui. Ces trois derniers jours, elle s&#039;était trouvée soit dans les airs, soit sur la mer, si bien qu&#039;elle rendait grâce au ciel de se sentir sur la terre ferme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vent salé balayait le rivage. Sa respiration entrecoupée se calmait peu à peu, et seul le bruit des vagues atteignait ses oreilles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se mit sur son séant, contempla tristement la silhouette ensanglantée de Charles, et lui passa la main dans les cheveux pour en retirer un peu de sang séché. Le tissu de nylon qu&#039;elle lui avait noué autour de la tête à la hâte était déjà rouge de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se leva pour aller fouiller dans la soute du Santa Cruz, et posa sur le sol ce qu&#039;elle y avait trouvé. Un équipement d&#039;urgence était rangé dans un coffre de bois, étroitement attaché pour survivre aux rudes conditions de vol. Elle ressentit du soulagement quand elle y découvrit une trousse de premiers secours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, elle n&#039;avait jusque là jamais soigné personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de Charles et enleva la toile de parachute qui lui bandait la tête n&#039;importe comment. L&#039;envers du nylon était trempé de sang. Après un bref moment de choc, elle appliqua sur la blessure une compresse désinfectante, et fit un nouveau bandage. Elle renouvela l&#039;opération plusieurs fois. Elle ne pouvait dire que c&#039;était bien, mais elle pensa que c&#039;était au moins satisfaisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles dormait toujours. Elle tâta son visage ; il n&#039;était ni brûlant, ni froid. Une nuit de repos devrait le remettre sur pied, pensa-t-elle pour s&#039;encourager, et elle s&#039;enfonça dans le bois de palmiers, un seau de métal à la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lui fallait de l&#039;eau pour nettoyer Charles de son sang.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Elle se fraya un chemin à travers l&#039;épaisse végétation, passant devant d&#039;énormes fougères recourbées et des plantes d&#039;une couleur suspecte, et découvrit un marais où croupissait une eau noire. Ne se fiant pas à cet aspect peu engageant, elle poursuivit courageusement son chemin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit tombait. Elle entendait à présent des bruits inconnus. Elle jeta un regard autour d&#039;elle, se sentant observée, quand elle aperçut un gros singe assis sur un tronc penché, qui la regardait avec des yeux que le clair de lune faisait scintiller d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle réprima un hurlement, tourna le dos à l&#039;animal et continua de marcher. Elle aurait voulu faire demi-tour, mais quelque chose lui disait qu&#039;elle trouverait de l&#039;eau juste un peu plus loin. Aiguillonnée par son intuition, elle parvint à la lisière du fourré, et une nouvelle plage s&#039;offrit à sa vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle regarda au-delà ; très très loin, le soleil semblait se pelotonner derrière la chaîne des montagnes comme sous une couverture verdoyante. Sa lumière affaiblie brillait par les brèches des vallées entre les sommets, envoyant des rayons vers les nuages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre deux mamelons coulait un torrent solitaire, qui traversait la plage devant Fana pour se jeter dans l&#039;océan. Le ciel se réfléchissait dans son eau limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle tomba à genoux, serra ses mains sur sa poitrine, et exprima sa gratitude : « Ahh, merci, mon Dieu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec de pénibles efforts, à bout de souffle, Fana réussit à revenir à travers le fourré de palmiers en portant le seau rempli d&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil s&#039;était couché quand elle rejoignit Charles. La plage miroitait sous le clair de lune. L&#039;air était tiède autour d&#039;eux ; si la nuit était fraîche sur l&#039;océan, sur cette île il n&#039;y avait pas à se soucier autant du froid.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec une allumette elle alluma une chandelle et la cala dans le sable. Puis elle plongea un chiffon dans l&#039;eau, et essuya le visage ensanglanté de Charles. En rougissant, elle lui enleva sa combinaison de vol, nettoya avec du cognac les blessures que lui avaient faites les éclats de verre, et y appliqua des compresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles gardait une expression paisible. Sa respiration était calme. Pensant qu&#039;il se remettrait si on le laissait tranquille, après l&#039;avoir soigné tant bien que mal Fana étendit sur lui une couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bruits de l&#039;île s&#039;étaient tus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle n&#039;entendait plus ni les oiseaux ni les vagues. Il y avait juste l&#039;océan, le ciel, les étoiles, et la lune, et Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de lui, et contempla les vagues qui mordaient sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit d&#039;été exhala une bouffée de brise tiède. Le sable gardait la chaleur de l&#039;après-midi, et l&#039;air immobile restait chaud.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cet instant, elle était libre de faire ce qu&#039;elle désirait. C&#039;était un moment rien que pour elle, sans personne pour la surveiller, le genre de moment qui n&#039;arrivait jamais à Rio de Este.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retourna à l&#039;arrière du cockpit, se changea pour mettre son maillot de bain, et sauta dans l&#039;océan nocturne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;eau était chaude et agréable sur sa peau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nageant sur place, flottant parmi les vagues, elle contemplait paisiblement les étoiles dans la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lumière nette du clair de lune baignait la blancheur de son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;était raidie contre la mort si souvent durant la journée. Mais elle avait survécu. Et à présent elle était en train de nager dans l&#039;océan sous la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ecartant bras et jambes, elle leva le regard vers le ciel étoilé, et prit une décision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vais changer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors qu&#039;elle se murmurait ces paroles à elle-même, au plus profond de son âme, un poids se dissipa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impatiente, elle retourna sur la plage et, toujours en maillot de bain, s&#039;assit près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, elle détacha ses cheveux. Puis elle leva les ciseaux qu&#039;elle avait utilisés pour couper les bandages et approcha les lames de sa chevelure de fils d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mèches coupées dansèrent dans la brise nocturne et disparurent en direction de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair de lune couleur d&#039;or glissa sur ses cheveux, coulant vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa tâche achevée, elle se passa la main dans les cheveux. Alors qu&#039;un instant auparavant, sa chevelure lui tombait jusqu&#039;à la taille, elle la sentait à hauteur de nuque à travers ses doigts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans miroir, elle ne pouvait voir son apparence, mais cela suffisait pour le rituel de sa renaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« De quoi ai-je l&#039;air ? » Elle sourit à Charles avec espièglerie. Pas de réponse. Elle tendit le bras et lui pinça la joue. Il continua à dormir sans réagir, en toute innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retira sa main et murmura : « Je suis en vie, grâce à vous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une pensée honorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais alors qu&#039;elle prononçait ces paroles, elle fut inondée de tristesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son coeur lui fit mal comme si on lui le lui arrachait. Et en même temps que la douleur, elle fut envahie d&#039;une émotion qu&#039;elle n&#039;avait jamais ressentie jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un sentiment qu&#039;elle éprouvait pour la première fois de sa vie, un sentiment amer autant    que doux, à la fois douloureux et agréable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ne savait que faire. Elle s&#039;enroula donc dans une couverture et s&#039;étendit auprès du pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nuit tropicale, on n&#039;entendait que le souffle de la respiration de Charles qui dormait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana attendait le sommeil, écoutant cette respiration. Des émotions contradictoires jaillissaient de son coeur bouleversé, se heurtant les unes aux autres avec violence, l&#039;empêchant de dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles », appela-t-elle, incapable de se retenir plus longtemps. Roulant sur elle-même, elle fixa son visage dans le clair de lune. Dans son coeur la douleur s&#039;intensifia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles » appela-t-elle à nouveau. Pas de réponse. Elle aurait voulu l&#039;entourer de ses bras, enfouir son visage contre son dos, et dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand elle se rendit compte du cours que prenaient ses pensées, elle rougit, s&#039;écarta de Charles, se recroquevilla en plongeant la tête sous sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait son coeur battre à grands coups. Pleine de gêne et de confusion, elle s&#039;obligea à fermer les yeux, et attendit le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil du matin perça la brume sur l&#039;océan et illumina la plage où reposaient Charles et Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fut le premier à se réveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forte lumière lui sauta en plein visage et le fit grimacer. Il secoua légèrement la tête et tenta de se mettre sur son séant, mais tout son corps était perclus de douleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Uggh », gémit-il. Il tâta sa blessure à la tête, et prit conscience du bandage maladroit qui l&#039;enveloppait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de lui Fana dormait paisiblement, roulée en boule sous sa couverture, lui tournant le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il posa sur elle un œil distrait, puis sur la plage, balaya du regard le fourré de palmiers, tout en remontant le fil de ses souvenirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient volé tout droit au coeur d&#039;une flotte ennemie, avaient été pourchassés par des missiles, puis par des Shinden… et il avait été blessé à la tête au cours de ce dernier affrontement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses souvenirs ensuite restaient brumeux. Il se rappelait avoir désespérément écouté Fana, et avoir laissé son instinct le guider. Une forte pluie tombait dans l&#039;habitacle, et tenir le manche était pénible. Il avait de nombreuses fois cru que c&#039;était la fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne savait pas comment ils s&#039;étaient débarrassés des Shinden. Il se rappelait vaguement avoir traversé la Grande Chute et trouvé Sierra Cadis. Mais en dehors de cela, rien, malgré tous ses efforts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec difficulté il réussit à se mettre debout sur le sable, et s&#039;étira avec précaution. Il avait fini par s&#039;apercevoir que son torse nu était tailladé d&#039;un grand nombre de blessures. Probablement à cause des éclats de verre. Mais toutes les plaies avaient été désinfectées. Sans aucun doute c&#039;était Fana qui l&#039;avait soigné. Plein de reconnaissance mais aussi de remords de lui avoir donné tant de dérangement, il baissa le regard vers la jeune fille, pelotonnée dans sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait incroyablement faim. Il avait perdu trop de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il but de l&#039;eau de sa gourde, prit du pain rassis dans le nécessaire de secours étalé sur le sable, et mordit dedans. Puis il enfila sa combinaison de vol et marcha sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vagues balayaient ses chevilles, tandis qu&#039;il regardait l&#039;horizon, l&#039;esprit ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis toujours vivant. »  Le dire à voix haute était une manière de le confirmer. Il sentait sur son visage l&#039;air épais, brumeux, et le vent tiède. Le soleil se levait au-dessus de l&#039;horizon, et le bleu commençait à gagner sur le rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit une voix derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Charles. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se retournant, il aperçut Fana debout à la limite des vagues, dans sa combinaison de vol. Elle lui souriait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il écarquilla les yeux : les cheveux de la jeune fille étaient coupés courts, jusqu&#039;à n&#039;atteindre que le menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, vos cheveux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je les ai coupés parce qu&#039;ils me gênaient. De quoi ai-je l&#039;air ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ravala sa salive. Cette coupe lui allait beaucoup mieux que les cheveux attachés. Mais il ne savait pas comment exprimer cette opinion avec des mots, si bien qu&#039;il se contenta de hocher la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comment allez-vous ? Vous n&#039;avez pas trop de mal à marcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ou.. Oui, hum, est-ce vous, Mademoiselle, qui avez fait mes pansements ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolée, ils ne sont pas terribles. C&#039;est la première fois...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, en fait, vous vous en êtes très bien sortie. Je suis impressionné. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana lui jeta un regard de doute, puis eut un sourire taquin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, vous souvenez-vous d&#039;hier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ? Euh… Vous ai-je manqué de respect  ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Hum, manqué de respect… Eh bien, si ce que vous avez dit était un mensonge, voilà qui serait sans aucun doute un manque de respect…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Hum, je, qu&#039;ai-je… ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous ne vous rappelez vraiment pas ? «Dans le ciel les classes sociales n&#039;existent pas. » Vous m&#039;avez dit cela quand nous étions pris en chasse. Si c&#039;est un mensonge, alors je devrai vous haïr. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit un effort désespéré pour se rappeler les événements de la veille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, il avait le vague souvenir d&#039;avoir parlé avec elle pendant que les Shinden les pourchassaient. Il s&#039;en souvenait, parce que la voix de Fana avait été comme un charme magique, qui l&#039;avait maintenu à son poste et lui avait donné assez de force pour manier le manche. Et ensuite…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se sentit rougir. Et, luttant pour trouver ses mots, il formula des excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Je suis désolé, Mademoiselle. A ce moment-là, je n&#039;avais pas les idées claires. Hum, aussi, j&#039;ai fini par vous parler comme à une amie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Cela ne me dérange pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais moi si. C&#039;est ma faute. Vous appeler par votre prénom alors que je ne suis pas en position pour le faire. Je suis vraiment, vraiment désolé. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parut mécontente de ses excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Alors c&#039;était un mensonge ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pas vraiment un mensonge, plutôt le rêve irréaliste d&#039;un mercenaire. Vous ne devez pas prendre cela au sérieux, Mademoiselle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est à moi de décider de le prendre au sérieux ou pas. J&#039;aime assez cette façon de penser », déclara Fana avec fermeté. Au contraire de la veille, c&#039;était une Fana qui pouvait et voulait exprimer son opinion. Cela, ajouté à ses cheveux courts, la faisait paraître complètement différente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis honoré de ce compliment. Mais n&#039;en parlons plus. Nous avons beaucoup à faire aujourd&#039;hui. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mettant ainsi fin à la conversation, Charles passa devant elle pour retourner sur la plage. Elle le regarda s&#039;éloigner d&#039;un air désapprobateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles hissa son corps meurtri dans l&#039;avion, Fana derrière lui, et ils décollèrent. En survolant l&#039;archipel avec plus d&#039;attention, il découvrit un terrain plat sur lequel atterrir. Il descendit et fit rouler doucement l&#039;appareil jusqu&#039;à la lisière d&#039;une épaisse pinède, avant de le recouvrir de  branches et de feuillages qu&#039;il ramassa avec Fana, pour éviter qu&#039;on le voie du ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite, ils se consacrèrent à la réparation de l&#039;appareil. Charles enleva avec dextérité la pile de la batterie à hydrogène et nettoya le réservoir, la ventouse, et le tuyau d&#039;échappement. Fana ramassa les éclats de verre qui couvraient le siège, mit en place le pare-brise de rechange qui se trouvait dans la soute, et essuya les instruments de bord que Charles avait démontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son humeur s&#039;était peu à peu éclairée au fur et à mesure qu&#039;ils travaillaient. Au début, elle s&#039;était moquée de la façon incroyablement polie et respectueuse dont Charles s&#039;adressait à elle, puis elle avait progressivement abandonné ce persiflage, et pendant qu&#039;avec maladresse elle prenait sa part du travail, avait parlé de choses et d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi elle lui avait dit que la nuit précédente elle était allée chercher de l&#039;eau toute seule, qu&#039;elle avait pris un bain de minuit, qu&#039;elle s&#039;était coupée les cheveux en signe de renaissance ; elle parlait, désireuse que Charles lui réponde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui, en retour, laissait aller la conversation, et, essuyant sa transpiration d&#039;un revers de manche, poursuivait sa tâche, qu&#039;il acheva lorsque le soleil eut dépassé son zénith.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- En fait je suis vraiment affamée, car je n&#039;ai rien mangé depuis la nuit dernière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Moi de même. Allons pêcher dans cette rivière, alors. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il tira de la soute deux cannes à pêche et les mit sur son épaule. Fana eut un sourire et courut dans l&#039;herbe qui couvrait la plaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dépêchez-vous, Charles », lui cria-t-elle en se retournant, avant de poursuivre sa course.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des papillons aux vives couleurs voletaient autour des fleurs dans la prairie. De larges montagnes verdoyantes les entouraient, donnant l&#039;impression qu&#039;ils se trouvaient dans un jardin éloigné du monde. Ils traversèrent un fourré de palmiers à la lisière de la prairie, et atteignirent un cours d&#039;eau qui dévalait de la montagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De gros rochers bosselés faisaient saillie hors de la rive et de l&#039;eau, qui était si peu profonde qu&#039;on pouvait la traverser à pied. Des cailloux ronds couvraient le fond, et on voyait des poissons bleus nager à contre courant. Le soleil d&#039;été découpait leurs ombres sur les galets. Des arbres à l&#039;épais feuillage vert parsemaient l&#039;autre rive, et des oiseaux rose pâle, au bec bizarrement conformé, faisaient entendre des cris étranges. La lumière cruelle du soleil régnait sur la plus grande partie du paysage, et les ombres complexes qu&#039;elle faisait naître étaient agréables au regard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quelle superbe rivière ! », dit Fana à Charles lorsqu&#039;il arriva un moment plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Un endroit vraiment magnifique... Camperons-nous ici ce soir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Merveilleux ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana saisit sa canne à pêche, s&#039;assit sur un large rocher qui s&#039;avançait au-dessus de l&#039;eau, et jeta l&#039;hameçon dans la rivière. Charles lui aussi lança sa ligne dans le cours d&#039;eau limpide, cala la canne sur la rive et s&#039;étendit sur le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel bleu emplit son champ de vision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair azur, les nuages d&#039;un blanc pur, ces couleurs impressionnèrent son regard. C&#039;était un paysage d&#039;été perpétuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le charme du repos, lié à la saison de l&#039;été, pénétra son cerveau, et malgré son respect de l&#039;ordre établi, il sentit jaillir en lui une soif de liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours étendu, il regarda Fana, assise sur le rocher en train de surveiller sa ligne. Elle avait sur le visage une expression de douceur tandis qu&#039;elle observait la rivière avec concentration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle paix, songea-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était fatigué de voler dans un ciel traversé de balles et de missiles. Il ne voulait plus voir de dirigeable coupé en deux, déversant sa cargaison de passagers dans l&#039;océan. Il était las des explosions, de la mitraille et du métal tombant en vrille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voulait juste voler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme ce serait merveilleux s&#039;il pouvait se contenter de parcourir les espaces aériens, sans se préoccuper d&#039;ennemis ou d&#039;alliés, avec Fana sur le siège arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il pouvait, avec Fana, traverser d&#039;innombrables tours de nuages, passer à travers leurs effilochures, chevaucher le vent, et voler n&#039;importe où, pour toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais prenant conscience de ses pensées, il fit taire son imagination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était plein de confusion à constater la présence de Fana dans sa rêverie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il rêvait de voler sans limites. Nul besoin de Fana dans ce rêve. Elle était la fiancée du prince impérial, après tout, et n&#039;avait rien à faire avec un orphelin devenu pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il devait se rappeler quelle était sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se le répéta à lui-même encore et encore. Une part de son coeur résistait à cette contrainte, mais il la scella avec force. Il craignait de devenir le jouet de ses propres pensées si elles restaient en surface.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce moment-là, Fana le regarda. Leurs yeux se rencontrèrent. Son coeur fit un bond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, ça tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Votre ligne. Levez-vous, vite ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à sa canne à pêche calée sur le rivage au-dessus de l&#039;eau. La ligne s&#039;enfonçait d&#039;un côté, puis de l&#039;autre, par saccades. Il se leva en hâte et tira : il avait ferré deux gros ombles chevaliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ah, j&#039;ai pris quelque chose, moi aussi », cria Fana de la pierre où elle était assise. Sa ligne elle aussi pliait violemment. Un moment plus tard, dans un jaillissement d&#039;écume blanche, le poisson   que sa ligne avait attrapé fut tiré hors de l&#039;eau. Ses cris de joie se répercutèrent sur les rochers alentour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ramassa des branches et des feuilles dans la pinède, les enflamma avec une allumette au phosphore, et posa sur le feu des cailloux ronds. Quand ils furent brûlants, il y étendit les ombles saupoudrés de sel. Il ne fallut pas longtemps pour qu&#039;une odeur appétissante chatouille les narines de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Merci pour ce repas. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle attrapa le poisson par la tête et la queue, et mordit dedans. La peau grillée et savoureuse, de même que la chair grasse du poisson, descendirent droit dans son estomac. La fraîcheur du poisson, qui avait grandi dans une eau pure et non polluée, fit naître un sourire sur son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est merveilleux, Charles. Peut-être pourriez-vous donner votre démission en tant que pilote pour devenir cuisinier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;y penserai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Puis-je faire un aveu honteux ? Je veux encore manger…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quelle coïncidence, j&#039;ai eu la même pensée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils jetèrent à nouveau tous les deux leur ligne dans la rivière, et reprirent leur repas. Comme ces îles n&#039;étaient pas fréquentées, même un simple leurre suffisait à attraper du poisson à une cadence plaisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se régalèrent du poisson de la rivière tout leur content. A un moment donné, Charles avait même oublié ses blessures, et engloutissait ses proies comme un animal cherchant à récupérer d&#039;une perte de sang. Fana, pour sa part, le regardait d&#039;un air heureux, contente de ce repas au soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais une intrusion brutale interrompit ce moment d&#039;insouciance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Averti par son instinct, Charles leva les yeux vers le ciel. Un bruit d&#039;hélice plein de menace descendait de l&#039;azur. Il regarda Fana et lui dit avec fermeté :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est mauvais signe. Mademoiselle, allons nous cacher sous les arbres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux détalèrent comme des lapins de garenne, pour se précipiter sous le couvert de la pinède à côté de la rivière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles regarda dans la direction du bruit. A 500 mètres d&#039;altitude environ, un avion de patrouille Amatsukami ratissait l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;appareil volait tranquillement, comme s&#039;il savourait le paysage, puis se dirigea vers l&#039;île voisine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana fronça les sourcils et demanda : « Qu&#039;est-ce que c&#039;était ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un avion de reconnaissance Amatsukami. La flotte à laquelle nous avons échappé hier est probablement stationnée dans le coin. Ils savent sans doute que nous sommes à Sierra Cadis, à cause des limitations de vol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr, nous ne pouvons pas rester ici toujours…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même s&#039;ils savent que nous sommes dans l&#039;archipel, ils ignorent sur quelle île nous nous trouvons. Ils en sont probablement encore à envoyer des avions de reconnaissance pour explorer la dizaine d&#039;îles. Ils finiront par atterrir, s&#039;ils ont une idée de l&#039;endroit où nous sommes, mais nous devrions être en sécurité un ou deux jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana scruta le ciel avec inquiétude. Charles réfléchit un moment, avant de reprendre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il est des plus probables que l&#039;ennemi ait encerclé l&#039;archipel. En plus des avions qui nous cherchent, il doit y en avoir d&#039;autres qui attendent que nous décollions. La situation est devenue préoccupante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Donc c&#039;est dangereux de rester, mais aussi dangereux de partir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Il nous faut en particulier un ciel nuageux pour décoller. Si nous le faisons par temps clair, un des avions de reconnaissance nous verra tout de suite et contactera la flotte, et les Shinden nous prendront à nouveau en chasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est ennuyeux », marmonna-t-il. Il remarqua que le visage de Fana s&#039;assombrissait. C&#039;était probablement lourd pour elle, qui venait de découvrir la veille l&#039;aspect terrifiant d&#039;un combat aérien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L&#039;avion est très bien caché, donc à moins de gaffer dans les grandes largeurs, nous devrions être en sécurité sur cette île pour une journée ou deux. Il faudra simplement courir sous les arbres chaque fois que nous entendrons un bruit d&#039;hélices. Pas besoin de paniquer. »  Il se força à sourire, pour la réconforter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil commençait à baisser lorsque Fana, qui était étendue le long de la rive, se rappela soudain quelque chose et fit une suggestion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, pourrons-nous grimper sur la montagne ?&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quand nous avons survolé l&#039;île, j&#039;ai vu une tache jaune sur l&#039;autre versant. J&#039;aurais voulu savoir ce que c&#039;était. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle indiquait une montagne au sommet arrondi, qui était couverte de gazon et ne paraissait pas difficile à escalader.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ahh, c&#039;est une colonie de fleurs sauvages. Ce n&#039;est pas si exceptionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais pour moi, ça l&#039;est. Alors, on y va ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Charles n&#039;avait aucune raison de refuser, ils passèrent la rivière en sautant d&#039;une pierre à l&#039;autre, traversèrent une épaisse forêt, et parvinrent au pied de la montagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hors d&#039;haleine, Fana entreprit l&#039;ascension. Tout en avançant, elle lançait souvent des regards en arrière, à la fois pour admirer le paysage où coulait la rivière dans laquelle ils avaient pêché quelques heures auparavant, et en direction de Charles, qui la suivait fidèlement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil brillait sur le côté, faisant scintiller les gouttes de sueur sur la peau immaculée de la jeune fille. En haut de la pente, Fana se mit à courir, pour regarder le paysage du sommet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Magnifique. » Le vent qui venait de la plage et soufflait sur la montagne emporta ce murmure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pied de la montagne était entièrement recouvert de fleurs sauvages aux jaunes pétales et d&#039;herbe vert tendre, jusqu&#039;à la limite de la falaise, au delà de laquelle s&#039;étendait l&#039;océan bleu outremer, survolé à l&#039;horizon par de blancs cumulonimbus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lourd parfum de l&#039;herbe parvenait jusqu&#039;à ses narines. Des papillons blancs voletaient parmi les dizaines de milliers de pétales. Chaque fois que soufflait la brise océanique, le champ de fleurs se penchait d&#039;un même côté, et les rayons rasants du soleil se réfléchissaient sur les pétales et sur les feuilles, qui éparpillaient la lumière chatoyante aussi loin que l&#039;oeil pouvait voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Face à cette profusion de couleurs, Fana resta immobile, le souffle coupé, avant de s&#039;avancer d&#039;un pas dans le jardin fleuri. Au moment où Charles atteignit le sommet, elle avait déjà pénétré droit dans la jaune prairie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette fois, ce fut au tour de Charles d&#039;avoir le souffle coupé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pur azur, la mer paisible, le chapelet de nuages, le jardin de fleurs – tous ces éléments du paysage ne servaient qu&#039;à rendre Fana del Moral encore plus belle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa courte chevelure d&#039;argent soulevée par la brise, ses yeux argentés, sa peau d&#039;un blanc immaculé, sa combinaison de vol toute blanche… Sa pâle silhouette au milieu d&#039;un océan de couleurs faisait paraître Fana comme un être n&#039;appartenant pas à ce monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne pouvait entrer dans ce tableau. S&#039;il le tentait, la perfection de cette scène volerait en éclats, fracassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana cependant n&#039;avait aucune idée des pensées qui traversaient l&#039;esprit de Charles. Alors qu&#039;il se tenait là, muet de stupeur, elle prit conscience de sa présence et se retourna avec un sourire plein d&#039;innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Regardez, n&#039;est-ce pas magnifique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Au delà de ce que je pouvais imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;impression que mon âme est purifiée. Venez, marchons. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retenant d&#039;une main ses mèches dérangées par le vent, elle faisait signe à Charles d&#039;avancer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se promenèrent ensemble dans le jardin de fleurs sauvages. Tout en échangeant des paroles distraites, ils traversèrent la prairie, et arrivèrent à la falaise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Debout dans l&#039;herbe au bord du gouffre, Fana regarda fixement le bleu de l&#039;horizon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil couchant irradiait sa lueur de cuivre devant elle. S&#039;ils volaient vers l&#039;ouest, en direction du soleil, ils arriveraient à Esméralda, la capitale impériale, où l&#039;attendait le prince Carlo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de Fana s &#039;assombrit. Elle se tourna vers Charles, qui se tenait derrière elle comme un serviteur obéissant. Il la regarda avec inquiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quelque chose ne va pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;est rien. » Fana se hâta d&#039;afficher une expression stoïque, et porta à nouveau ses regards sur l&#039;horizon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière elle, Charles l&#039;observait en silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana voulait dire quelque chose, il le devinait. Mais il ne posa pas de question. Il sentait qu&#039;il n&#039;était pas en position pour le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu, le soleil baissa, et le ciel à l&#039;occident se teinta de rouge. Fana, qui était restée sans rien dire, se retourna vers Charles :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Vous vous ennuyez ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je voudrais rester ici encore un peu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme vous le désirez, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana eut un faible sourire, puis s&#039;assit sur l&#039;herbe, les jambes allongées devant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mouette traversa le ciel à l&#039;ouest, ses blanches ailes étendues. Le dessous du nuage qui les survolait était devenu rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se tenait debout sans mot dire derrière Fana. Les yeux toujours fixés sur le soleil couchant, Fana pointa du doigt le sol à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N&#039;aimeriez-vous pas vous asseoir ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un moment d&#039;hésitation, Charles fit ce qu&#039;elle lui demandait, et s&#039;assit à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
« Merci d&#039;obéir à mon égoïsme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;habitude, à présent. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette petite taquinerie la fit sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux étaient assis à moins d&#039;un pas l&#039;un de l&#039;autre, contemplant les nuages baignés d&#039;écarlate et les lambeaux de ciel bleu qui luttaient pour ne pas disparaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rumeur des vagues montait du bas de la falaise. Le parfum de la nuit d&#039;été se mêlait au souffle du vent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« On est si bien », murmura Fana. Elle se coucha sur l&#039;herbe. « Vraiment, on est si bien », répéta-t-elle, les yeux toujours levés vers le ciel. Les nuages prenaient tous la couleur du soir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;impression que nous nous sommes déjà rencontrés, il y a longtemps. Est-ce un effet de mon imagination ? »  Toujours allongée, elle contemplait le ciel. Une grosse étoile luisait faiblement à l&#039;est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles hésita, incertain de la manière de répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pensa néanmoins qu&#039;il n&#039;y avait rien à cacher, et opta pour la franchise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En fait, nous nous sommes rencontrés il y a très, très longtemps. Vous ne vous en rappelez sans doute pas,mais quand j&#039;étais enfant, j&#039;étais aide-jardinier au manoir del Moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère était servante au château, si bien que je dormais dans une petite remise dans le jardin. Je n&#039;ai jamais été en position de voir Mademoiselle, mais une fois, nous nous sommes rencontrés, alors que je maltraitais un cochon. Vous m&#039;avez grondé, en disant qu&#039;il ne fallait pas maltraiter les êtres plus faibles que soi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un petit rire à ce souvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se mit sur son séant, et scruta le visage du jeune homme. Elle fit un effort désespéré pour parcourir dans sa mémoire les images de son enfance, mais elle ne put se rappeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis désolée, je ne m&#039;en souviens pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;est pas surprenant, ce fut une très courte rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais tout de même. Penser que vous avez travaillé chez moi…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. J&#039;y ai travaillé environ deux ans. Quand j avais neuf ans, ma mère a été chassée du manoir parce qu&#039;elle avait désobéi au Duc Diego. Mademoiselle avait six ans à l&#039;époque, si bien qu&#039;il est peu probable que vous vous en souveniez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Attendez, Charles, votre mère était-elle amatsuvienne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous vous en souvenez ? Oui, elle était maigre, avec le visage grêlé, mais elle était pleine de gentillesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu, oh mon Dieu... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tremblement dans la voix de Fana témoignait du choc qu&#039;elle avait reçu. Charles poursuivit, avec un sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Même après que nous avons été chassés du manoir, ma mère est restée fière de ce qu&#039;elle avait fait. Elle était heureuse que Mademoiselle écoute avec passion les histoires d&#039;Amatsukami. Mais elle regrettait de n&#039;avoir pu vous dire adieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Charles, mais c&#039;est… c&#039;est... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les larmes ruisselaient sur les joues de Fana. Une, deux, d&#039;innombrables larmes coulaient vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles savait que sa mère était allée à l&#039;encontre des ordres du duc en racontant des histoires à Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les larmes de cette dernière lui apprirent que la jeune fille et sa mère étaient beaucoup plus proches qu&#039;il ne l&#039;avait cru.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle s&#039;occupait très bien de moi. Dans ce manoir glacial, elle était la seule à me traiter avec chaleur. Et elle a été chassée à cause de moi. Je… Je ne sais comment m&#039;excuser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère a agi de son propre chef. Mademoiselle ne doit pas se tourmenter pour ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Est-ce qu&#039;elle va bien ? » La voix de Fana était étranglée par les larmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est morte de maladie il y a cinq ans. Elle est partie paisiblement, sans souffrir. » C&#039;était un mensonge. En fait elle avait été tuée d&#039;un coup de couteau par un homme qui cherchait à la violer, peu de temps après avoir été chassée du manoir, mais il n&#039;était pas besoin de dire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est horrible, c&#039;est trop tôt. Je prierai désormais pour elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère en sera reconnaissante. En fait je ne savais pas du tout que vous étiez si proches l&#039;une de l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne garde pas de souvenirs plaisants de mon enfance. Je me rappelle seulement qu&#039;on m&#039;éduquait pour que je devienne une poupée pour Père. Mais je me rappelle que votre mère me racontait des histoires quand j&#039;étais au lit. Le moment où j&#039;allais m&#039;endormir était le seul moment heureux que je connaissais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ? Mère sourit probablement là-haut, heureuse d&#039;entendre ces paroles. Peut-être aussi m&#039;a-t-elle guidé pour être ici avec vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je.. je suis bouleversée, je ne sais que dire. Je ne pensais pas que quelque chose d&#039;aussi incroyable puisse arriver… que vous soyez son fils. J&#039;aurais dû être plus attentive à mes cours de poésie. Peut-être aurais-je été davantage en mesure d&#039;exprimer ce que je ressens.&lt;br /&gt;
- Je comprends. Ma mère aussi. S&#039;il vous plaît, essuyez vos larmes. Vous devriez les garder pour le moment où nous arriverons sains et saufs dans la capitale impériale. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana tenta de faire ce qu&#039;il disait, tenta de réprimer ses larmes. Mais elle ne pouvait s&#039;arrêter de pleurer. Elle s&#039;allongea sur le dos et se couvrit les yeux des deux mains, s&#039;efforçant de résister aux émotions qui jaillissaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de Charles se détendit, et il porta son regard sur le ciel rougeoyant. Il resta assis en silence à côté de Fana jusqu&#039;à ce qu&#039;elle cesse de pleurer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fille aînée de la Maison del Moral, qui régnait principalement sur San Martilia et toutes ses possessions, aurait dû sans doute considérer une simple servante comme un outil jetable. La gentillesse dont elle faisait preuve en pleurant pour sa mère pénétra son esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voulait voir l&#039;empire dirigé par une telle impératrice. Dans ce but, il lui faudrait le lendemain venir à bout de toutes les difficultés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même s&#039;il devait y laisser sa vie, il conduirait Fana auprès du prince Carlo, Charles se le jura de nouveau à lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il se renouvelait ce serment, une douleur soudaine lui déchira le coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fut surpris de ce sentiment inattendu, et un peu abasourdi. Bien sûr, il comprit sur-le-champ qu&#039;il était jaloux du prince impérial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le fait d&#039;être jaloux heurta sa fierté. Qu&#039;un simple réfugié soit jaloux d&#039;un homme à qui serait confié le gouvernement de l&#039;empire de Levham sur 210.000.000 âmes, c&#039;était incroyablement stupide. C&#039;était ignorer son rang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis un cas désespéré » se marmonna-t-il à lui-même. Il était irrité. Il avait l&#039;impression d&#039;être un enfant qui commençait sa puberté, avec son humeur qui passait par des hauts et des bas en fonction de chacun des actes de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana est la fiancée du prince Carlo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se répéta ce fait à lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles Karino était chargé de la mission de réunir le prince impérial, à qui était confié l&#039;avenir de l&#039;empire de Levham, avec sa fiancée. Rien de plus, rien de moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le comprenait… mais son coeur avait toujours mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis tellement stupide.Il se railla en silence. Cette nuit-là, couché sur les galets et enveloppé dans une couverture, il continua à se faire des reproches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sommeil ne venait pas vite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de vol qu&#039;il dressait dans sa tête laissa place à la silhouette de Fana, et le prince Carlo folâtra avec elle, lui donnant peu à peu ses propres couleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La souffrance dans son coeur ne cessait pas. Pour finir, il se leva, but une lampée de cognac, comptant sur l&#039;alcool pour s&#039;endormir. Ce n&#039;était pas vraiment le bon moyen d&#039;y parvenir, mais il lui semblait sinon qu&#039;il lutterait jusqu&#039;au matin pour trouver le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette petite gorgée d&#039;alcool ne fit qu&#039;exciter son imagination. Son esprit ne lui laissait aucun repos. Paupières serrées, il se versa une nouvelle rasade dans le gosier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ivre-mort » aurait convenu pour décrire Charles quand il s&#039;endormit. Il avait vidé la moitié de la bouteille.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=505241</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=505241"/>
		<updated>2016-10-27T06:32:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Mises à jour */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Feedback ===&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*27 octobre 2016 : Chapitre 8&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
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*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]]&lt;br /&gt;
:*Johc (Chapitres 5, 6, 7)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=505240</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
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		<updated>2016-10-27T06:32:24Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Mises à jour */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*27 octobre 2016 Chapitre 8&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
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*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
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*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
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* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=505239</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
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		<updated>2016-10-27T06:31:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Traducteurs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
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Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
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*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
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*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_7&amp;diff=505238</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 7</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_7&amp;diff=505238"/>
		<updated>2016-10-27T06:28:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Portant sur son dos un Charles en lambeaux et couvert de sang, Fana avançait pas à pas sur le sable blanc de la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel au-dessus d&#039;elle était d&#039;un rouge léger, transparent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil était une boule de magma en fusion suspendue bas sur l&#039;horizon, et sa lumière teignait d&#039;écarlate les nuages qui flottaient au-dessus de l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques palmiers se dressaient à la limite de la plage. Fana porta Charles jusqu&#039;à cet endroit, et le laissa tomber sur le sable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le souffle coupé, elle le retourna pour le mettre sur le dos, puis s&#039;effondra à côté de lui. Ces trois derniers jours, elle s&#039;était trouvée soit dans les airs, soit sur la mer, si bien qu&#039;elle rendait grâce au ciel de se sentir sur la terre ferme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vent salé balayait le rivage. Sa respiration entrecoupée se calmait peu à peu, et seul le bruit des vagues atteignait ses oreilles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se mit sur son séant, contempla tristement la silhouette ensanglantée de Charles, et lui passa la main dans les cheveux pour en retirer un peu de sang séché. Le tissu de nylon qu&#039;elle lui avait noué autour de la tête à la hâte était déjà rouge de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se leva pour aller fouiller dans la soute du Santa Cruz, et posa sur le sol ce qu&#039;elle y avait trouvé. Un équipement d&#039;urgence était rangé dans un coffre de bois, étroitement attaché pour survivre aux rudes conditions de vol. Elle ressentit du soulagement quand elle y découvrit une trousse de premiers secours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, elle n&#039;avait jusque là jamais soigné personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de Charles et enleva la toile de parachute qui lui bandait la tête n&#039;importe comment. L&#039;envers du nylon était trempé de sang. Après un bref moment de choc, elle appliqua sur la blessure une compresse désinfectante, et fit un nouveau bandage. Elle renouvela l&#039;opération plusieurs fois. Elle ne pouvait dire que c&#039;était bien, mais elle pensa que c&#039;était au moins satisfaisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles dormait toujours. Elle tâta son visage ; il n&#039;était ni brûlant, ni froid. Une nuit de repos devrait le remettre sur pied, pensa-t-elle pour s&#039;encourager, et elle s&#039;enfonça dans le bois de palmiers, un seau de métal à la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lui fallait de l&#039;eau pour nettoyer Charles de son sang.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Elle se fraya un chemin à travers l&#039;épaisse végétation, passant devant d&#039;énormes fougères recourbées et des plantes d&#039;une couleur suspecte, et découvrit un marais où croupissait une eau noire. Ne se fiant pas à cet aspect peu engageant, elle poursuivit courageusement son chemin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit tombait. Elle entendait à présent des bruits inconnus. Elle jeta un regard autour d&#039;elle, se sentant observée, quand elle aperçut un gros singe assis sur un tronc penché, qui la regardait avec des yeux que le clair de lune faisait scintiller d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle réprima un hurlement, tourna le dos à l&#039;animal et continua de marcher. Elle aurait voulu faire demi-tour, mais quelque chose lui disait qu&#039;elle trouverait de l&#039;eau juste un peu plus loin. Aiguillonnée par son intuition, elle parvint à la lisière du fourré, et une nouvelle plage s&#039;offrit à sa vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle regarda au-delà ; très très loin, le soleil semblait se pelotonner derrière la chaîne des montagnes comme sous une couverture verdoyante. Sa lumière affaiblie brillait par les brèches des vallées entre les sommets, envoyant des rayons vers les nuages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre deux mamelons coulait un torrent solitaire, qui traversait la plage devant Fana pour se jeter dans l&#039;océan. Le ciel se réfléchissait dans son eau limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle tomba à genoux, serra ses mains sur sa poitrine, et exprima sa gratitude : « Ahh, merci, mon Dieu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec de pénibles efforts, à bout de souffle, Fana réussit à revenir à travers le fourré de palmiers en portant le seau rempli d&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil s&#039;était couché quand elle rejoignit Charles. La plage miroitait sous le clair de lune. L&#039;air était tiède autour d&#039;eux ; si la nuit était fraîche sur l&#039;océan, sur cette île il n&#039;y avait pas à se soucier autant du froid.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec une allumette elle alluma une chandelle et la cala dans le sable. Puis elle plongea un chiffon dans l&#039;eau, et essuya le visage ensanglanté de Charles. En rougissant, elle lui enleva sa combinaison de vol, nettoya avec du cognac les blessures que lui avaient faites les éclats de verre, et y appliqua des compresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles gardait une expression paisible. Sa respiration était calme. Pensant qu&#039;il se remettrait si on le laissait tranquille, après l&#039;avoir soigné tant bien que mal Fana étendit sur lui une couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bruits de l&#039;île s&#039;étaient tus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle n&#039;entendait plus ni les oiseaux ni les vagues. Il y avait juste l&#039;océan, le ciel, les étoiles, et la lune, et Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de lui, et contempla les vagues qui mordaient sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit d&#039;été exhala une bouffée de brise tiède. Le sable gardait la chaleur de l&#039;après-midi, et l&#039;air immobile restait chaud.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cet instant, elle était libre de faire ce qu&#039;elle désirait. C&#039;était un moment rien que pour elle, sans personne pour la surveiller, le genre de moment qui n&#039;arrivait jamais à Rio de Este.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retourna à l&#039;arrière du cockpit, se changea pour mettre son maillot de bain, et sauta dans l&#039;océan nocturne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;eau était chaude et agréable sur sa peau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nageant sur place, flottant parmi les vagues, elle contemplait paisiblement les étoiles dans la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lumière nette du clair de lune baignait la blancheur de son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;était raidie contre la mort si souvent durant la journée. Mais elle avait survécu. Et à présent elle était en train de nager dans l&#039;océan sous la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ecartant bras et jambes, elle leva le regard vers le ciel étoilé, et prit une décision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vais changer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors qu&#039;elle se murmurait ces paroles à elle-même, au plus profond de son âme, un poids se dissipa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impatiente, elle retourna sur la plage et, toujours en maillot de bain, s&#039;assit près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, elle détacha ses cheveux. Puis elle leva les ciseaux qu&#039;elle avait utilisés pour couper les bandages et approcha les lames de sa chevelure de fils d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mèches coupées dansèrent dans la brise nocturne et disparurent en direction de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair de lune couleur d&#039;or glissa sur ses cheveux, coulant vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa tâche achevée, elle se passa la main dans les cheveux. Alors qu&#039;un instant auparavant, sa chevelure lui tombait jusqu&#039;à la taille, elle la sentait à hauteur de nuque à travers ses doigts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans miroir, elle ne pouvait voir son apparence, mais cela suffisait pour le rituel de sa renaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« De quoi ai-je l&#039;air ? » Elle sourit à Charles avec espièglerie. Pas de réponse. Elle tendit le bras et lui pinça la joue. Il continua à dormir sans réagir, en toute innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retira sa main et murmura : « Je suis en vie, grâce à vous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une pensée honorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais alors qu&#039;elle prononçait ces paroles, elle fut inondée de tristesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son coeur lui fit mal comme si on lui le lui arrachait. Et en même temps que la douleur, elle fut envahie d&#039;une émotion qu&#039;elle n&#039;avait jamais ressentie jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un sentiment qu&#039;elle éprouvait pour la première fois de sa vie, un sentiment amer autant    que doux, à la fois douloureux et agréable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ne savait que faire. Elle s&#039;enroula donc dans une couverture et s&#039;étendit auprès du pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nuit tropicale, on n&#039;entendait que le souffle de la respiration de Charles qui dormait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana attendait le sommeil, écoutant cette respiration. Des émotions contradictoires jaillissaient de son coeur bouleversé, se heurtant les unes aux autres avec violence, l&#039;empêchant de dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles », appela-t-elle, incapable de se retenir plus longtemps. Roulant sur elle-même, elle fixa son visage dans le clair de lune. Dans son coeur la douleur s&#039;intensifia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles » appela-t-elle à nouveau. Pas de réponse. Elle aurait voulu l&#039;entourer de ses bras, enfouir son visage contre son dos, et dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand elle se rendit compte du cours que prenaient ses pensées, elle rougit, s&#039;écarta de Charles, se recroquevilla en plongeant la tête sous sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait son coeur battre à grands coups. Pleine de gêne et de confusion, elle s&#039;obligea à fermer les yeux, et attendit le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil du matin perça la brume sur l&#039;océan et illumina la plage où reposaient Charles et Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fut le premier à se réveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forte lumière lui sauta en plein visage et le fit grimacer. Il secoua légèrement la tête et tenta de se mettre sur son séant, mais tout son corps était perclus de douleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Uggh », gémit-il. Il tâta sa blessure à la tête, et prit conscience du bandage maladroit qui l&#039;enveloppait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A côté de lui Fana dormait paisiblement, roulée en boule sous sa couverture, lui tournant le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il posa sur elle un œil distrait, puis sur la plage, balaya du regard le fourré de palmiers, tout en remontant le fil de ses souvenirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient volé tout droit au coeur d&#039;une flotte ennemie, avaient été pourchassés par des missiles, puis par des Shinden… et il avait été blessé à la tête au cours de ce dernier affrontement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses souvenirs ensuite restaient brumeux. Il se rappelait avoir désespérément écouté Fana, et avoir laissé son instinct le guider. Une forte pluie tombait dans l&#039;habitacle, et tenir le manche était pénible. Il avait de nombreuses fois cru que c&#039;était la fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne savait pas comment ils s&#039;étaient débarrassés des Shinden. Il se rappelait vaguement avoir traversé la Grande Chute et trouvé Sierra Cadis. Mais en dehors de cela, rien, malgré tous ses efforts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec difficulté il réussit à se mettre debout sur le sable, et s&#039;étira avec précaution. Il avait fini par s&#039;apercevoir que son torse nu était tailladé d&#039;un grand nombre de blessures. Probablement à cause des éclats de verre. Mais toutes les plaies avaient été désinfectées. Sans aucun doute c&#039;était Fana qui l&#039;avait soigné. Plein de reconnaissance mais aussi de remords de lui avoir donné tant de dérangement, il baissa le regard vers la jeune fille, pelotonnée dans sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait incroyablement faim. Il avait perdu trop de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il but de l&#039;eau de sa gourde, prit du pain rassis dans le nécessaire de secours étalé sur le sable, et mordit dedans. Puis il enfila sa combinaison de vol et marcha sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vagues balayaient ses chevilles, tandis qu&#039;il regardait l&#039;horizon, l&#039;esprit ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis toujours vivant. »  Le dire à voix haute était une manière de le confirmer. Il sentait sur son visage l&#039;air épais, brumeux, et le vent tiède. Le soleil se levait au-dessus de l&#039;horizon, et le bleu commençait à gagner sur le rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit une voix derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Charles. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se retournant, il aperçut Fana debout à la limite des vagues, dans sa combinaison de vol. Elle lui souriait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il écarquilla les yeux : les cheveux de la jeune fille étaient coupés courts, jusqu&#039;à n&#039;atteindre que le menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, vos cheveux ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je les ai coupés parce qu&#039;ils me gênaient. De quoi ai-je l&#039;air ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ravala sa salive. Cette coupe lui allait beaucoup mieux que les cheveux attachés. Mais il ne savait pas comment exprimer cette opinion avec des mots, si bien qu&#039;il se contenta de hocher la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Comment allez-vous ? Vous n&#039;avez pas trop de mal à marcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ou.. Oui, hum, est-ce vous, Mademoiselle, qui avez fait mes pansements ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolée, ils ne sont pas terribles. C&#039;est la première fois...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, en fait, vous vous en êtes très bien sortie. Je suis impressionné. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana lui jeta un regard de doute, puis eut un sourire taquin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, vous souvenez-vous d&#039;hier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ? Euh… Vous ai-je manqué de respect  ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Hum, manqué de respect… Eh bien, si ce que vous avez dit était un mensonge, voilà qui serait sans aucun doute un manque de respect…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Hum, je, qu&#039;ai-je… ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous ne vous rappelez vraiment pas ? «Dans le ciel les classes sociales n&#039;existent pas. » Vous m&#039;avez dit cela quand nous étions pris en chasse. Si c&#039;est un mensonge, alors je devrai vous haïr. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit un effort désespéré pour se rappeler les événements de la veille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, il avait le vague souvenir d&#039;avoir parlé avec elle pendant que les Shinden les pourchassaient. Il s&#039;en souvenait, parce que la voix de Fana avait été comme un charme magique, qui l&#039;avait maintenu à son poste et lui avait donné assez de force pour manier le manche. Et ensuite…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se sentit rougir. Et, luttant pour trouver ses mots, il formula des excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Je suis désolé, Mademoiselle. A ce moment-là, je n&#039;avais pas les idées claires. Hum, aussi, j&#039;ai fini par vous parler comme à une amie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Cela ne me dérange pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais moi si. C&#039;est ma faute. Vous appeler par votre prénom alors que je ne suis pas en position pour le faire. Je suis vraiment, vraiment désolé. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parut mécontente de ses excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Alors c&#039;était un mensonge ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pas vraiment un mensonge, plutôt le rêve irréaliste d&#039;un mercenaire. Vous ne devez pas prendre cela au sérieux, Mademoiselle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est à moi de décider de le prendre au sérieux ou pas. J&#039;aime assez cette façon de penser », déclara Fana avec fermeté. Au contraire de la veille, c&#039;était une Fana qui pouvait et voulait exprimer son opinion. Cela, ajouté à ses cheveux courts, la faisait paraître complètement différente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis honoré de ce compliment. Mais n&#039;en parlons plus. Nous avons beaucoup à faire aujourd&#039;hui. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mettant ainsi fin à la conversation, Charles passa devant elle pour retourner sur la plage. Elle le regarda s&#039;éloigner d&#039;un air désapprobateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles hissa son corps meurtri dans l&#039;avion, Fana derrière lui, et ils décollèrent. En survolant l&#039;archipel avec plus d&#039;attention, il découvrit un terrain plat sur lequel atterrir. Il descendit et fit rouler doucement l&#039;appareil jusqu&#039;à la lisière d&#039;une épaisse pinède, avant de le recouvrir de  branches et de feuillages qu&#039;il ramassa avec Fana, pour éviter qu&#039;on le voie du ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite, ils se consacrèrent à la réparation de l&#039;appareil. Charles enleva avec dextérité la pile de la batterie à hydrogène et nettoya le réservoir, la ventouse, et le tuyau d&#039;échappement. Fana ramassa les éclats de verre qui couvraient le siège, mit en place le pare-brise de rechange qui se trouvait dans la soute, et essuya les instruments de bord que Charles avait démontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son humeur s&#039;était peu à peu éclairée au fur et à mesure qu&#039;ils travaillaient. Au début, elle s&#039;était moquée de la façon incroyablement polie et respectueuse dont Charles s&#039;adressait à elle, puis elle avait progressivement abandonné ce persiflage, et pendant qu&#039;avec maladresse elle prenait sa part du travail, avait parlé de choses et d&#039;autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi elle lui avait dit que la nuit précédente elle était allée chercher de l&#039;eau toute seule, qu&#039;elle avait pris un bain de minuit, qu&#039;elle s&#039;était coupée les cheveux en signe de renaissance ; elle parlait, désireuse que Charles lui réponde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lui, en retour, laissait aller la conversation, et, essuyant sa transpiration d&#039;un revers de manche, poursuivait sa tâche, qu&#039;il acheva lorsque le soleil eut dépassé son zénith.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- En fait je suis vraiment affamée, car je n&#039;ai rien mangé depuis la nuit dernière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Moi de même. Allons pêcher dans cette rivière, alors. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il tira de la soute deux cannes à pêche et les mit sur son épaule. Fana eut un sourire et courut dans l&#039;herbe qui couvrait la plaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dépêchez-vous, Charles », lui cria-t-elle en se retournant, avant de poursuivre sa course.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des papillons aux vives couleurs voletaient autour des fleurs dans la prairie. De larges montagnes verdoyantes les entouraient, donnant l&#039;impression qu&#039;ils se trouvaient dans un jardin éloigné du monde. Ils traversèrent un fourré de palmiers à la lisière de la prairie, et atteignirent un cours d&#039;eau qui dévalait de la montagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De gros rochers bosselés faisaient saillie hors de la rive et de l&#039;eau, qui était si peu profonde qu&#039;on pouvait la traverser à pied. Des cailloux ronds couvraient le fond, et on voyait des poissons bleus nager à contre courant. Le soleil d&#039;été découpait leurs ombres sur les galets. Des arbres à l&#039;épais feuillage vert parsemaient l&#039;autre rive, et des oiseaux rose pâle, au bec bizarrement conformé, faisaient entendre des cris étranges. La lumière cruelle du soleil régnait sur la plus grande partie du paysage, et les ombres complexes qu&#039;elle faisait naître étaient agréables au regard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quelle superbe rivière ! », dit Fana à Charles lorsqu&#039;il arriva un moment plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Un endroit vraiment magnifique... Camperons-nous ici ce soir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Merveilleux ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana saisit sa canne à pêche, s&#039;assit sur un large rocher qui s&#039;avançait au-dessus de l&#039;eau, et jeta l&#039;hameçon dans la rivière. Charles lui aussi lança sa ligne dans le cours d&#039;eau limpide, cala la canne sur la rive et s&#039;étendit sur le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel bleu emplit son champ de vision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair azur, les nuages d&#039;un blanc pur, ces couleurs impressionnèrent son regard. C&#039;était un paysage d&#039;été perpétuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le charme du repos, lié à la saison de l&#039;été, pénétra son cerveau, et malgré son respect de l&#039;ordre établi, il sentit jaillir en lui une soif de liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours étendu, il regarda Fana, assise sur le rocher en train de surveiller sa ligne. Elle avait sur le visage une expression de douceur tandis qu&#039;elle observait la rivière avec concentration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle paix, songea-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était fatigué de voler dans un ciel traversé de balles et de missiles. Il ne voulait plus voir de dirigeable coupé en deux, déversant sa cargaison de passagers dans l&#039;océan. Il était las des explosions, de la mitraille et du métal tombant en vrille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voulait juste voler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme ce serait merveilleux s&#039;il pouvait se contenter de parcourir les espaces aériens, sans se préoccuper d&#039;ennemis ou d&#039;alliés, avec Fana sur le siège arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il pouvait, avec Fana, traverser d&#039;innombrables tours de nuages, passer à travers leurs effilochures, chevaucher le vent, et voler n&#039;importe où, pour toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais prenant conscience de ses pensées, il fit taire son imagination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était plein de confusion à constater la présence de Fana dans sa rêverie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il rêvait de voler sans limites. Nul besoin de Fana dans ce rêve. Elle était la fiancée du prince impérial, après tout, et n&#039;avait rien à faire avec un orphelin devenu pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il devait se rappeler quelle était sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se le répéta à lui-même encore et encore. Une part de son coeur résistait à cette contrainte, mais il la scella avec force. Il craignait de devenir le jouet de ses propres pensées si elles restaient en surface.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce moment-là, Fana le regarda. Leurs yeux se rencontrèrent. Son coeur fit un bond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, ça tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Votre ligne. Levez-vous, vite ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à sa canne à pêche calée sur le rivage au-dessus de l&#039;eau. La ligne s&#039;enfonçait d&#039;un côté, puis de l&#039;autre, par saccades. Il se leva en hâte et tira : il avait ferré deux gros ombles chevaliers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ah, j&#039;ai pris quelque chose, moi aussi », cria Fana de la pierre où elle était assise. Sa ligne elle aussi pliait violemment. Un moment plus tard, dans un jaillissement d&#039;écume blanche, le poisson   que sa ligne avait attrapé fut tiré hors de l&#039;eau. Ses cris de joie se répercutèrent sur les rochers alentour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ramassa des branches et des feuilles dans la pinède, les enflamma avec une allumette au phosphore, et posa sur le feu des cailloux ronds. Quand ils furent brûlants, il y étendit les ombles saupoudrés de sel. Il ne fallut pas longtemps pour qu&#039;une odeur appétissante chatouille les narines de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Merci pour ce repas. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle attrapa le poisson par la tête et la queue, et mordit dedans. La peau grillée et savoureuse, de même que la chair grasse du poisson, descendirent droit dans son estomac. La fraîcheur du poisson, qui avait grandi dans une eau pure et non polluée, fit naître un sourire sur son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est merveilleux, Charles. Peut-être pourriez-vous donner votre démission en tant que pilote pour devenir cuisinier ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;y penserai.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Puis-je faire un aveu honteux ? Je veux encore manger…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quelle coïncidence, j&#039;ai eu la même pensée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils jetèrent à nouveau tous les deux leur ligne dans la rivière, et reprirent leur repas. Comme ces îles n&#039;étaient pas fréquentées, même un simple leurre suffisait à attraper du poisson à une cadence plaisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se régalèrent du poisson de la rivière tout leur content. A un moment donné, Charles avait même oublié ses blessures, et engloutissait ses proies comme un animal cherchant à récupérer d&#039;une perte de sang. Fana, pour sa part, le regardait d&#039;un air heureux, contente de ce repas au soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais une intrusion brutale interrompit ce moment d&#039;insouciance.&lt;br /&gt;
Poussé par l&#039;instinct, Charles leva les yeux vers le ciel. Un bruit d&#039;hélice plein de menace descendait de l&#039;azur. Il regarda Fana et lui dit avec fermeté :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est mauvais signe. Mademoiselle, allons nous cacher sous les arbres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux détalèrent comme des lapins de garenne, pour se précipiter sous le couvert de la pinède à côté de la rivière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles regarda dans la direction du bruit. A 500 mètres d&#039;altitude environ, un avion de patrouille Amatsukami ratissait l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;appareil volait tranquillement, comme s&#039;il savourait le paysage, puis se dirigea vers l&#039;île voisine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana fronça les sourcils et demanda : « Qu&#039;est-ce que c&#039;était ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un avion de reconnaissance Amatsukami. La flotte à laquelle nous avons échappé hier est probablement stationnée dans le coin. Ils savent sans doute que nous sommes à Sierra Cadis, à cause des limitations de vol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr, nous ne pouvons pas rester ici toujours…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même s&#039;ils savent que nous sommes dans l&#039;archipel, ils ignorent sur quelle île nous nous trouvons. Ils en sont probablement encore à envoyer des avions de reconnaissance pour explorer la dizaine d&#039;îles. Ils finiront par atterrir, s&#039;ils ont une idée de l&#039;endroit où nous sommes, mais nous devrions être en sécurité un ou deux jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana scruta le ciel avec inquiétude. Charles réfléchit un moment, avant de reprendre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il est des plus probables que l&#039;ennemi ait encerclé l&#039;archipel. En plus des avions qui nous cherchent, il doit y en avoir d&#039;autres qui attendent que nous décollions. La situation est devenue préoccupante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Donc c&#039;est dangereux de rester, mais aussi dangereux de partir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Il nous faut en particulier un ciel nuageux pour décoller. Si nous le faisons par temps clair, un des avions de reconnaissance nous verra tout de suite et contactera la flotte, et les Shinden nous prendront à nouveau en chasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est ennuyeux », marmonna-t-il. Il remarqua que le visage de Fana s&#039;assombrissait. C&#039;était probablement lourd pour elle, qui venait de découvrir la veille l&#039;aspect terrifiant d&#039;un combat aérien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« L&#039;avion est très bien caché, donc à moins de gaffer dans les grandes largeurs, nous devrions être en sécurité sur cette île pour une journée ou deux. Il faudra simplement courir sous les arbres chaque fois que nous entendrons un bruit d&#039;hélices. Pas besoin de paniquer. »  Il se força à sourire, pour la réconforter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil commençait à baisser lorsque Fana, qui était étendue le long de la rive, se rappela soudain quelque chose et fit une suggestion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles, pourrons-nous grimper sur la montagne ?&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quand nous avons survolé l&#039;île, j&#039;ai vu une tache jaune sur l&#039;autre versant. J&#039;aurais voulu savoir ce que c&#039;était. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle indiquait une montagne au sommet arrondi, qui était couverte de gazon et ne paraissait pas difficile à escalader.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ahh, c&#039;est une colonie de fleurs sauvages. Ce n&#039;est pas si exceptionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais pour moi, ça l&#039;est. Alors, on y va ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Charles n&#039;avait aucune raison de refuser, ils passèrent la rivière en sautant d&#039;une pierre à l&#039;autre, traversèrent une épaisse forêt, et parvinrent au pied de la montagne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hors d&#039;haleine, Fana entreprit l&#039;ascension. Tout en avançant, elle lançait souvent des regards en arrière, à la fois pour admirer le paysage où coulait la rivière dans laquelle ils avaient pêché quelques heures auparavant, et en direction de Charles, qui la suivait fidèlement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil brillait sur le côté, faisant scintiller les gouttes de sueur sur la peau immaculée de la jeune fille. En haut de la pente, Fana se mit à courir, pour regarder le paysage du sommet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Magnifique. » Le vent qui venait de la plage et soufflait sur la montagne emporta ce murmure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pied de la montagne était entièrement recouvert de fleurs sauvages aux jaunes pétales et d&#039;herbe vert tendre, jusqu&#039;à la limite de la falaise, au delà de laquelle s&#039;étendait l&#039;océan bleu outremer, survolé à l&#039;horizon par de blancs cumulonimbus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lourd parfum de l&#039;herbe parvenait jusqu&#039;à ses narines. Des papillons blancs voletaient parmi les dizaines de milliers de pétales. Chaque fois que soufflait la brise océanique, le champ de fleurs se penchait d&#039;un même côté, et les rayons rasants du soleil se réfléchissaient sur les pétales et sur les feuilles, qui éparpillaient la lumière chatoyante aussi loin que l&#039;oeil pouvait voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Face à cette profusion de couleurs, Fana resta immobile, le souffle coupé, avant de s&#039;avancer d&#039;un pas dans le jardin fleuri. Au moment où Charles atteignit le sommet, elle avait déjà pénétré droit dans la jaune prairie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette fois, ce fut au tour de Charles d&#039;avoir le souffle coupé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pur azur, la mer paisible, le chapelet de nuages, le jardin de fleurs – tous ces éléments du paysage ne servaient qu&#039;à rendre Fana del Moral encore plus belle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa courte chevelure d&#039;argent soulevée par la brise, ses yeux argentés, sa peau d&#039;un blanc immaculé, sa combinaison de vol toute blanche… Sa pâle silhouette au milieu d&#039;un océan de couleurs faisait paraître Fana comme un être n&#039;appartenant pas à ce monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne pouvait entrer dans ce tableau. S&#039;il le tentait, la perfection de cette scène volerait en éclats, fracassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana cependant n&#039;avait aucune idée des pensées qui traversaient l&#039;esprit de Charles. Alors qu&#039;il se tenait là, muet de stupeur, elle prit conscience de sa présence et se retourna avec un sourire plein d&#039;innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Regardez, n&#039;est-ce pas magnifique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Au delà de ce que je pouvais imaginer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;impression que mon âme est purifiée. Venez, marchons. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retenant d&#039;une main ses mèches dérangées par le vent, elle faisait signe à Charles d&#039;avancer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se promenèrent ensemble dans le jardin de fleurs sauvages. Tout en échangeant des paroles distraites, ils traversèrent la prairie, et arrivèrent à la falaise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Debout dans l&#039;herbe au bord du gouffre, Fana regarda fixement le bleu de l&#039;horizon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil couchant irradiait sa lueur de cuivre devant elle. S&#039;ils volaient vers l&#039;ouest, en direction du soleil, ils arriveraient à Esméralda, la capitale impériale, où l&#039;attendait le prince Carlo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de Fana s &#039;assombrit. Elle se tourna vers Charles, qui se tenait derrière elle comme un serviteur obéissant. Il la regarda avec inquiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quelque chose ne va pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;est rien. » Fana se hâta d&#039;afficher une expression stoïque, et porta à nouveau ses regards sur l&#039;horizon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière elle, Charles l&#039;observait en silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana voulait dire quelque chose, il le devinait. Mais il ne posa pas de question. Il sentait qu&#039;il n&#039;était pas en position pour le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu, le soleil baissa, et le ciel à l&#039;occident se teinta de rouge. Fana, qui était restée sans rien dire, se retourna vers Charles :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Vous vous ennuyez ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je voudrais rester ici encore un peu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme vous le désirez, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana eut un faible sourire, puis s&#039;assit sur l&#039;herbe, les jambes allongées devant elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mouette traversa le ciel à l&#039;ouest, ses blanches ailes étendues. Le dessous du nuage qui les survolait était devenu rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se tenait debout sans mot dire derrière Fana. Les yeux toujours fixés sur le soleil couchant, Fana pointa du doigt le sol à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« N&#039;aimeriez-vous pas vous asseoir ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un moment d&#039;hésitation, Charles fit ce qu&#039;elle lui demandait, et s&#039;assit à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
« Merci d&#039;obéir à mon égoïsme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;habitude, à présent. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette petite taquinerie la fit sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux étaient assis à moins d&#039;un pas l&#039;un de l&#039;autre, contemplant les nuages baignés d&#039;écarlate et les lambeaux de ciel bleu qui luttaient pour ne pas disparaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rumeur des vagues montait du bas de la falaise. Le parfum de la nuit d&#039;été se mêlait au souffle du vent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« On est si bien », murmura Fana. Elle se coucha sur l&#039;herbe. « Vraiment, on est si bien », répéta-t-elle, les yeux toujours levés vers le ciel. Les nuages prenaient tous la couleur du soir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai l&#039;impression que nous nous sommes déjà rencontrés, il y a longtemps. Est-ce un effet de mon imagination ? »  Toujours allongée, elle contemplait le ciel. Une grosse étoile luisait faiblement à l&#039;est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles hésita, incertain de la manière de répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pensa néanmoins qu&#039;il n&#039;y avait rien à cacher, et opta pour la franchise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En fait, nous nous sommes rencontrés il y a très, très longtemps. Vous ne vous en rappelez sans doute pas,mais quand j&#039;étais enfant, j&#039;étais aide-jardinier au manoir del Moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère était servante au château, si bien que je dormais dans une petite remise dans le jardin. Je n&#039;ai jamais été en position de voir Mademoiselle, mais une fois, nous nous sommes rencontrés, alors que je maltraitais un cochon. Vous m&#039;avez grondé, en disant qu&#039;il ne fallait pas maltraiter les êtres plus faibles que soi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un petit rire à ce souvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se mit sur son séant, et scruta le visage du jeune homme. Elle fit un effort désespéré pour parcourir dans sa mémoire les images de son enfance, mais elle ne put se rappeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis désolée, je ne m&#039;en souviens pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ce n&#039;est pas surprenant, ce fut une très courte rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais tout de même. Penser que vous avez travaillé chez moi…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. J&#039;y ai travaillé environ deux ans. Quand j avais neuf ans, ma mère a été chassée du manoir parce qu&#039;elle avait désobéi au Duc Diego. Mademoiselle avait six ans à l&#039;époque, si bien qu&#039;il est peu probable que vous vous en souveniez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Attendez, Charles, votre mère était-elle amatsuvienne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous vous en souvenez ? Oui, elle était maigre, avec le visage grêlé, mais elle était pleine de gentillesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu, oh mon Dieu... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tremblement dans la voix de Fana témoignait du choc qu&#039;elle avait reçu. Charles poursuivit, avec un sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Même après que nous avons été chassés du manoir, ma mère est restée fière de ce qu&#039;elle avait fait. Elle était heureuse que Mademoiselle écoute avec passion les histoires d&#039;Amatsukami. Mais elle regrettait de n&#039;avoir pu vous dire adieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Charles, mais c&#039;est… c&#039;est... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les larmes ruisselaient sur les joues de Fana. Une, deux, d&#039;innombrables larmes coulaient vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles savait que sa mère était allée à l&#039;encontre des ordres du duc en racontant des histoires à Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les larmes de cette dernière lui apprirent que la jeune fille et sa mère étaient beaucoup plus proches qu&#039;il ne l&#039;avait cru.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle s&#039;occupait très bien de moi. Dans ce manoir glacial, elle était la seule à me traiter avec chaleur. Et elle a été chassée à cause de moi. Je… Je ne sais comment m&#039;excuser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère a agi de son propre chef. Mademoiselle ne doit pas se tourmenter pour ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Est-ce qu&#039;elle va bien ? » La voix de Fana était étranglée par les larmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle est morte de maladie il y a cinq ans. Elle est partie paisiblement, sans souffrir. » C&#039;était un mensonge. En fait elle avait été tuée d&#039;un coup de couteau par un homme qui cherchait à la violer, peu de temps après avoir été chassée du manoir, mais il n&#039;était pas besoin de dire la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est horrible, c&#039;est trop tôt. Je prierai désormais pour elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma mère en sera reconnaissante. En fait je ne savais pas du tout que vous étiez si proches l&#039;une de l&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne garde pas de souvenirs plaisants de mon enfance. Je me rappelle seulement qu&#039;on m&#039;éduquait pour que je devienne une poupée pour Père. Mais je me rappelle que votre mère me racontait des histoires quand j&#039;étais au lit. Le moment où j&#039;allais m&#039;endormir était le seul moment heureux que je connaissais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ? Mère sourit probablement là-haut, heureuse d&#039;entendre ces paroles. Peut-être aussi m&#039;a-t-elle guidé pour être ici avec vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je.. je suis bouleversée, je ne sais que dire. Je ne pensais pas que quelque chose d&#039;aussi incroyable puisse arriver… que vous soyez son fils. J&#039;aurais dû être plus attentive à mes cours de poésie. Peut-être aurais-je été davantage en mesure d&#039;exprimer ce que je ressens.&lt;br /&gt;
- Je comprends. Ma mère aussi. S&#039;il vous plaît, essuyez vos larmes. Vous devriez les garder pour le moment où nous arriverons sains et saufs dans la capitale impériale. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana tenta de faire ce qu&#039;il disait, tenta de réprimer ses larmes. Mais elle ne pouvait s&#039;arrêter de pleurer. Elle s&#039;allongea sur le dos et se couvrit les yeux des deux mains, s&#039;efforçant de résister aux émotions qui jaillissaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de Charles se détendit, et il porta son regard sur le ciel rougeoyant. Il resta assis en silence à côté de Fana jusqu&#039;à ce qu&#039;elle cesse de pleurer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fille aînée de la Maison del Moral, qui régnait principalement sur San Martilia et toutes ses possessions, aurait dû sans doute considérer une simple servante comme un outil jetable. La gentillesse dont elle faisait preuve en pleurant pour sa mère pénétra son esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voulait voir l&#039;empire dirigé par une telle impératrice. Dans ce but, il lui faudrait le lendemain venir à bout de toutes les difficultés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même s&#039;il devait y laisser sa vie, il conduirait Fana auprès du prince Carlo, Charles se le jura de nouveau à lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il se renouvelait ce serment, une douleur soudaine lui déchira le coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fut surpris de ce sentiment inattendu, et un peu abasourdi. Bien sûr, il comprit sur-le-champ qu&#039;il était jaloux du prince impérial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le fait d&#039;être jaloux heurta sa fierté. Qu&#039;un simple réfugié soit jaloux d&#039;un homme à qui serait confié le gouvernement de l&#039;empire de Levham sur 210.000.000 âmes, c&#039;était incroyablement stupide. C&#039;était ignorer son rang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis un cas désespéré » se marmonna-t-il à lui-même. Il était irrité. Il avait l&#039;impression d&#039;être un enfant qui commençait sa puberté, avec son humeur qui passait par des hauts et des bas en fonction de chacun des actes de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana est la fiancée du prince Carlo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se répéta ce fait à lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles Karino était chargé de la mission de réunir le prince impérial, à qui était confié l&#039;avenir de l&#039;empire de Levham, avec sa fiancée. Rien de plus, rien de moins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le comprenait… mais son coeur avait toujours mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis tellement stupide.Il se railla en silence. Cette nuit-là, couché sur les galets et enveloppé dans une couverture, il continua à se faire des reproches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sommeil ne venait pas vite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de vol qu&#039;il dressait dans sa tête laissa place à la silhouette de Fana, et le prince Carlo folâtra avec elle, lui donnant peu à peu ses propres couleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La souffrance dans son coeur ne cessait pas. Pour finir, il se leva, but une lampée de cognac, comptant sur l&#039;alcool pour s&#039;endormir. Ce n&#039;était pas vraiment le bon moyen d&#039;y parvenir, mais il lui semblait sinon qu&#039;il lutterait jusqu&#039;au matin pour trouver le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette petite gorgée d&#039;alcool ne fit qu&#039;exciter son imagination. Son esprit ne lui laissait aucun repos. Paupières serrées, il se versa une nouvelle rasade dans le gosier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ivre-mort » aurait convenu pour décrire Charles quand il s&#039;endormit. Il avait vidé la moitié de la bouteille.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=504783</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=504783"/>
		<updated>2016-10-20T15:33:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Traducteurs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Feedback ===&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 6|Chapitre 6]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 7|Chapitre 7]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 8|Chapitre 8]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]]&lt;br /&gt;
:*Johc (Chapitres 5, 6, 7 en cours)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_7&amp;diff=504782</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 7</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_7&amp;diff=504782"/>
		<updated>2016-10-20T15:30:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: Created page with &amp;quot;Portant sur son dos un Charles à la combinaison en lambeaux et tachée de sang, Fana avançait pas à pas sur le sable blanc de la plage.  Le ciel au-dessus d&amp;#039;elle était d&amp;#039;u...&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Portant sur son dos un Charles à la combinaison en lambeaux et tachée de sang, Fana avançait pas à pas sur le sable blanc de la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel au-dessus d&#039;elle était d&#039;un rouge léger, transparent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil était une boule de magma en fusion suspendue bas sur l&#039;horizon, et sa lumière teignait d&#039;écarlate les nuages qui flottaient au-dessus de l&#039;île.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques palmiers se dressaient à la limite de la plage. Fana porta Charles jusqu&#039;à cet endroit, et le laissa tomber sur le sable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le souffle coupé, elle le retourna pour le mettre sur le dos, puis s&#039;effondra à côté de lui. Ces trois derniers jours, elle s&#039;était trouvée soit dans les airs, soit sur la mer, si bien qu&#039;elle rendait grâce au ciel de se sentir sur la terre ferme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vent salé balayait le rivage. Sa respiration entrecoupée se calmait peu à peu, et seul le bruit des vagues atteignait ses oreilles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se mit sur son séant, contempla tristement la silhouette ensanglantée de Charles, et lui passa la main dans les cheveux pour en retirer un peu de sang séché. Le tissu de nylon qu&#039;elle lui avait noué autour de la tête à la hâte était déjà rouge de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se leva pour aller fouiller dans la soute du Santa Cruz, et posa sur le sol ce qu&#039;elle y avait trouvé. Un équipement d&#039;urgence était rangé dans un coffre de bois, étroitement attaché pour survivre aux rudes conditions de vol. Elle ressentit du soulagement quand elle y découvrit une trousse de premiers secours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, elle n&#039;avait jusque là jamais soigné personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de Charles et enleva la toile de parachute qui lui bandait la tête n&#039;importe comment. L&#039;envers du nylon était trempé de sang. Après un bref moment de choc, elle appliqua sur la blessure une compresse désinfectante, et fit un nouveau bandage. Après avoir renouvelé l&#039;opération plusieurs fois, elle ne pouvait dire que c&#039;était bien, mais elle pensa que c&#039;était au moins satisfaisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles dormait toujours. Elle toucha son visage ; il n&#039;était ni brûlant, ni froid. Une nuit de repos devrait le remettre sur pied, pensa-t-elle pour s&#039;encourager, et elle s&#039;enfonça dans le bois de palmiers, un seau de métal à la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lui fallait de l&#039;eau pour nettoyer Charles de son sang.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Elle se fraya un chemin à travers l&#039;épaisse végétation, passant devant d&#039;énormes fougères recourbées et des plantes d&#039;une couleur suspecte, et découvrit un marais où croupissait une eau noire. Pleine de méfiance à cet aspect peu engageant, elle poursuivit courageusement son chemin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit tombait. Elle entendait à présent des bruits qu&#039;elle n&#039;avait jamais entendus auparavant. Elle jeta un regard autour d&#039;elle, se sentant observée, quand elle aperçut un gros singe assis sur un tronc penché, qui la regardait avec des yeux que le clair de lune faisait scintiller d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle réprima un hurlement, tourna le dos à l&#039;animal et continua de marcher. Elle aurait voulu faire demi-tour, mais quelque chose lui disait qu&#039;elle trouverait de l&#039;eau juste un peu plus loin. Aiguillonnée par son intuition, elle parvint à la lisière du fourré, et une nouvelle plage s&#039;offrit à sa vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle regarda au-delà ; très très loin, le soleil semblait se pelotonner derrière la chaîne des montagnes comme sous une couverture verdoyante. Sa lumière affaiblie brillait par les brèches des vallées entre les sommets, envoyant des rayons vers les nuages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre deux mamelons coulait un torrent solitaire, qui traversait la plage devant Fana pour se jeter dans l&#039;océan. Le ciel se réfléchissait dans son eau limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle tomba à genoux, serra ses mains sur sa poitrine, et exprima sa gratitude : « Ahh, merci, mon Dieu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec de pénibles efforts, à bout de souffle, Fana réussit à revenir à travers le fourré de palmiers en portant le seau rempli d&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil s&#039;était couché quand elle rejoignit Charles. La plage miroitait sous le clair de lune. L&#039;air était tiède autour d&#039;eux ; si la nuit était fraîche sur l&#039;océan, sur cette île il n&#039;y avait pas à se soucier autant du froid.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec une allumette elle alluma une chandelle et la cala dans le sable. Puis elle plongea un chiffon dans l&#039;eau, et essuya le visage ensanglanté de Charles. En rougissant, elle lui enleva sa combinaison de vol, nettoya avec de l&#039;eau-de-vie les blessures que lui avaient faites les éclats de verre, et y appliqua des compresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles gardait une expression paisible. Sa respiration était calme. Pensant qu&#039;il irait bien si on le laissait tranquille, après l&#039;avoir soigné tant bien que mal Fana étendit sur lui une couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bruits de l&#039;île s&#039;étaient tus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle n&#039;entendait plus ni les oiseaux ni les vagues. Il y avait juste l&#039;océan, le ciel, les étoiles, et la lune, et Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit à côté de lui, et contempla les vagues qui mordaient sur la plage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une bouffée de vent d&#039;été passa. Le sable gardait la chaleur de l&#039;après-midi, et l&#039;air immobile restait chaud.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cet instant, elle était libre de faire ce qu&#039;elle désirait. C&#039;était un moment rien que pour elle, sans personne pour la surveiller, le genre de moment qui n&#039;arrivait jamais à Rio de Este.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retourna à l&#039;arrière du cockpit, se changea pour mettre son maillot de bain, et sauta dans l&#039;océan nocturne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;eau était chaude et agréable sur sa peau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nageant sur place, flottant parmi les vagues, elle contemplait paisiblement les étoiles dans la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lumière nette du clair de lune baignait la blancheur de son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;était raidie contre la mort si souvent durant la journée. Mais elle avait survécu. Et à présent elle était en train de nager dans l&#039;océan sous la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ecartant bras et jambes, elle leva le regard vers le ciel étoilé, et prit une décision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je vais changer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors qu&#039;elle se murmurait ces paroles à elle-même, au plus profond de son âme, un poids se dissipa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Impatiente, elle retourna sur la plage et, toujours en maillot de bain, s&#039;assit près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, elle détacha ses cheveux. Puis elle leva les ciseaux qu&#039;elle avait utilisés pour couper les bandages et approcha les lames de sa chevelure de fils d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mèches coupées dansèrent dans la brise nocturne et disparurent en direction de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le clair de lune couleur d&#039;or glissa sur ses cheveux, coulant vers son menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa tâche achevée, elle se passa la main dans les cheveux. Alors qu&#039;un instant auparavant, sa chevelure lui tombait jusqu&#039;à la taille, elle la sentait à hauteur de nuque à travers ses doigts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans miroir, elle ne pouvait voir son apparence, mais cela suffisait pour le rituel de sa renaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« De quoi ai-je l&#039;air ? » Elle sourit à Charles avec espièglerie. Pas de réponse. Elle tendit le bras et lui pinça la joue. Il continua à dormir sans réagir, en toute innocence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle retira sa main et murmura : « Je suis en vie, grâce à vous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une pensée honorable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais alors qu&#039;elle prononçait ces paroles, elle fut inondée de tristesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son coeur lui fit mal comme si on lui le lui arrachait. Et en même temps que la douleur, elle fut envahie d&#039;une émotion qu&#039;elle n&#039;avait jamais ressentie jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un sentiment qu&#039;elle éprouvait pour la première fois de sa vie, un sentiment amer autant    que doux, à la fois douloureux et agréable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ne savait que faire. Elle s&#039;enroula donc dans une couverture et s&#039;étendit auprès du pilote.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nuit tropicale, on n&#039;entendait que le souffle de la respiration de Charles qui dormait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana attendait le sommeil, écoutant cette respiration. Des émotions contradictoires jaillissaient de son coeur bouleversé, se heurtant les unes aux autres avec violence, l&#039;empêchant de dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles », appela-t-elle, incapable de se retenir plus longtemps. Roulant sur elle-même, elle fixa son visage dans le clair de lune. Dans son coeur la douleur s&#039;intensifia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles » appela-t-elle à nouveau. Pas de réponse. Elle aurait voulu l&#039;entourer de ses bras,  enfouir son visage contre son dos, et dormir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand elle se rendit compte du cours que prenaient ses pensées, elle rougit, s&#039;écarta de Charles, se recroquevilla en plongeant la tête sous sa couverture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle entendait son coeur battre à grands coups. Pleine de gêne et de confusion, elle s&#039;obligea à fermer les yeux, et attendit le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil du matin perça la brume sur l&#039;océan et illumina la plage où reposaient Charles et Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fut le premier à se réveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(A suivre)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=501945</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=501945"/>
		<updated>2016-09-15T20:16:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Traducteurs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Feedback ===&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 6|Chapitre 6]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 7|Chapitre 7]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 8|Chapitre 8]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]]&lt;br /&gt;
:*Johc (Chapitres 5, 6)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_6&amp;diff=501944</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 6</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_6&amp;diff=501944"/>
		<updated>2016-09-15T20:13:03Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
De l&#039;autre côté du pare-brise, au-delà du nez de l&#039;appareil, les blancs cumulonimbus se détachaient en un net contraste sur le ciel bleu. On aurait dit une carte postale, mais Charles, agrippé au manche, avait l&#039;air mécontent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à l&#039;altimètre. Ils étaient actuellement à 4.500 mètres. La hauteur du cumulonimbus qui leur faisait obstacle était au moins de 10.000 mètres. Heureusement, il n&#039;y en avait qu&#039;un, si bien qu&#039;il décida de le contourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour la première fois depuis qu&#039;ils avaient décollé ce matin-là, Charles décrocha le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;avait pas du tout parlé à Fana depuis ce réveil des plus choquants. Il ressentait le besoin de le faire, même s&#039;il devait se forcer. Il ferma les yeux, tentant de se calmer, puis il ouvrit la bouche, s&#039;ordonnant à lui-même de parler normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle…. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ses mots trébuchaient malgré lui. Il se mordit la lèvre. Il faisait un effort pour parler de façon naturelle, quand la voix de Fana lui parvint à travers le métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que… Que se passe-t-il ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait elle aussi. Il n&#039;était pas surprenant qu&#039;elle ressente la même chose. Charles tenta de faire comme si rien ne s&#039;était passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh… Un cumulonimbus nous barre la route. Je vais donc changer légèrement de cap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. On dirait un nuage d&#039;orage, je ne veux pas plonger à l&#039;intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh. Effrayant. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parlait de façon embarrassée, en choisissant ses mots, mais il savait qu&#039;elle faisait de son mieux pour que sa voix paraisse normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Une fois que nous aurons dépassé ce nuage, je m&#039;attends à voir des avions ennemis. Comme la dernière fois, je vous confie nos arrières, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut la fin de cette conversation pleine de gêne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha le tube acoustique et soupira. Le fardeau qui pesait sur ses épaules depuis le matin s&#039;était un peu allégé grâce à cet échange – peut-être. Il n&#039;était pas vraiment  nécessaire qu&#039;il dise à Fana ce qu&#039;il venait de lui dire, mais il voulait un retour à la normale pour le reste du voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque fois qu&#039;il laissait tomber sa garde, la vision du matin lui revenait à l&#039;esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce matin-là, le ciel à l&#039;est se colorait d&#039;hyacinthe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était dans le demi-sommeil qui précède le réveil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une brume épaisse s&#039;était levée de l&#039;océan avant l&#039;aube, c&#039;était l&#039;heure la plus froide de la journée. Il frissonnait, et tira sa couverture jusqu&#039;au menton. Sentant sur son épaule une douce chaleur, il s&#039;inclina dans cette direction d&#039;un mouvement automatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça sentait bon, un parfum très pur. Il reprenait peu à peu conscience, mais il ne voulait pas sortir de la couverture. Il enfouit son visage dans cette chaleur. Ses neurones portèrent ce parfum jusqu&#039;à son cerveau, qui réagit de façon très naturelle, en envoyant à son sexe l&#039;ordre de se dresser.  Charles ouvrit lentement ses yeux ensommeillés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il s&#039;aperçut que la douce chaleur émanait des seins de Fana, qui dormait contre son bras gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;en croyant pas ses yeux, il s&#039;écarta brutalement et regarda une seconde fois le spectacle qui s&#039;offrait à lui. Dans son maillot de bain blanc, Fana dormait encore, paisiblement. Sa couverture avait glissé à côté d&#039;elle, et tous les deux avaient fini par partager la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne portait qu&#039;un sous-vêtement de coton !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait dormi peau contre peau avec la fiancée du prince impérial, et avait partagé la même couverture…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que... » bredouilla-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et en réponse Fana ouvrit les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux, à demi nus, se regardèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Fana s&#039;élargirent, et elle baissa le regard vers son sexe qui, continuant d&#039;obéir à l&#039;ordre du cerveau qu&#039;il avait reçu plus tôt,  s&#039;offrit avec une évidence criante à  sa vue pure et virginale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles l&#039;entendit très clairement s&#039;étrangler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les yeux couleur d&#039;argent revinrent à son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il vit devant lui s&#039;ouvrir toute grande la bouche de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être devrais-je mettre des bouchons d&#039;oreille, pensa-t-il distraitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles affronta stoïquement ce hurlement déchargé à bout portant, sans que pour autant son sexe se relâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;elle se fut calmée, il lui expliqua ce qui s&#039;était passé, que c&#039;était une réaction naturelle chez les hommes, et qu&#039;il ne pouvait vraiment pas l&#039;empêcher.  Il insista avec fermeté sur le fait que cela n&#039;avait rien à voir avec sa volonté. Fana à son tour lui présenta ses excuses pour son insouciance de la nuit précédente, et dans le silence gêné qui suivit, ils enfilèrent tous les deux leur combinaison de vol. Sans autre parole ils décollèrent pour la troisième étape de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils  dépassèrent le cumulonimbus et se retrouvèrent devant un stratocumulus, qui couvrait de son extrême largeur la plus grande partie de la perspective et empêchait de voir l&#039;océan. En outre, le ciel au-dessus était dégagé, si bien qu&#039;ils seraient très probablement aperçus par l&#039;ennemi s&#039;ils volaient plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après réflexion, Charles décida de descendre sous l&#039;épais nuage. Le pare-brise se couvrit de blanc, et peu de temps après  la surface sombre de l&#039;océan apparut devant eux..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 1.000 mètres d&#039;altitude, il corrigea le cap pour prendre la direction du nord-ouest. Après quelques heures, ils devraient voir la Grande Chute et feraient le point à ce moment-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nuage il pleuvait. L&#039;eau ruisselait sur le pare-brise, mais du fait de la rapidité de l&#039;appareil, les gouttelettes coulaient vers l&#039;arrière. La visibilité était mauvaise. Charles scrutait sans relâche le ciel devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils entraient dans des parages dangereux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au nord se trouvait Awashima, au sud Iyojima, ces deux îles étant de gigantesques bases aériennes d&#039;Amatsukami. Leurs avions pouvaient décoller en un rien de temps pour maintenir le blocus, et si le Santa Cruz était découvert, il serait pourchassé par d&#039;innombrables Shinden en provenance de ces deux bases. Et pour couronner le tout, les flottes envoyées en patrouille à la recherche de Fana seraient aussi alertées, les mettant en danger d&#039;être pris comme dans une toile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première priorité était donc de ne pas se faire apercevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils devaient oublier les événements du matin et se concentrer sur la tâche qui les attendait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait des trouées dans le stratocumulus qui les surplombait, à travers lesquelles on pouvait apercevoir de temps en temps  le ciel bleu au dessus, tout à fait normal jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus ils avançaient, plus le brouillard s&#039;épaississait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La visibilité à l&#039;avant comme à l&#039;arrière devint encore plus mauvaise. Charles ne voulait pas descendre plus bas, parce qu&#039;il ne pouvait pas voir la surface de l&#039;océan, et restait donc juste en dessous du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les pilotes, le talent, l&#039;expérience et l&#039;instinct sont tous les trois nécessaires à la survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rares sont les pilotes qui ont de façon innée un sens primitif et inexplicable, la faculté de sentir les adversaires cachés et indétectables. De sentir la tension des aviateurs ennemis quand ils s&#039;efforcent de rester dissimulés, et l&#039;intention meurtrière qui émane d&#039;eux. Etre capable de les repérer, d&#039;agir le premier et de frapper plus vite était autrefois la marque des as de l&#039;aviation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles percevait une intention meurtrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa peau fourmillait sous l&#039;effet de cette sensation anormale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa main se crispa sur le manche, couverte de sueur. Il parcourut les environs du regard, mais ne vit rien. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, pourriez-vous  jeter un nouveau coup d&#039;oeil ? Quelque chose s&#039;approche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu… Humm.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne sais pas si cela vaut la peine de le signaler…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Signalez tout et n&#039;importe quoi. C&#039;est moi qui verrai…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Humm, la trouée dans les nuages était noire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai vu que le ciel était bleu à travers le nuage, mais la trouée que nous venons de dépasser était noire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles cessa de transpirer. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, c&#039;est l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un dirigeable ennemi vole au dessus du nuage ; c&#039;est la raison pour laquelle la trouée était noire !! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha brutalement le tube acoustique et regarda  le nuage derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le vit se fendre de haut en bas, comme si un harpon avait été jeté depuis les hauteurs célestes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers cette brèche, un torrent de soleil coula sur l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n&#039;était pas seulement derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout autour du Santa Cruz, en un cercle d&#039;un rayon d&#039;environ 4 km, le nuage se déchirait de place en place, la lumière dorée se déversant dans les flots à travers les ouvertures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On aurait dit un sublime tableau de maître, mais ce n&#039;était pas une légion d&#039;anges qui descendait sur les rayons du soleil. C&#039;étaient des êtres plus malveillants, plus humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bordel… ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles avait finalement compris ce qui se passait. Sans utiliser le tube acoustique, il cria à Fana : « Un vaisseau ennemi descend sur nous ! Il coupe à travers le nuage. Mademoiselle, baissez la tête ! Qu&#039;ils ne voient pas votre visage ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient été découverts depuis un bon moment. Ils avaient sans doute été repérés par le radar du navire ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur espace aérien se trouvait en plein milieu de la formation ennemie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;évidence, le message codé avait été déchiffré. L&#039;ennemi stationnait pour attendre le Santa Cruz. Tout autour de l&#039;appareil, des dirigeables qui arboraient l&#039;emblème des Amatsukami descendaient en éventrant le nuage. Les aéronefs, semblables à de gigantesques doryphores, réverbéraient la lumière du soleil, et leurs ventres gris clair renvoyaient des lueurs de cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aspect menaçant de leur coque d&#039;acier, le bruit sourd produit par le lourd métal fendant les airs donnaient l&#039;impression qu&#039;ils étaient d&#039;essence divine. C&#039;étaient les tout derniers croiseurs Amatsukami, les San&#039;un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, il y en avait huit qui qui encerclaient le Santa Cruz, volant à peu près à la même vitesse que lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux. Chaque croiseur ouvrit sous son ventre trois sabords pleins de malveillance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses cheveux châtain se dressèrent sur sa tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Des kuurai ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les huit vaisseaux  en tirèrent simultanément vingt-quatre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les missiles à percussion, profilés en ogives, fendirent la pluie en direction du Santa Cruz. Ils étaient propulsés chacun par une hélice fonctionnant avec une batterie à hydrogène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le nez de chaque kuurai se trouvait un capteur qui détectait la chaleur émanant des batteries à hydrogène. Ce capteur permettait au missile de pourchasser sa cible jusqu&#039;au contact, ou jusqu&#039;à l&#039;épuisement de sa propre batterie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;existait qu&#039;un seul moyen de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles poussa le manche aussi loin qu&#039;il le pouvait, et plongea vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne voyait rien à cause du brouillard, mais ce n&#039;était pas le moment de se plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son estomac accusait la vitesse de la descente. Il gardait les yeux fixés sur l&#039;altimètre et l&#039;indicateur de vitesse, tentant de deviner le moment où il devrait redresser juste à temps pour éviter l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soudaineté de la chute faisait hurler le pare-brise avec stridence. L&#039;appareil craquait et gémissait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit Fana crier derrière lui : « Les missiles nous prennent en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Gardez la tête baissée! Je n&#039;ai plus besoin de vous au poste d&#039;observation ! » hurla-t-il en réponse, concentrant toute son attention sur ce qu&#039;il voyait devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la pluie, il distingua la surface argentée de l&#039;océan. Il jeta un rapide coup d&#039;oeil à l&#039;arrière. D&#039;innombrables missiles les poursuivaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu&#039;il eut confirmation de tous ces paramètres, il tira le manche de tout son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;hélice gémit quand le nez du Santa Cruz se releva, et comme s&#039;il prenait son élan pour se stabiliser, l&#039;avion bleu glissa sur l&#039;eau à toute vitesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers le pare-brise retentit un grondement de tonnerre. Pas qu&#039;une seule fois. Deux, trois, quatre fois, davantage encore, le bruit sourd d&#039;explosions sous-marines fit vibrer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, dix-huit kuurai se précipitèrent dans l&#039;océan, faisant jaillir des geysers d&#039;eau, dans l&#039;incapacité de suivre les mouvements du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les six missiles restants le pourchassaient encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles émit un claquement de langue. Les kuurai étaient plus rapides que son appareil. Il serait rattrapé s&#039;il continuait de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc… il ne lui restait plus qu&#039;une seule astuce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil au vaisseau qui volait à environ 500 mètres au-dessus de l&#039;océan,  et orienta l&#039;appareil dans sa direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il appuya sur le bouton de la commande des gaz. Le Santa Cruz accéléra. La batterie se déchargerait plus vite, mais cette énergie était nécessaire à leur survie maintenant. Il lui fallait assez de puissance et de rapidité pour arriver au même niveau que le navire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il put enfin relever le nez de l&#039;avion, il aperçut les nombreuses tourelles qui se dressaient sur le corps incurvé du vaisseau, et les innombrables canons antiaériens qu&#039;elles abritaient. Tous pointaient dans sa direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Immédiatement après, des feux d&#039;artifice s&#039;épanouirent autour du Santa Cruz qui s&#039;élevait dans les airs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les explosions n&#039;en finissaient pas, et Fana hurla de terreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la fumée, les six kuurai bien alignés continuaient à poursuivre le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant eux, le navire devenait de plus en plus grand.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tirs eux aussi se multipliaient. Le pare-brise était presque complètement obscurci par la fumée de la canonnade.  Avec difficulté Charles ne cessait de dévier sa course pour déjouer leur visée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le navire ennemi savait exactement ce qu&#039;il tentait de faire. C&#039;est pourquoi il ripostait en tirant   tout ce qu&#039;il avait. Deux kuurai explosèrent derrière le Santa Cruz. Comme c&#039;étaient des missiles à percussion, ils ne résistaient pas aux balles explosives. L&#039;ennemi tentait désespérément d&#039;abattre les missiles qui poursuivaient Charles, mais…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un bref murmure d&#039;excuse :« Je suis désolé. »  Il se faufila à côté du vaisseau et releva ensuite le nez de son appareil. Les quatre missiles restants, incapables de le suivre, plongèrent à la place dans la coque arrondie du dirigeable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une énorme explosion secoua l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les flammes engloutirent toute une région du ciel couleur d&#039;encre, que déchirèrent les stridences de l&#039;acier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dirigeable, se rompant en son milieu, crachait des hommes qui tombaient vers l&#039;océan glacial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit tout grands ses yeux d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;était pas un opéra ni une tragédie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce monde-ci, qui ne se trouvait pas de l&#039;autre côté du mur de verre, des dizaines, des centaines de gens étaient précipités dans les airs, le dos en flammes. Elle distinguait sur leur visage la douleur et la résignation. Plusieurs centaines de vies contenues dans le vaisseau étaient exterminées sans difficulté, avec une incroyable rapidité. Chacun de ces hommes avait eu sûrement une famille, des amis, une amoureuse, et des pensées, mais en un moment ils retournèrent au néant. C&#039;était la première fois que Fana voyait l&#039;horreur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette vision infernale disparut rapidement dans la blancheur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;était rué à l&#039;intérieur du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouttes d&#039;eau glissaient rapidement hors de vue. Le vent hurlait à travers le pare-brise. Soudain la lumière du soleil se déversa sur leurs sièges, et un bleu infini régna sur le monde au-dessus du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et… la flotte mobile avait pris position loin au-dessus du Santa Cruz, à une altitude d&#039;environ 5.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz qui avait traversé le nuage à toute vitesse semblait se précipiter tout droit sur elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux pour s&#039;assurer de sa composition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu, à en juger par sa taille, il y avait un porte-avions. Au sommet se trouvait une piste d&#039;envol en acier, dimensionnée pour 60-70 avions de combats, lance-missiles et bombardiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On disait que les Amatsukami possédaient au total sept porte-avions. Un de ces tigres au moins avait été chargé de fouiller le ciel pour retrouver Fana, ce qui en disait long sur la détermination de l&#039;ennemi pour empêcher le succès de la mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lourds croiseurs et deux contre-torpilleurs escortaient le porte-avions. Ayant repéré le Santa-Cruz, ils avaient déjà amorcé leur descente, leurs canons inférieurs prêts à tirer.&lt;br /&gt;
Serrant les lèvres, Charles longea le sommet du nuage. Il appuya une fois de plus sur la commande des gaz et accéléra. Le Santa Cruz taillada le nuage autour de lui en faisant jaillir des geysers de brouillard comme s&#039;il s&#039;agissait d&#039;un océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lourds croiseurs avaient commencé à tirer. Charles contrôlait sa machine par de petits mouvements, glissant sur le côté ou ralentissant pour déjouer les prévisions des artilleurs, et suivait toujours dans sa fuite le sommet du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tonnerre des canons emplissait le ciel. Des obus explosaient autour du Santa Cruz, criblant de trous le fuselage. Fana avait si peur qu&#039;elle ne faisait pas de bruit. De l&#039;autre côté du pare-brise, c&#039;était un enfer de feu et de fumée. Etendre le bras au-dehors aurait été serrer la main à la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je nous sortirai de là. Je vous en prie, faites-moi confiance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu du bruit des canons, Fana entendit la voix de Charles par le tube acoustique, de façon étonnamment claire. Sa voix était calme, mais déterminée. Incapable de répondre, Fana se contenta de hocher la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles regarda derrière lui, en diagonale sur la droite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 2.000 mètres de distance environ et à 2.000 mètres d&#039;altitude, le porte-avion ennemi surplombait le Santa Cruz et l&#039;observait en silence, sans tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non… Il ne se contentait pas de le surveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme des graines de pavot, une multitude d&#039;ombres décollaient de la piste d&#039;envol à son sommet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces ombres se répartirent en groupes de sept.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le voici. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que Charles redoutait le plus dans cette mission était arrivé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un tremblement le parcourut. Ces ombres avaient taillé en pièces la confiance qu&#039;il avait dans  sa survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pas besoin de combattre. Je dois me contenter de fuir », se dit-il à lui-même en mettant pleins gaz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quatorze appareils nous ont pris en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait dans le tube acoustique. L&#039;ennemi s&#039;était disposé en deux formations de sept appareils. Charles jeta un coup d&#039;oeil aux cadrans des jauges, puis à l&#039;espace aérien autour de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très loin devant, au nord, un groupe de cumulonimbus formaient comme un paravent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sommet se trouvait à environ 10.000 mètres d&#039;altitude. Une chaîne de montagnes d&#039;un blanc pur dans le ciel de l&#039;été. Leurs silhouettes immaculées se détachaient avec netteté sur le bleu de l&#039;arrière-plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais m&#039;enfuir là-bas, décida Charles en accélérant encore le moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, je n&#039;ai plus besoin que vous montiez la garde. Gardez la tête baissée, serrez votre ceinture, et cramponnez-vous à votre siège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- En… Entendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça va secouer. Ne parlez pas, sous peine de vous mordre la langue. Il va y avoir des changements de direction et des descentes brusques, donc mettez aussi des bouchons d&#039;oreille. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Après avoir reçu un signe d&#039;assentiment de la part de Fana, il accéléra encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aiguille de l&#039;indicateur de vitesse dépassa les 600 kmh. Comme ils approchaient de la vitesse maximum de l&#039;avion, l&#039;appareil était violemment secoué de tremblements incontrôlables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, en même temps qu&#039;un bruit menaçant d&#039;hélices, une ombre tomba sur le manche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des ombres cruciformes apparurent sur le nuage au-dessous d&#039;eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinq, six, sept – Charles avait beau faire tous ses efforts, les ombres le poursuivaient sans aucune difficulté, et leur nombre augmentait sans cesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il regarda vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatorze avions verrouillaient l&#039;espace aérien derrière le Santa-Cruz, avec calme et nonchalance, comme s&#039;ils se moquaient de ses tentatives pour leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un murmure indistinct : « Le  shinden ». C&#039;était le nom du roi des airs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quatorze contre un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur nombre mis à part, chacun pris individuellement lui était supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, il ne disposait que d&#039;une seule mitrailleuse à l&#039;arrière, mais même cette arme ne pouvait être maniée par Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le désespoir envahit son coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il l&#039;avait prévu, dès le départ. Il prit conscience de ses pensées et rejeta au loin sa couardise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reprenant le manche et respirant profondément, il s&#039;ordonna de se calmer. Paniquer signifiait mourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule arme qu&#039;il possédait pour se sortir de cette situation, c&#039;étaient ses talents de pilote. Et il le savait depuis le début.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l&#039;infériorité de son appareil, il était sûr d&#039;être meilleur. Qu&#039;il pouvait s&#039;échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ces mots prononcés pour lui-même, à voix inaudible, il se tut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son instinct lui murmurait que s&#039;il se contentait de voler comme il le faisait, il serait tué. La minute suivante, son pied droit avait appuyé sur la pédale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion, qui volait à grande vitesse, dérapa soudain sur le côté. Les balles explosives 20 mm tirées des ailes du Shinden transpercèrent le nuage en visant le Santa Cruz, soulevant des embruns de brouillard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne pouvait se reposer au prétexte qu&#039;il avait évité les premiers tirs. Les appareils alignés de part et d&#039;autre du premier chasseur allaient entrer dans la danse, pour lancer une deuxième puis une troisième salve sur leur proie quand elle aurait fini de glisser sur le côté. Charles le savait, si bien que lorsque le Santa Cruz eut fini son dérapage, il appuya sur la pédale de gauche  pour zigzaguer à travers le nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait réussi à survivre à la formation en triangle des Shinden. Mais ensuite venaient les quatre appareils de la formation en losange. Cette partie de l&#039;escadrille était entraînée pour anéantir l&#039;ennemi : ils intervenaient l&#039;un après l&#039;autre, en commençant par le leader, pour l&#039;arroser d&#039;un flot de balles ininterrompu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz ne pouvait voler droit même un seul instant. Remuant la queue et glissant à droite puis à gauche, il évitait les balles comme un serpent de mer nageant dans l&#039;air.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même si l&#039;ennemi était plus rapide, cette vitesse ne lui était pas d&#039;une grande utilité : en combat rapproché, les tirs ne peuvent atteindre leur but si les avions ne sont pas strictement alignés. Charles déplaçait son appareil chaque fois qu&#039;ils l&#039;étaient. Pour ses adversaires, c&#039;était comme s&#039;il avait des yeux derrière le tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était totalement concentré sur ses arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;instinct et l&#039;expérience qu&#039;il avait accumulée le guidaient pour se synchroniser au feu de l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien sûr, s&#039;il se trompait ne serait-ce qu&#039;une seule fois, le Santa-Cruz serait englouti dans les flammes, pour devenir le tombeau de la future impératrice. L&#039;échec était inenvisageable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant pris la mesure de l&#039;habileté de Charles, les trois avions de la formation en losange prirent position et firent feu en se déplaçant de gauche à droite, puis de droite à gauche. Au lieu de concentrer leur tir sur l&#039;hydravion, ils se contentaient de tirer droit devant eux, pour l&#039;enserrer dans un réseau de balles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bruit violent des balles 7 mm qui frappaient le fuselage résonna dans le cockpit. Il y avait de quoi paniquer. Fana gardait la tête baissée, tremblant d&#039;une peur incoercible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles jeta un coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière, sur les perforations qui marquaient les flancs du Santa-Cruz. Puis il vérifia sur le tableau de bord que le réservoir à hydrogène n&#039;avait pas été atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ennemi savait ce qu&#039;il allait faire. Charles ne pouvait plus combattre à la surface du nuage. Il lança un regard déterminé vers la chaîne des cumulonimbus qui se dressaient au nord comme des montagnes, appuya légèrement sur les pédales, et poussa le manche à fond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;inclina en avant et plongea dans le stratocumulus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un nuage épais, et Charles ignorait s&#039;il s&#039;étendait jusqu&#039;à la surface de l&#039;eau . Se fiant totalement à l&#039;altimètre, il gardait le manche poussé à fond, et déboucha de l&#039;autre côté du nuage à une altitude approximative de 500 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ramenant le manche vers lui, il mit cap au nord en gardant une altitude de 200 mètres, en restant parallèle à la surface de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En-dessous de lui, il voyait les flots sombres battus de pluie. Derrière, il aperçut sept contre-torpilleurs qui se dirigeaient droit vers lui, mais sans ouvrir le feu. Ils ne voulaient pas toucher leurs propres avions, et attendaient probablement, de toutes façons, que les Shinden règlent la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un temps de retard, quatre Shinden percèrent le nuage et après une légère mise au point, pointèrent leurs mitrailleuses sur le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait seul le chasseur de tête s&#039;était avancé plus près. L&#039;armée interdit le vol rapproché dans le brouillard, à cause du risque de collision. Les autres appareils de l&#039;escadrille se trouvaient sans doute au-dessus du nuage ; Charles ne les voyait nulle part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il porta son regard vers l&#039;avant. Il était difficile d&#039;apercevoir le cumulonimbus à cause de la pluie.  Charles orienta l&#039;avion dans la direction où il volait avant de plonger dans le nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des balles zébrèrent de lignes rouges le ciel devant lui. Les quatre Shinden qui le poursuivaient avaient commencé à tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais désormais Charles avait jaugé l&#039;habileté des pilotes ennemis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils n&#039;étaient pas très bons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entrevoyait une lueur d&#039;espoir. Même si son appareil était inférieur aux leurs, il était , lui, beaucoup plus habile. Il était possible de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul avantage que le Santa Cruz possédait et que n&#039;avaient pas les Shinden était de pouvoir se ravitailler en carburant à la surface de l&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Shinden, monoplaces d&#039;interception, liaient la vie du pilote à la réserve d&#039;énergie de leur appareil. S&#039;ils poursuivaient un ennemi trop loin et sortaient de la zone radio du porte-avion, ils pouvaient périr, dans l&#039;incapacité de retourner en lieu sûr. Les Shinden étaient obligés de toujours rester à portée de vue de leur vaisseau mère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles, qui pilotait le Santa Cruz, se sentait ainsi beaucoup plus calme en envisageant ce simple point. Même si le combat durait longtemps, il lui suffisait de se poser et de faire le plein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne poursuivrait qu&#039;un seul objectif : échapper au feu des mitrailleuses et s&#039;éloigner le plus possible du porte-avions, pour sortir de sa zone radio, de telle sorte que les pilotes des Shinden craignent de tomber en panne.&lt;br /&gt;
Si l&#039;ennemi commençait à se préoccuper de ses réserves d&#039;énergie, repliait ses ailes et faisait demi-tour, Charles gagnerait. En fait, c&#039;était son seul moyen de gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lança un coup d&#039;oeil derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre avions continuaient à le poursuivre avec acharnement. Tous les quatre étaient pilotés par des chefs d&#039;escadrille, si bien qu&#039;ils se disputaient l&#039;espace aérien, sans être réellement en formation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pilotes ennemis avaient de leur côté reconnu l&#039;habileté de Charles. Leurs tirs ne le visaient pas vraiment, mais jouaient le rôle d&#039;avertissement, comme un tir de barrage. Soit ils attendaient qu&#039;il commît un erreur, soit ils attendaient la venue d&#039;un autre attaquant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles descendit à une altitude encore plus basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
400, 200, 100. L&#039;aiguille de l&#039;altimètre continuait de descendre. Volant de plus en plus bas, il s&#039;efforçait de distinguer la surface de l&#039;océan à travers la pluie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A dix mètres environ, il stoppa sa descente. Il regarda derrière lui : les quatre avions ennemis le suivaient à une altitude approximative de 100 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Désormais ce serait juste un combat d&#039;adresse. Si ses adversaires tentaient d&#039;attaquer, ils risquaient de plonger dans l&#039;océan, si bien qu&#039;ils ne pouvaient le faire avec facilité. Pour  abattre le Santa Cruz dans ces conditions, il fallait aussi voler parallèlement à la surface de l&#039;eau, ce qui à l&#039;évidence entraînait le danger pour l&#039;hélice de percuter les flots, et demandait au pilote d&#039;être aussi habile que Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il vit hésiter les pilotes ennemis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il sentit à nouveau le calme l&#039;envahir. Il bascula lentement l&#039;appareil pour changer de cap, entraînant ses adversaires à sa suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se dirigeait vers le stratocumulus au dessus de la pluie. S&#039;il parvenait à l&#039;atteindre, la situation tournerait en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment précis où il entrevoyait cette lueur d&#039;espoir, Fana cria dans le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cinq avions arrivent par le haut, à gauche ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussitôt il tourna son regard vers le haut à gauche. Comme Fana l&#039;avait dit, sur le côté, cinq nouveaux Shinden descendaient en piqué sur le Santa-Cruz. Ils avaient adopté une formation en T.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne les avait pas remarqué avant l&#039;avertissement de Fana. Il était clair qu&#039;il avait baissé sa garde. Les quatre appareils qui le poursuivaient avaient préféré ne pas engager de combat rapproché parce que cette formation arrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils allaient être touchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, baissez la tête ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles n&#039;avait pas fini de crier que des balles 20 mm tirées par les cinq chasseurs entaillèrent les flancs du fuselage en faisant jaillir des bouquets d&#039;étincelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un  rideau de balles mitraillait avec bruit  la partie avant du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En même temps, les quatre poursuivants à l&#039;arrière engagèrent un feu roulant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles n&#039;avait aucun moyen de fuir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce qu&#039;il pouvait faire était se précipiter dans les balles et regarder son avion être broyé par la mitraille. Au moment où lui venait cette pensée, de façon inconsciente, il bougea les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;instant même où il allait se jeter dans les balles tirées sur son flanc, Charles  instinctivement appuya sur le manche, inclinant l&#039;appareil vers le bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;était pas une action consciente et réfléchie. Toute l&#039;expérience qu&#039;il avait acquise et tout l&#039;instinct qu&#039;il avait développé avaient rendu possible cette manœuvre d&#039;évasion en un dixième de seconde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cinq Shinden volaient juste au dessus du pare-brise, à une si courte distance qu&#039;il aurait pu tendre la main à l&#039;extérieur pour les toucher. Le Santa Cruz les frôla en se faufilant sous eux, à une altitude de peut-être 5 mètres. L&#039;océan était si près que s&#039;ils avaient pu étendre les jambes  au dehors, ils auraient senti l&#039;eau mouiller leurs pieds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant qu&#039;ils ne s&#039;écrasent dans les flots, Charles releva le nez de l&#039;appareil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un moment de calme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les chasseurs derrière eux allaient recommencer à tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était sur le point d&#039;appuyer sur la pédale, pour éviter les balles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soudain, dans un bruit étourdissant, le pare-brise vola en éclats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au même moment, Charles eut l&#039;impression de recevoir sur le crâne un coup donné par une batte de métal, qui lui emporta la tête sur le côté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du sang coulait de sa tempe, et la vitre de l&#039;habitacle était teintée de rouge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit au loin le hurlement de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne savait pas ce qui était arrivé. Le bruit de l&#039;hélice disparut, submergé par le rugissement du vent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles ! Reprenez-vous ! Charles !! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa vision se brouilla, déformant les contours, puis ses yeux  se voilèrent. Il entendait la voix de Fana, qui  retenait sa conscience évanescente.&lt;br /&gt;
Il sentait l&#039;odeur de son propre sang. Il ne ressentait aucune douleur. Mais s&#039;il se laissait aller ne serait-ce qu&#039;une seconde, il s&#039;évanouirait. Et ce danger, il en était averti par le frisson qui lui parcourait la colonne vertébrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se força à ouvrir les paupières. Il avait du sang dans un oeil, qu&#039;il essuya d&#039;un geste instinctif. Des gouttes d&#039;eau s&#039;écrasaient avec bruit dans l&#039;intérieur du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il voyait l&#039;arrière de cinq Shinden s&#039;élever à droite du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;y avait pas seulement cinq chasseurs qui venaient de la gauche.  Il y en avait aussi cinq autres qui venaient de la droite. Charles ne s&#039;en était pas du tout rendu compte, et s&#039;était précipité sur eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ce qui s&#039;est passé, sûrement, pensa-t-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vent et la pluie le frappaient au visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans utiliser son tube acoustique, Fana se retourna pour lui crier : « Allez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des balles avaient labouré l&#039;avion, et l&#039;une d&#039;entre elles l&#039;avait effleuré. Ce n&#039;était qu&#039;une éraflure, mais c&#039;était comme si on l&#039;avait matraqué. La moitié de ses cheveux étaient couverts de sang.  Pénétrant par la brèche du pare-brise, la pluie et le vent martelaient sans répit l&#039;intérieur de l&#039;habitacle. La température sur le siège était immédiatement tombée, et le froid s&#039;était installé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En face de Fana, les quatre Shinden venus de l&#039;arrière s&#039;acharnaient à les suivre, comme des hyènes pourchassant leur proie blessée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana mordit sa lèvre couleur cerise. C&#039;était rageant : tout ce qu&#039;elle pouvait faire, c&#039;était hurler la tête baissée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mitrailleuse 7 mm se tenait devant elle, trempée de pluie, bringuebalant et tournant dans tous les sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle n&#039;avait pas été entraînée à son utilisation. La maison del Moral n&#039;avait pas voulu que la future impératrice touche à une arme de mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais… n&#039;était-ce pas nécessaire, à présent ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant cessé de virevolter, le Santa Cruz  volait à présent tout droit, comme un animal traînant la patte dans son effort pour fuir. Même Fana savait qu&#039;ils étaient prêts pour l&#039;hallali.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana étendit lentement le bras pour atteindre la mitrailleuse, qui luisait d&#039;un éclat noir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sentit la froideur du métal. Sans doute aucun c&#039;était une arme de mort. Secouée par des frissons, Fana ordonna à ses jambes tremblantes de se calmer, et tourna la mitrailleuse en direction des appareils ennemis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle regarda dans le viseur ; les avions étaient si près qu&#039;ils ne tenaient même pas dans la mire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Seigneur, je vous en prie, pardonnez-moi. », murmura-t-elle, et elle appuya sur la détente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rien ne se produisit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle avait dû rater une manœuvre, mais elle ne savait laquelle. Elle eut envie de pleurer, humiliée par son inutilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les appareils ennemis étaient si près qu&#039;elle distinguait même le visage des pilotes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils souriaient avec suffisance. Ils jouaient avec sa vie, sachant qu&#039;ils la tenaient entre leurs mains. C&#039;était l&#039;évidence, à voir leur expression. Elle allait mourir sous les yeux de gens arborant ce visage satisfait. Pour finir, elle ne pouvait rien faire pour maîtriser son destin. Toute sa vie, elle aurait vécu comme une poupée, observant le monde à travers une vitrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remplie de regret, elle ne pouvait faire rien d&#039;autre qu&#039;attendre la fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naguère, elle ne s&#039;était jamais préoccupée de son existence. Mais, maintenant qu&#039;elle était sur le point de voir tout s&#039;achever, elle se rendait compte combien la vie était irremplaçable. Peut-être qu&#039;elle aurait dû montrer plus d&#039;assurance auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle aurait dû échanger davantage avec Charles la nuit précédente. Elle aurait dû parler d&#039;elle-même, lui poser des questions sur lui-même, pour qu&#039;ils apprennent à se connaître et deviennent des amis. Si elle l&#039;avait fait, peut-être que, même si tout avait abouti à la même issue, elle aurait accepté la mort plus volontiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors qu&#039;elle s&#039;enfermait dans la boucle sans fin des regrets, l&#039;air lui sembla aspiré hors de ses poumons et son corps lui parut s&#039;alléger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion montait. Et il montait plus vite que jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les visages pleins de suffisance, tout à l&#039;heure si proches qu&#039;elle en distinguait les muscles, s&#039;éloignèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pluie et le vent se déversèrent dans l&#039;habitacle avec plus de rudesse encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se retourna.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles, couvert de sang, avait serré le manche entre ses jambes, faisant appel à toute la force de son corps pour contrôler l&#039;appareil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle hurla : « Charles ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;est pas encore fini » dit-il par dessus son épaule. Il coupa l&#039;hyper réacteur de la main droite. Leur réserve d&#039;énergie s&#039;épuisait. En échange d&#039;une très forte consommation d&#039;énergie, l&#039;hyper réacteur leur fournissait une accélération momentanée. Charles ne pouvait pas y avoir recours trop souvent, mais au moins ils avaient franchi cet obstacle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa conscience ne cessait de dériver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il cessait de se concentrer, sa vision sombrerait dans un tourbillon de ténèbres. Et une part de lui-même avait l&#039;impression que ce serait plus facile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa tempe résonnait. Cela cognait, cognait, le sang jaillissant de sa blessure à chaque battement. Comme le pare-brise avait volé en éclats, l&#039;habitacle était glacial. Il sentait chuter sa température corporelle. Le manche était lourd, et il n&#039;avait plus de force dans les bras. Le sang qui se mélangeait à la pluie lui rendait la vision difficile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait plus facile de simplement laisser tomber, clamait une voix intérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cela m&#039;est égal d&#039;être abattu », se murmura-t-il à lui-même. « Mais Fana est dans l&#039;avion. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce murmure n&#039;atteindrait jamais le siège arrière. Maintenant le manche de tout le poids de son corps, il tira la barre de contrôle sur la gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vrombissement d&#039;hélices qui fendaient la pluie se rapprochait, derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Shinden le serraient de près. Il n&#039;avait pas besoin de se retourner pour vérifier. Ce n&#039;étaient pas des adversaires qui pouvaient être semés juste avec un seul overboost.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voler en rasant l&#039;océan était ardu. Les embruns salés entraient à flots dans le cockpit. Il ne voulait pas rester sous les nuages, de toute façon. Il voulait s&#039;élever au dessus, retrouver le soleil. Son corps le désirait, mais son instinct de survie interdisait d&#039;en prendre la décision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S&#039;il tentait de faire monter son appareil maintenant, outre la chute de vitesse qui en serait la conséquence, il présenterait ses flancs à l&#039;ennemi, ce qui entraînerait une mort instantanée. Le seul moyen de survivre était de voler à basse altitude jusqu&#039;à ce qu&#039;il ait réussi à se débarrasser de ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur lui vrillait le crâne. L&#039;extrémité de ses doigts s&#039;engourdissait. Des éclats de verre lui avaient entaillé les bras. Le manche était incroyablement lourd. Mais s&#039;il commettait la plus infime erreur dans son contrôle de l&#039;appareil, il plongerait dans l&#039;océan. Tout ce qu&#039;il pouvait faire était d&#039;endurer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles faisait des efforts désespérés pour rester conscient, pour se tenir éveillé. Il percevait les intentions meurtrières des pilotes derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès que les mitrailleuses 20 mm des Shinden entrèrent en action, le Santa Cruz glissa de côté sur l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les balles firent jaillir des geysers d&#039;eau salée à gauche de l&#039;appareil, qui volait si bas qu&#039;il provoquait des vagues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana était toujours sur le siège arrière, tordant le cou le plus loin possible pour s&#039;adresser à Charles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle criait : « Charles, je suis désolée, Charles. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des larmes tremblaient dans sa voix. Fana était trempée jusqu&#039;au os par la pluie,  mais sur ses joues coulait autre chose que de la pluie. Elle savait que Charles s&#039;agrippait au manche, au bord de l&#039;évanouissement. Mais elle ne pouvait se contenter de rester assise à ne rien faire. La seule chose qui lui était possible était de faire en sorte que Charles reste conscient. De lui parler sans cesse, sans s&#039;arrêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je suis inutile. Je suis désolée, désolée, je ne suis qu&#039;un paquet qu&#039;on trimballe. » Les mots sortaient sans qu&#039;elle le veuille, mais elle craignait que si elle s&#039;arrêtait de parler, Charles ne perde totalement connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De temps en temps, Charles disait quelques mots, mais elle ne les entendait pas. Il agissait quasi d&#039;instinct, glissant, ralentissant, changeant de vitesse pour éviter les balles qui arrivaient de ses arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus en plus gêné par le sang dans ses yeux, il distinguait à peine le stratocumulus devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce nuage était leur seul espoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu&#039;il fût sur le point de perdre conscience, son instinct de pilote dirigeait l&#039;avion vers cette montagne de nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ailes blessées du Santa Cruz fendaient la pluie. Charles était bien près de s&#039;évanouir, mais la voix de Fana le tenait éveillé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était soutenu par Fana assise derrière lui. Devant ses yeux noyés de pluie se levait l&#039;image de Fana petite fille, vêtue d&#039;une robe blanche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur fond de champ de tournesols, la Fana du passé pleurait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Courage, Charles. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles, couvert de sang, eut un léger sourire. Peut-être était-ce ce qu&#039;on appelait une «   . Il ne distinguait plus le rêve de la réalité, mais il répondit cependant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Fana, vous pleurez ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se rappelait que lorsqu&#039;il s&#039;en était pris au cochon, elle lui avait demandé s&#039;il pleurait, et qu&#039;il avait vite essuyé ses larmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pleure, oui. Je suis fâchée de ne pouvoir rien faire. D&#039;être sans aucune utilité dans un moment pareil. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que sa vision soit brouillée, la jeune voix de Fana lui parvenait clairement. Le froid de la pluie et du vent se dissipa, et cette voix pénétra son coeur, y répandant la chaleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai une requête à vous faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Laquelle ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Continuez à me parler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Cela ne vous ennuiera pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pas du tout. J&#039;ai l&#039;impression que je vais perdre connaissance si je ne vous écoute pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. De quoi allons-nous parler ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre Shinden les poursuivaient toujours à l&#039;arrière. Ils attendaient qu&#039;il fasse une erreur.   Tandis que Fana parlait, Charles restait concentré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est ennuyeux. Je n&#039;ai pas l&#039;habitude de parler à quelqu&#039;un. Puis-je poser des questions vous concernant ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pourquoi êtes-vous pilote ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles répondit à la question de Fana tout en zigzaguant devant l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Parce que j&#039;aime voler. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous aimez la guerre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon oeil ! Ce que j&#039;aime, c&#039;est voler dans le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bien sûr. Bien sûr, c&#039;est ça. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Shinden firent rugir leurs canons 20 mm. Mais le Santa Cruz n&#039;était plus dans leur ligne de mire. En vol plané au-dessus de l&#039;océan, l&#039;appareil glissait de côté, soulevant des vagues. Charles répétait sans arrêt la même manœuvre parce que c&#039;était la méthode la plus efficace. Il savait que s&#039;il s&#039;énervait et tentait autre chose, il serait abattu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Dans notre situation, nous n&#039;avons pas le choix. Si un de nos chefs nous ordonne de voler et de combattre l&#039;ennemi, c&#039;est tout ce que nous pouvons faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cinq Shinden qui, poursuivant sur leur lancée, étaient passés au-dessus de lui, virèrent de bord et chargèrent à gauche. Les cinq autres avions, y compris celui qui avait touché Charles, descendirent à droite se joindre à la danse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« M&#039;emmenez-vous à Esmeralda parce que vous en avez reçu l&#039;ordre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Charles sentît sa conscience se brouiller, il conservait une vision tout à fait lucide de la situation. Comme si c&#039;était à travers l&#039;oeil d&#039;un oiseau qu&#039;il voyait son propre avion et les appareils ennemis ; c&#039;était cette étrange impression qui le guidait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est une des raisons. Mais en même temps, personne n&#039;avait réussi à traverser seul le blocus sur l&#039;océan central. Je voulais essayer.  C&#039;était une raison importante. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avions sur la gauche étaient les plus rapides, décida-t-il, et il appuya sur la pédale de droite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Même si vos exploits sont escamotés ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion fit entendre une plainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je m&#039;en moque un peu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les balles labourèrent l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous ne voulez pas de la gloire ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reconnut des balles de 7,7 mm. L&#039;ennemi se trouvait déjà à court des 20 mm, dont il n&#039;était pas aussi bien approvisionné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Si on me la donnait, bien sûr que je l&#039;accepterais, mais je n&#039;en ai pas besoin pour vivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chasseurs sur leur droite descendaient sur eux en piqué. Charles n&#039;avait pas besoin de tourner la tête pour regarder. Même si son esprit dérivait entre le monde d&#039;ici-bas et le monde infernal, il gardait une pleine perception de l&#039;espace aérien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;aimerais faire entendre ces paroles aux gens de mon entourage. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion glissait parallèlement à la surface de la mer. Les balles de l&#039;ennemi n&#039;avaient même pas effleuré le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivés presque à la surface de l&#039;océan les chasseurs ennemis qui descendaient en piqué changèrent de trajectoire pour remonter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier appareil manqua la manœuvre, s&#039;écrasa dans les flots et fut englouti, son réacteur extérieur tournoyant en l&#039;air avec de grandes éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le ciel est votre trésor. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sang coulait toujours de sa tempe, et cramponné au manche, il n&#039;avait plus de force dans les bras, mais son esprit était relativement éveillé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cela sonne bien. » plaisanta-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;étais sérieuse », dit Fana en faisant la moue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Parfois j&#039;ai l&#039;impression que les gens au sol sont stupides. Dans le ciel les classes sociales n&#039;existent pas. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles étaient noyés de pluie, si bien que sa vision était limitée. Mais il entendait clairement la respiration et les battements de coeur des pilotes ennemis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pilotes des Shinden se dépêchaient. Le combat rapproché avait duré plus longtemps que prévu, et ils craignaient que la poursuite du Santa Cruz ne s&#039;éternise. Ils ne se diraient rien, mais Charles était sûr qu&#039;ils tentaient de voir si ce n&#039;était pas le moment d&#039;abandonner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous avez raison, je suis d&#039;accord avec vous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz dansait avec les Shinden.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Après tout, le réfugié bestado que je suis est en train de discuter avec la future impératrice. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu importait le nombre de fois où les Shinden faisaient feu, il prévoyait leurs actions deux ou trois coups à l&#039;avance. Les balles rataient leur but, leur cible leur échappait. C&#039;était si vain qu&#039;on pouvait même se demander pourquoi ils se donnaient le mal de le viser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous ne sommes pas supposés parler ensemble ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et… le Santa Cruz réussit enfin à atteindre le stratocumulus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pluie et le vent régnaient sur l&#039;espace aérien, avec une rudesse sans commune mesure avec  ce que les jeunes gens avaient subi auparavant. S&#039;ils voulaient entrer dans les nuages, ils affronteraient les tourbillons des courants ascendants et descendants qui déchiraient l&#039;atmosphère. Seuls les plus assurés des pilotes auraient osé passer à travers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se contenta de continuer son survol de l&#039;océan à travers l&#039;orage, parce que cela rendait leur poursuite difficile pour leurs adversaires. Il voulait entrer dans le nuage ensuite, pour forcer l&#039;ennemi à pénétrer dans des zones plus dangereuses, pour le pousser à l&#039;abandon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De lourdes gouttes de pluie et des vagues qui se rabattaient à grand bruit balayaient l&#039;intérieur du cockpit. Sans le tube acoustique, ils ne pouvaient pas continuer leur conversation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sachant, Fana cria cependant à Charles des mots qui ne l&#039;atteindraient jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous êtes une personne, tout comme moi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle disait ces mots, un éclair aux branches de feu étincela au dehors du pare-brise. Avec un léger décalage le tonnerre gronda tandis que l&#039;ombre du Santa Cruz se découpait sur les flots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne répondit pas. Mais Fana était satisfaite d&#039;avoir pu dire ce qu&#039;elle désirait dire depuis le début du voyage. Vent, pluie, éclair, rien ne l&#039;effrayait plus. Elle comprenait, sans aucune raison pour le justifier, qu&#039;ils seraient capables de poursuivre leur vol ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous dépassons le nuage », dit Charles d&#039;une voix indistincte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après quoi, comme si on avait tiré les rideaux, un soleil éclatant déversa ses rayons dans l&#039;habitacle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde, qui jusque là avait présenté une triste couleur de cendre, se remplit soudain de lumière, plus vif et plus coloré qu&#039;il avait jamais paru auparavant, et le ciel d&#039;été s&#039;engouffra dans les yeux de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh là là ! » laissa-t-elle échapper. C&#039;était un brusque changement de décor.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant elle, à l&#039;arrière de l&#039;appareil, le stratocumulus au dessous duquel ils venaient de passer partait à la dérive, réverbérant les rayons du soleil. Le sommet du nuage se dressait comme un clocher d&#039;argent, très haut au dessus d&#039;elle. Ce blanc si pur dans la clarté bleue de l&#039;été avait quelque chose de réconfortant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et on ne voyait nulle part les funestes ombres noires des Shinden. Le soulagement rendit ses couleurs au visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Regardez, les ennemis sont partis. Ils ont dû abandonner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, on dirait bien », répondit Charles d&#039;une voix rauque, sans tourner la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Charles ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles paraissait plus affaibli que tout à l&#039;heure. Fana regarda par dessus son épaule, et ses yeux s&#039;élargirent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh non ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle ne l&#039;avait pas remarqué dans l&#039;obscurité des nuages, mais les blessures de Charles étaient beaucoup plus profondes qu&#039;elle ne l&#039;avait cru. Du sang continuait de suinter de sa tempe droite, et des éclats de verre étaient plantés dans son visage et ses épaules. Sa combinaison de vol, qui à l&#039;aube était propre et bleue, était teintée de rouge sur le côté droit. Ses mains qui serraient le manche, probablement entaillées par les éclats du pare-brise, dégouttaient de sang, et sa respiration était irrégulière. On aurait dit que le manche pesait des tonnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles, qui se trouvait entre la vie et la mort, avait traversé un nuage d&#039;orage, en évitant des milliers de balles ennemies. Fana ne pouvait le croire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je… Je suis désolée, je ne m&#039;étais pas du tout rendu compte. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anéantie, elle se tourna dans tous les sens, s&#039;efforçant de trouver quelque chose qui pût être utilisé comme pansement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle aperçut le parachute qui lui servait de coussin, le déchira avec un morceau de verre pour en faire de la charpie et se pencha sur le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Cela devrait faire l&#039;affaire pour le moment. Il faudra vous soigner correctement plus tard. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;une torsion énergique elle passa de l&#039;autre côté du siège, et pansa la blessure de la tempe, qui saignait toujours. Elle extirpa un à un les éclats de verre plantés dans le corps du pilote. Ses mains, qui n&#039;avaient jamais rien soulevé de plus lourd qu&#039;un couteau ou une fourchette, se couvrirent aussitôt de coupures, prenant la couleur des roses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Fana, ça va, je vais bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- S&#039;il vous plaît, laissez-moi au moins faire cela. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sortit la main à travers la brèche du pare-brise pour jeter au dehors les éclats de verre. Le sang et le verre tournoyèrent comme une hélice avant de dépasser l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous vous êtes blessé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous aussi, vous êtes blessé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pour moi ça va, mais pas pour vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Pourquoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que vous allez devenir impératrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu, Charles, n&#039;avez-vous pas déclaré que dans le ciel les classes sociales n&#039;existaient pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ravala ses paroles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant lui, à travers sa vision brouillée, il avait perçu une anomalie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz volait à 120 mètres d&#039;altitude environ. Loin devant eux se dressait une muraille d&#039;eau de mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette muraille s&#039;étendait à droite et à gauche, à l&#039;infini. Et on ne pouvait en apercevoir le sommet à cause des embruns.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était comme une marche immense au milieu de la plaine océanique, une faille coupée toute droite, du haut de laquelle l&#039;eau se précipitait vers le bas, dans un brouillard de gouttelettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La Grande Chute. Nous y sommes finalement arrivés. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Charles luttât pour parler, sa voix exprimait du soulagement. Une fois qu&#039;ils auraient passé la chute, ils entreraient dans un espace aérien que se disputaient les forces de Levham et d&#039;Amatsukami. Ils ne seraient plus dans le domaine réservé des Amatsukami.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles enroula sa jambe droite autour du manche et le tira vers l&#039;avant. Il lui restait si peu de force dans les bras que c&#039;était le seul moyen de faire bouger le lourd levier. L&#039;appareil pointa péniblement vers le haut et tandis que gémissait l&#039;hélice il se mit à monter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ne pouvait détacher les yeux de la muraille d&#039;eau. La Grande Chute avait une hauteur approximative de 1.300 mètres. A mi-hauteur brillait un arc-en-ciel. Le sourd grondement de l&#039;eau qui tombait faisait vibrer l&#039;appareil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;était pas la première fois que Fana contemplait ce spectacle. Ayant maintes fois franchi la faille en avion, elle l&#039;avait vu souvent. Mais chaque fois, elle avait ressenti la même admiration mêlée de révérence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cause de l&#039;existence de la Grande Chute, le monde était longtemps resté coupé en deux, car jusqu&#039;à l&#039;invention des avions, la faille ne pouvait être franchie. Mais en même temps, c&#039;était à cause de la chute d&#039;eau que l&#039;avion avait supplanté le bateau pour le transport des marchandises et pour le contrôle de l&#039;espace maritime aussi bien qu&#039;aérien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la Chute n&#039;avait pas existé, il est certain que l&#039;aéronautique n&#039;aurait pas autant progressé. Aujourd&#039;hui, les dirigeables ordinaires étaient beaucoup plus efficaces pour le transport des marchandises et fonctionnaient beaucoup mieux. Cependant, bien qu&#039;on pût voyager sur de plus longues distances et transporter des cargaisons plus lourdes, on ne pouvait maîtriser la Grande Chute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;éleva en spirale et franchit la faille en passant au dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils se trouvaient à présent dans l&#039;océan occidental. Charles fit une fois encore descendre l&#039;avion pour se rapprocher de la surface de l&#039;eau, essuya d&#039;un revers de main le sang qui lui  coulait dans les yeux, et consulta l&#039;altimètre. Quoique l&#039;océan se trouvât juste au dessous d&#039;eux, le cadran indiquait 1.350 mètres. Après l&#039;avoir réglé avec son doigt sur le nombre 10, il remonta à plus haute altitude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles avait envie de dormir. S&#039;il cessait de se concentrer, il perdrait conscience pour sombrer aussitôt dans le sommeil. Le manque d&#039;oxygène qu&#039;entraînait une plus haute altitude, la perte de sang du fait de ses blessures, et la dépense d&#039;énergie que requérait une concentration intense, tout cela le plongeait dans une très grande somnolence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se secouant pour rester éveillé, il parcourut l&#039;océan du regard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait qu&#039;il trouve Sierra Cadis quelque part parmi les flots. Mais on ne voyait aucune terre sur cet océan solitaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu&#039;à présent, tout ce que Charles avait eu à faire était de se diriger vers le nord-ouest, parce qu&#039;il aurait fini par tomber sur la Grande Chute. La Sierra Cadis était normalement le point de repère suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il savait qu&#039;il y avait sans doute des îles au nord-est et au sud-ouest de l&#039;endroit où il se trouvait, mais il ne savait dans quelle direction aller. Il lui fallait voler le long de la Grande Chute, pour se repérer à partir de la forme de la faille, de la forme des nuages, de la couleur de l&#039;océan, et d&#039;autres indices qui lui permettraient de calculer sa position.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, le soleil baissa sur l&#039;horizon, et le ciel peu à peu se teinta d&#039;indigo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et à la périphérie de sa vision trouble, Charles découvrit un groupe d&#039;îles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;escale pour leur troisième nuit, l&#039;archipel de Sierra Cadis, dix-sept îles de tailles variées. Il pourrait se reposer dans une sécurité relative.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Passant la langue sur ses lèvres sèches, il fit appel à ses dernières forces, faisant descendre l&#039;avion sur la mer entre des îles au scintillement d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz plongea vers une île verdoyante, entourée d&#039;une eau peu profonde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient survécu un jour de plus. Il avait pensé si souvent que c&#039;était la fin, et il avait été si prêt d&#039;abandonner ! Mais il volait encore. Et Fana était toujours en vie. Le Santa Cruz, un simple avion de reconnaissance, avait réussi à survivre à une flotte ennemie et à quatorze Shinden.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi songeait Charles dans son esprit engourdi, avec un sourire de satisfaction. Après avoir jeté un regard sur la surface argentée des flots au-dessous de lui, il lâcha le manche, mit la batterie à recharger, et avec un soupir tomba dans le plus profond des sommeils.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
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	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_6&amp;diff=500685</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 6</title>
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		<updated>2016-09-03T20:17:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
De l&#039;autre côté du pare-brise, au-delà du nez de l&#039;appareil, les blancs cumulonimbus se détachaient en un net contraste sur le ciel bleu. On aurait dit une carte postale, mais Charles, agrippé au manche, avait l&#039;air mécontent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à l&#039;altimètre. Ils étaient actuellement à 4.500 mètres. La hauteur du cumulonimbus qui leur faisait obstacle était au moins de 10.000 mètres. Heureusement, il n&#039;y en avait qu&#039;un, si bien qu&#039;il décida de le contourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour la première fois depuis qu&#039;ils avaient décollé ce matin-là, Charles décrocha le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;avait pas du tout parlé à Fana depuis ce réveil des plus choquants. Il ressentait le besoin de le faire, même s&#039;il devait se forcer. Il ferma les yeux, tentant de se calmer, puis il ouvrit la bouche, s&#039;ordonnant à lui-même de parler normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle…. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ses mots trébuchaient malgré lui. Il se mordit la lèvre. Il faisait un effort pour parler de façon naturelle, quand la voix de Fana lui parvint à travers le métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que… Que se passe-t-il ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait elle aussi. Il n&#039;était pas surprenant qu&#039;elle ressente la même chose. Charles tenta de faire comme si rien ne s&#039;était passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh… Un cumulonimbus nous barre la route. Je vais donc changer légèrement de cap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. On dirait un nuage d&#039;orage, je ne veux pas plonger à l&#039;intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh. Effrayant. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parlait de façon embarrassée, en choisissant ses mots, mais il savait qu&#039;elle faisait de son mieux pour que sa voix paraisse normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Une fois que nous aurons dépassé ce nuage, je m&#039;attends à voir des avions ennemis. Comme la dernière fois, je vous confie nos arrières, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut la fin de cette conversation pleine de gêne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha le tube acoustique et soupira. Le fardeau qui pesait sur ses épaules depuis le matin s&#039;était un peu allégé grâce à cet échange – peut-être. Il n&#039;était pas vraiment  nécessaire qu&#039;il dise à Fana ce qu&#039;il venait de lui dire, mais il voulait un retour à la normale pour le reste du voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque fois qu&#039;il laissait tomber sa garde, la vision du matin lui revenait à l&#039;esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce matin-là, le ciel à l&#039;est se colorait d&#039;hyacinthe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était dans le demi-sommeil qui précède le réveil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une brume épaisse s&#039;était levée de l&#039;océan avant l&#039;aube, c&#039;était l&#039;heure la plus froide de la journée. Il frissonnait, et tira sa couverture jusqu&#039;au menton. Sentant sur son épaule une douce chaleur, il s&#039;inclina dans cette direction d&#039;un mouvement automatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça sentait bon, un parfum très pur. Il reprenait peu à peu conscience, mais il ne voulait pas sortir de la couverture. Il enfouit son visage dans cette chaleur. Ses neurones portèrent ce parfum jusqu&#039;à son cerveau, qui réagit de façon très naturelle, en envoyant à son sexe l&#039;ordre de se dresser.  Charles ouvrit lentement ses yeux ensommeillés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il s&#039;aperçut que la douce chaleur émanait des seins de Fana, qui dormait contre son bras gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;en croyant pas ses yeux, il s&#039;écarta brutalement et regarda une seconde fois le spectacle qui s&#039;offrait à lui. Dans son maillot de bain blanc, Fana dormait encore, paisiblement. Sa couverture avait glissé à côté d&#039;elle, et tous les deux avaient fini par partager la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne portait qu&#039;un sous-vêtement de coton !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait dormi peau contre peau avec la fiancée du prince impérial, et avait partagé la même couverture…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que... » bredouilla-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et en réponse Fana ouvrit les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux, à demi nus, se regardèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Fana s&#039;élargirent, et elle baissa le regard vers son sexe qui, continuant d&#039;obéir à l&#039;ordre du cerveau qu&#039;il avait reçu plus tôt,  s&#039;offrit avec une évidence criante à  sa vue pure et virginale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles l&#039;entendit très clairement s&#039;étrangler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les yeux couleur d&#039;argent revinrent à son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il vit devant lui s&#039;ouvrir toute grande la bouche de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être devrais-je mettre des bouchons d&#039;oreille, pensa-t-il distraitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles affronta stoïquement ce hurlement déchargé à bout portant, sans que pour autant son sexe se relâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;elle se fut calmée, il lui expliqua ce qui s&#039;était passé, que c&#039;était une réaction naturelle chez les hommes, et qu&#039;il ne pouvait vraiment pas l&#039;empêcher.  Il insista avec fermeté sur le fait que cela n&#039;avait rien à voir avec sa volonté. Fana à son tour lui présenta ses excuses pour son insouciance de la nuit précédente, et dans le silence gêné qui suivit, ils enfilèrent tous les deux leur combinaison de vol. Sans autre parole ils décollèrent pour la troisième étape de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils  dépassèrent le cumulonimbus et se retrouvèrent devant un stratocumulus, qui couvrait de son extrême largeur la plus grande partie de la perspective et empêchait de voir l&#039;océan. En outre, le ciel au-dessus était dégagé, si bien qu&#039;ils seraient très probablement aperçus par l&#039;ennemi s&#039;ils volaient plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après réflexion, Charles décida de descendre sous l&#039;épais nuage. Le pare-brise se couvrit de blanc, et peu de temps après  la surface sombre de l&#039;océan apparut devant eux..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 1.000 mètres d&#039;altitude, il corrigea le cap pour prendre la direction du nord-ouest. Après quelques heures, ils devraient voir la Grande Chute et feraient le point à ce moment-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nuage il pleuvait. L&#039;eau ruisselait sur le pare-brise, mais du fait de la rapidité de l&#039;appareil, les gouttelettes coulaient vers l&#039;arrière. La visibilité était mauvaise. Charles scrutait sans relâche le ciel devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils entraient dans des parages dangereux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au nord se trouvait Awashima, au sud Iyojima, ces deux îles étant de gigantesques bases aériennes d&#039;Amatsukami. Leurs avions pouvaient décoller en un rien de temps pour maintenir le blocus, et si le Santa Cruz était découvert, il serait pourchassé par d&#039;innombrables Shinden en provenance de ces deux bases. Et pour couronner le tout, les flottes envoyées en patrouille à la recherche de Fana seraient aussi alertées, les mettant en danger d&#039;être pris comme dans une toile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première priorité était donc de ne pas se faire apercevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils devaient oublier les événements du matin et se concentrer sur la tâche qui les attendait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait des trouées dans le stratocumulus qui les surplombait, à travers lesquelles on pouvait apercevoir de temps en temps  le ciel bleu au dessus, tout à fait normal jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus ils avançaient, plus le brouillard s&#039;épaississait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La visibilité à l&#039;avant comme à l&#039;arrière devint encore plus mauvaise. Charles ne voulait pas descendre plus bas, parce qu&#039;il ne pouvait pas voir la surface de l&#039;océan, et restait donc juste en dessous du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les pilotes, le talent, l&#039;expérience et l&#039;instinct sont tous les trois nécessaires à la survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rares sont les pilotes qui ont de façon innée un sens primitif inexplicable, la capacité de sentir les adversaires cachés et indétectables. De sentir la tension des aviateurs ennemis quand ils s&#039;efforcent de rester dissimulés, et l&#039;intention meurtrière qui émane d&#039;eux. Etre capable de les repérer, d&#039;agir le premier et de frapper plus vite était la marque des anciens as de l&#039;aviation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sentait une intention meurtrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa peau fourmillait sous l&#039;effet de cette sensation anormale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa main se crispa sur le manche, couverte de sueur. Il parcourut les environs du regard, mais ne vit rien. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, pourriez-vous  jeter un nouveau coup d&#039;oeil ? Quelque chose s&#039;approche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu… Humm.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne sais pas si cela vaut la peine de le signaler…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Signalez tout et n&#039;importe quoi. C&#039;est moi qui verrai…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Humm, la trouée dans les nuages était noire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai vu que le ciel était bleu à travers le nuage, mais la trouée que nous venons de dépasser était noire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles cessa de transpirer. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, c&#039;est l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un dirigeable ennemi vole au dessus du nuage ; c&#039;est la raison pour laquelle la trouée était noire !! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha brutalement le tube acoustique et regarda  le nuage derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le vit se fendre de haut en bas, comme si un harpon avait été jeté depuis les hauteurs célestes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers cette brèche, un torrent de soleil coula sur l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n&#039;était pas seulement derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout autour du Santa Cruz, en un cercle d&#039;un rayon d&#039;environ 4 km, le nuage se déchirait de place en place, la lumière dorée se déversant dans les flots à travers les ouvertures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On aurait dit un sublime tableau de maître, mais ce n&#039;était pas une légion d&#039;anges qui descendait sur les rayons du soleil. C&#039;étaient des êtres plus malveillants, plus humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bordel… ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles avait finalement compris ce qui se passait. Sans utiliser le tube acoustique, il cria à Fana : « Un vaisseau ennemi descend sur nous ! Il coupe à travers le nuage. Mademoiselle, baissez la tête ! Qu&#039;ils ne voient pas votre visage ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient été découverts depuis un bon moment. Ils avaient sans doute été repérés par le radar du navire ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur espace aérien se trouvait en plein milieu de la formation ennemie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;évidence, le message codé avait été déchiffré. L&#039;ennemi stationnait pour attendre le Santa Cruz. Tout autour de l&#039;appareil, des dirigeables qui arboraient l&#039;emblème des Amatsukami descendaient en éventrant le nuage. Les aéronefs, semblables à de gigantesques doryphores, réverbéraient la lumière du soleil, et leurs ventres gris clair renvoyaient des lueurs de cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aspect menaçant de leur coque d&#039;acier, le bruit sourd produit par le lourd métal fendant les airs donnaient l&#039;impression qu&#039;ils étaient d&#039;essence divine. C&#039;étaient les tout derniers croiseurs Amatsukami, les San&#039;un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, il y en avait huit qui qui encerclaient le Santa Cruz, volant à peu près à la même vitesse que lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux. Chaque croiseur ouvrit sous son ventre trois sabords pleins de malveillance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses cheveux châtain se dressèrent sur sa tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Des kuurai ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les huit vaisseaux  en tirèrent simultanément vingt-quatre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les missiles à percussion, profilés en ogives, fendirent la pluie en direction du Santa Cruz. Ils étaient propulsés chacun par une hélice fonctionnant avec une batterie à hydrogène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le nez de chaque kuurai se trouvait un capteur qui détectait la chaleur émanant des batteries à hydrogène. Ce capteur permettait au missile de pourchasser sa cible jusqu&#039;au contact, ou jusqu&#039;à l&#039;épuisement de sa propre batterie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;existait qu&#039;un seul moyen de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles poussa le manche aussi loin qu&#039;il le pouvait, et plongea vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne voyait rien à cause du brouillard, mais ce n&#039;était pas le moment de se plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son estomac accusait la vitesse de la descente, il gardait les yeux fixés sur l&#039;altimètre et l&#039;indicateur de vitesse, tentant de deviner le moment où il devrait redresser juste à temps pour éviter l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soudaineté de la chute faisait hurler le pare-brise avec stridence. L&#039;appareil craquait et gémissait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit Fana crier derrière lui : « Les missiles nous prennent en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Gardez la tête baissée! Je n&#039;ai plus besoin de vous au poste d&#039;observation ! » hurla-t-il en réponse, concentrant toute son attention sur ce qu&#039;il voyait devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la pluie, il distingua la surface argentée de l&#039;océan. Il jeta un rapide coup d&#039;oeil à l&#039;arrière. D&#039;innombrables missiles les poursuivaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu&#039;il eut confirmation de tous ces paramètres, il tira le manche de tout son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;hélice gémit quand le nez du Santa Cruz se releva, et comme s&#039;il prenait son élan pour se stabiliser, l&#039;avion bleu glissa sur l&#039;eau à toute vitesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers le pare-brise retentit un grondement de tonnerre. Pas qu&#039;une seule fois. Deux, trois, quatre fois, davantage encore, le bruit sourd d&#039;explosions sous-marines fit vibrer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, dix-huit kuurai se précipitèrent dans l&#039;océan, faisant jaillir des geysers d&#039;eau, dans l&#039;incapacité de suivre les mouvements du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les six missiles restants le pourchassaient encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles émit un claquement de langue. Les kuurai étaient plus rapides que son appareil. Il serait rattrapé s&#039;il continuait de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc… il ne lui restait plus qu&#039;une seule astuce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil au vaisseau qui volait à environ 500 mètres au-dessus de l&#039;océan,  et orienta l&#039;appareil dans sa direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il appuya sur le bouton de la commande des gaz. Le Santa Cruz accéléra. La batterie se déchargerait plus vite, mais cette énergie était nécessaire à leur survie maintenant. Il lui fallait assez de puissance et de rapidité pour arriver au même niveau que le navire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il put enfin relever le nez de l&#039;avion, il aperçut les nombreuses tourelles qui se dressaient sur le corps incurvé du vaisseau, et les innombrables canons antiaériens qu&#039;elles abritaient. Tous pointaient dans sa direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Immédiatement après, des feux d&#039;artifice s&#039;épanouirent autour du Santa Cruz qui s&#039;élevait dans les airs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les explosions n&#039;en finissaient pas, et Fana hurla de terreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la fumée, les six kuurai bien alignés continuaient à poursuivre le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant eux, le navire devenait de plus en plus grand.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tirs eux aussi se multipliaient. Le pare-brise était presque complètement obscurci par la fumée de la canonnade.  Avec difficulté Charles ne cessait de dévier sa course pour déjouer leur visée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le navire ennemi savait exactement ce qu&#039;il tentait de faire. C&#039;est pourquoi il ripostait en tirant   tout ce qu&#039;il avait. Deux kuurai explosèrent derrière le Santa Cruz. Comme c&#039;étaient des missiles à percussion, ils ne résistaient pas aux balles explosives. L&#039;ennemi tentait désespérément d&#039;abattre les missiles qui poursuivaient Charles, mais…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un bref murmure d&#039;excuse :« Je suis désolé. »  Il se faufila à côté du vaisseau et releva ensuite le nez de son appareil. Les quatre missiles restants, incapables de le suivre, plongèrent à la place dans la coque arrondie du dirigeable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une énorme explosion secoua l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les flammes engloutirent toute une région du ciel couleur d&#039;encre, que déchirèrent les stridences de l&#039;acier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dirigeable, se rompant en son milieu, crachait des hommes qui tombaient vers l&#039;océan glacial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit tout grands ses yeux d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;était pas un opéra ni une tragédie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce monde-ci, qui ne se trouvait pas de l&#039;autre côté du mur de verre, des dizaines, des centaines de gens étaient précipités dans les airs, le dos en flammes. Elle distinguait sur leur visage la douleur et la résignation. Plusieurs centaines de vies contenues dans le vaisseau étaient exterminées sans difficulté, avec une incroyable rapidité. Chacun de ces hommes avait eu sûrement une famille, des amis, une amoureuse, et des pensées, mais en un moment ils retournèrent au néant. C&#039;était la première fois que Fana voyait l&#039;horreur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette vision infernale disparut rapidement dans la blancheur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;était rué à l&#039;intérieur du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouttes d&#039;eau glissaient rapidement hors de vue. Le vent hurlait à travers le pare-brise. Soudain la lumière du soleil se déversa sur leurs sièges, et un bleu infini régna sur le monde au-dessus du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et… la flotte mobile avait pris position loin au-dessus du Santa Cruz, à une altitude d&#039;environ 5.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz qui avait traversé le nuage à toute vitesse semblait se précipiter tout droit sur elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux pour s&#039;assurer de sa composition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu, à en juger par sa taille, il y avait un porte-avions. Au sommet se trouvait une piste d&#039;envol en acier, dimensionnée pour 60-70 avions de combats, lance-missiles et bombardiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On disait que les Amatsukami possédaient au total sept porte-avions. Un de ces tigres au moins avait été chargé de fouiller le ciel pour retrouver Fana, ce qui en disait long sur la détermination de l&#039;ennemi pour empêcher le succès de la mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lourds croiseurs et deux contre-torpilleurs escortaient le porte-avions. Ayant repéré le Santa-Cruz, ils avaient déjà amorcé leur descente, leurs canons inférieurs prêts à tirer.&lt;br /&gt;
Serrant les lèvres, Charles longea le sommet du nuage. Il appuya une fois de plus sur la commande des gaz et accéléra. Le Santa Cruz taillada le nuage autour de lui en faisant jaillir des geysers de brouillard comme s&#039;il s&#039;agissait d&#039;un océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lourds croiseurs avaient commencé à tirer. Charles contrôlait sa machine par de petits mouvements, glissant sur le côté ou ralentissant pour déjouer les prévisions des artilleurs, et suivait toujours dans sa fuite le sommet du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tonnerre des canons emplissait le ciel. Des obus explosaient autour du Santa Cruz, criblant de trous le fuselage. Fana avait si peur qu&#039;elle ne faisait pas de bruit. De l&#039;autre côté du pare-brise, c&#039;était un enfer de feu et de fumée. Etendre le bras au-dehors aurait été serrer la main à la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je nous sortirai de là. Je vous en prie, faites-moi confiance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu du bruit des canons, Fana entendit la voix de Charles par le tube acoustique, de façon étonnamment claire. Sa voix était calme, mais déterminée. Fana fut incapable de répondre ; elle se contenta de hocher la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles regarda derrière lui, en diagonale sur la droite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 2.000 mètres de distance environ et à 2.000 mètres d&#039;altitude, le porte-avion ennemi surplombait le Santa Cruz et l&#039;observait en silence, sans tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non… Il ne se contentait pas de le surveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme des graines de pavot, une multitude d&#039;ombres décollaient de la piste d&#039;envol à son sommet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces ombres se répartirent en groupes de sept.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le voici. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que Charles redoutait le plus dans cette mission était arrivé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un tremblement le parcourut. Ces ombres avaient taillé en pièces la confiance qu&#039;il avait dans  sa survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pas besoin de combattre. Je dois me contenter de fuir », se dit-il à lui-même en mettant pleins gaz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quatorze appareils nous ont pris en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait dans le tube acoustique. L&#039;ennemi s&#039;était disposé en deux formations de sept appareils. Charles jeta un coup d&#039;oeil aux cadrans des jauges , puis à l&#039;espace aérien autour de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très loin devant, au nord, un groupe de cumulonimbus formaient comme un paravent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sommet se trouvait à environ 10.000 mètres d&#039;altitude. Une chaîne de montagnes d&#039;un blanc pur dans le ciel de l&#039;été. Leurs silhouettes immaculées se détachaient avec netteté sur le bleu de l&#039;arrière-plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais m&#039;enfuir là-bas, décida Charles en accélérant encore le moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, je n&#039;ai plus besoin que vous montiez la garde. Gardez la tête baissée, serrez votre ceinture, et cramponnez-vous à votre siège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- En… Entendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça va secouer. Ne parlez pas, sous peine de vous mordre la langue. Il va y avoir des changements de direction et des descentes brusques, donc mettez aussi des bouchons d&#039;oreille. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Après avoir reçu un signe d&#039;assentiment de la part de Fana, il accéléra encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aiguille de l&#039;indicateur de vitesse dépassa les 600 kmh. Comme ils approchaient de la vitesse maximum de l&#039;avion, l&#039;appareil était violemment secoué de tremblements incontrôlables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, en même temps qu&#039;un bruit menaçant d&#039;hélices, une ombre tomba sur le manche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des ombres cruciformes apparurent sur le nuage au-dessous d&#039;eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinq, six, sept – Charles avait beau faire tous ses efforts, les ombres le poursuivaient sans aucune difficulté, et leur nombre augmentait sans cesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il regarda vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatorze avions verrouillaient l&#039;espace aérien derrière le Santa-Cruz, avec calme et nonchalance, comme s&#039;ils se moquaient de ses tentatives pour leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un murmure indistinct : « Le  shinden ». C&#039;était le nom du roi des airs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quatorze contre un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur nombre mis à part, chacun pris individuellement lui était supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, il ne disposait que d&#039;une seule mitrailleuse à l&#039;arrière, mais même cette arme ne pouvait être maniée par Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le désespoir envahit son coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il l&#039;avait prévu, dès le départ. Il prit conscience de ses pensées et rejeta au loin sa couardise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reprenant le manche et respirant profondément, il s&#039;ordonna de se calmer. Paniquer signifiait mourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule arme qu&#039;il possédait pour se sortir de cette situation, c&#039;étaient ses talents de pilote. Et il le savait depuis le début.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l&#039;infériorité de son appareil, il était sûr d&#039;être meilleur. Qu&#039;il pouvait s&#039;échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ces mots prononcés pour lui-même, à voix inaudible, il se tut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son instinct lui murmurait que s&#039;il se contentait de voler comme il le faisait, il serait tué. La minute suivante, son pied droit avait appuyé sur la pédale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion, qui volait à grande vitesse, dérapa soudain sur le côté. Les balles explosives 20 mm tirées des ailes du Shinden transpercèrent le nuage en visant le Santa Cruz, soulevant des embruns de brouillard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne pouvait se reposer au prétexte qu&#039;il avait évité les premiers tirs. Les appareils alignés de part et d&#039;autre du premier chasseur allaient entrer dans la danse, pour lancer une deuxième puis une troisième salve sur leur proie quand elle aurait fini de glisser sur le côté. Charles le savait, si bien que lorsque le Santa Cruz eut fini son dérapage, il appuya sur la pédale de gauche  pour serpenter à travers le nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait réussi à survivre à la formation en triangle des Shinden. Mais ensuite venaient les quatre appareils de la formation en losange. Cette partie de l&#039;escadrille était entraînée pour anéantir l&#039;ennemi : ils intervenaient l&#039;un après l&#039;autre, en commençant par le leader, pour l&#039;arroser d&#039;un flot de balles ininterrompu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz ne pouvait voler droit même un seul instant. Remuant la queue et glissant à droite puis à gauche, il évitait les balles comme un serpent de mer nageant dans l&#039;air.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même si l&#039;ennemi était plus rapide, cette vitesse ne lui était pas d&#039;une grande utilité : en combat rapproché, les tirs ne peuvent atteindre leur but si les avions ne sont pas strictement alignés. Charles déplaçait son appareil chaque fois qu&#039;ils l&#039;étaient. Pour ses adversaires, c&#039;était comme s&#039;il avait des yeux derrière le tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était totalement concentré sur ses arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;instinct et l&#039;expérience qu&#039;il avait accumulée le guidaient pour se synchroniser au feu de l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien sûr, s&#039;il se trompait ne serait-ce qu&#039;une seule fois, le Santa-Cruz serait englouti dans les flammes, pour devenir le tombeau de la future impératrice. L&#039;échec était inenvisageable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant pris la mesure de l&#039;habileté de Charles, les trois avions de la formation en losange prirent position et firent feu en se déplaçant de gauche à droite, puis de droite à gauche. Au lieu de concentrer leur tir sur l&#039;hydravion, ils se contentaient de tirer droit devant eux, pour l&#039;enserrer dans un réseau de balles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bruit violent des balles 7 mm qui frappaient le fuselage résonna dans le cockpit. Il y avait de quoi paniquer. Fana gardait la tête baissée, tremblant d&#039;une peur incoercible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles jeta un coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière, sur les perforations qui marquaient les flancs du Santa-Cruz. Puis il vérifia sur le tableau de bord que le réservoir à hydrogène n&#039;avait pas été atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ennemi savait ce qu&#039;il allait faire. Charles ne pouvait plus combattre à la surface du nuage. Il lança un regard déterminé vers la chaîne des cumulonimbus qui se dressaient au nord comme des montagnes, appuya légèrement sur les pédales, et poussa le manche à fond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;inclina en avant et plongea dans le stratocumulus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un nuage épais, et Charles ignorait s&#039;il s&#039;étendait jusqu&#039;à la surface de l&#039;eau . Se fiant totalement à l&#039;altimètre, il gardait le manche poussé à fond, et déboucha de l&#039;autre côté du nuage à une altitude approximative de 500 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ramenant le manche vers lui, il mit cap au nord en gardant une altitude de 200 mètres, en restant parallèle à la surface de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En-dessous de lui, il voyait les flots sombres battus de pluie. Derrière, il aperçut sept contre-torpilleurs qui se dirigeaient droit vers lui, mais sans ouvrir le feu. Ils ne voulaient pas toucher leurs propres avions, et attendaient probablement, de toutes façons, que les Shinden règlent la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un temps de retard, quatre Shinden percèrent le nuage et après une légère mise au point, pointèrent leurs mitrailleuses sur le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait seul le chasseur de tête s&#039;était avancé plus près. L&#039;armée interdit le vol rapproché dans le brouillard, à cause du risque de collision. Les autres appareils de l&#039;escadrille se trouvaient sans doute au-dessus du nuage ; Charles ne les voyait nulle part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il porta son regard vers l&#039;avant. Il était difficile d&#039;apercevoir le cumulonimbus à cause de la pluie.  Charles orienta l&#039;avion dans la direction où il volait avant de plonger dans le nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des balles zébrèrent de lignes rouges le ciel devant lui. Les quatre Shinden qui le poursuivaient avaient commencé à tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais désormais Charles avait jaugé l&#039;habileté des pilotes ennemis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils n&#039;étaient pas très bons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entrevoyait une lueur d&#039;espoir. Même si son appareil était inférieur aux leurs, il était , lui, beaucoup plus habile. Il était possible de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul avantage que le Santa Cruz possédait et que n&#039;avaient pas les Shinden était de pouvoir se ravitailler en carburant à la surface de l&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Shinden, monoplaces d&#039;interception, liaient la vie du pilote à la réserve d&#039;énergie de leur appareil. S&#039;ils poursuivaient un ennemi trop loin et sortaient de la zone radio du porte-avion, ils pouvaient périr, dans l&#039;incapacité de retourner en lieu sûr. Les Shinden étaient obligés de toujours rester à portée de vue de leur vaisseau mère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles, qui pilotait le Santa Cruz, se sentait ainsi beaucoup plus calme en envisageant ce simple point. Même si le combat durait longtemps, il lui suffisait de se poser et de faire le plein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne poursuivrait qu&#039;un seul objectif : échapper au feu des mitrailleuses et s&#039;éloigner le plus possible du porte-avions, pour sortir de sa zone radio, de telle sorte que les pilotes des Shinden craignent de tomber en panne.&lt;br /&gt;
Si l&#039;ennemi commençait à se préoccuper de ses réserves d&#039;énergie, repliait ses ailes et faisait demi-tour, Charles gagnerait. En fait, c&#039;était son seul moyen de gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lança un coup d&#039;oeil derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(A suivre)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_6&amp;diff=500684</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 6</title>
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		<updated>2016-09-03T20:16:29Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre 6&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l&#039;autre côté du pare-brise, au-delà du nez de l&#039;appareil, les blancs cumulonimbus se détachaient en un net contraste sur le ciel bleu. On aurait dit une carte postale, mais Charles, agrippé au manche, avait l&#039;air mécontent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à l&#039;altimètre. Ils étaient actuellement à 4.500 mètres. La hauteur du cumulonimbus qui leur faisait obstacle était au moins de 10.000 mètres. Heureusement, il n&#039;y en avait qu&#039;un, si bien qu&#039;il décida de le contourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour la première fois depuis qu&#039;ils avaient décollé ce matin-là, Charles décrocha le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;avait pas du tout parlé à Fana depuis ce réveil des plus choquants. Il ressentait le besoin de le faire, même s&#039;il devait se forcer. Il ferma les yeux, tentant de se calmer, puis il ouvrit la bouche, s&#039;ordonnant à lui-même de parler normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle…. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ses mots trébuchaient malgré lui. Il se mordit la lèvre. Il faisait un effort pour parler de façon naturelle, quand la voix de Fana lui parvint à travers le métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que… Que se passe-t-il ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait elle aussi. Il n&#039;était pas surprenant qu&#039;elle ressente la même chose. Charles tenta de faire comme si rien ne s&#039;était passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh… Un cumulonimbus nous barre la route. Je vais donc changer légèrement de cap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. On dirait un nuage d&#039;orage, je ne veux pas plonger à l&#039;intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh. Effrayant. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parlait de façon embarrassée, en choisissant ses mots, mais il savait qu&#039;elle faisait de son mieux pour que sa voix paraisse normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Une fois que nous aurons dépassé ce nuage, je m&#039;attends à voir des avions ennemis. Comme la dernière fois, je vous confie nos arrières, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut la fin de cette conversation pleine de gêne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha le tube acoustique et soupira. Le fardeau qui pesait sur ses épaules depuis le matin s&#039;était un peu allégé grâce à cet échange – peut-être. Il n&#039;était pas vraiment  nécessaire qu&#039;il dise à Fana ce qu&#039;il venait de lui dire, mais il voulait un retour à la normale pour le reste du voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque fois qu&#039;il laissait tomber sa garde, la vision du matin lui revenait à l&#039;esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce matin-là, le ciel à l&#039;est se colorait d&#039;hyacinthe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était dans le demi-sommeil qui précède le réveil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une brume épaisse s&#039;était levée de l&#039;océan avant l&#039;aube, c&#039;était l&#039;heure la plus froide de la journée. Il frissonnait, et tira sa couverture jusqu&#039;au menton. Sentant sur son épaule une douce chaleur, il s&#039;inclina dans cette direction d&#039;un mouvement automatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça sentait bon, un parfum très pur. Il reprenait peu à peu conscience, mais il ne voulait pas sortir de la couverture. Il enfouit son visage dans cette chaleur. Ses neurones portèrent ce parfum jusqu&#039;à son cerveau, qui réagit de façon très naturelle, en envoyant à son sexe l&#039;ordre de se dresser.  Charles ouvrit lentement ses yeux ensommeillés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il s&#039;aperçut que la douce chaleur émanait des seins de Fana, qui dormait contre son bras gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;en croyant pas ses yeux, il s&#039;écarta brutalement et regarda une seconde fois le spectacle qui s&#039;offrait à lui. Dans son maillot de bain blanc, Fana dormait encore, paisiblement. Sa couverture avait glissé à côté d&#039;elle, et tous les deux avaient fini par partager la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne portait qu&#039;un sous-vêtement de coton !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait dormi peau contre peau avec la fiancée du prince impérial, et avait partagé la même couverture…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que... » bredouilla-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et en réponse Fana ouvrit les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux, à demi nus, se regardèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Fana s&#039;élargirent, et elle baissa le regard vers son sexe qui, continuant d&#039;obéir à l&#039;ordre du cerveau qu&#039;il avait reçu plus tôt,  s&#039;offrit avec une évidence criante à  sa vue pure et virginale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles l&#039;entendit très clairement s&#039;étrangler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les yeux couleur d&#039;argent revinrent à son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il vit devant lui s&#039;ouvrir toute grande la bouche de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être devrais-je mettre des bouchons d&#039;oreille, pensa-t-il distraitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles affronta stoïquement ce hurlement déchargé à bout portant, sans que pour autant son sexe se relâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;elle se fut calmée, il lui expliqua ce qui s&#039;était passé, que c&#039;était une réaction naturelle chez les hommes, et qu&#039;il ne pouvait vraiment pas l&#039;empêcher.  Il insista avec fermeté sur le fait que cela n&#039;avait rien à voir avec sa volonté. Fana à son tour lui présenta ses excuses pour son insouciance de la nuit précédente, et dans le silence gêné qui suivit, ils enfilèrent tous les deux leur combinaison de vol. Sans autre parole ils décollèrent pour la troisième étape de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils  dépassèrent le cumulonimbus et se retrouvèrent devant un stratocumulus, qui couvrait de son extrême largeur la plus grande partie de la perspective et empêchait de voir l&#039;océan. En outre, le ciel au-dessus était dégagé, si bien qu&#039;ils seraient très probablement aperçus par l&#039;ennemi s&#039;ils volaient plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après réflexion, Charles décida de descendre sous l&#039;épais nuage. Le pare-brise se couvrit de blanc, et peu de temps après  la surface sombre de l&#039;océan apparut devant eux..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 1.000 mètres d&#039;altitude, il corrigea le cap pour prendre la direction du nord-ouest. Après quelques heures, ils devraient voir la Grande Chute et feraient le point à ce moment-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nuage il pleuvait. L&#039;eau ruisselait sur le pare-brise, mais du fait de la rapidité de l&#039;appareil, les gouttelettes coulaient vers l&#039;arrière. La visibilité était mauvaise. Charles scrutait sans relâche le ciel devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils entraient dans des parages dangereux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au nord se trouvait Awashima, au sud Iyojima, ces deux îles étant de gigantesques bases aériennes d&#039;Amatsukami. Leurs avions pouvaient décoller en un rien de temps pour maintenir le blocus, et si le Santa Cruz était découvert, il serait pourchassé par d&#039;innombrables Shinden en provenance de ces deux bases. Et pour couronner le tout, les flottes envoyées en patrouille à la recherche de Fana seraient aussi alertées, les mettant en danger d&#039;être pris comme dans une toile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première priorité était donc de ne pas se faire apercevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils devaient oublier les événements du matin et se concentrer sur la tâche qui les attendait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait des trouées dans le stratocumulus qui les surplombait, à travers lesquelles on pouvait apercevoir de temps en temps  le ciel bleu au dessus, tout à fait normal jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus ils avançaient, plus le brouillard s&#039;épaississait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La visibilité à l&#039;avant comme à l&#039;arrière devint encore plus mauvaise. Charles ne voulait pas descendre plus bas, parce qu&#039;il ne pouvait pas voir la surface de l&#039;océan, et restait donc juste en dessous du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les pilotes, le talent, l&#039;expérience et l&#039;instinct sont tous les trois nécessaires à la survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rares sont les pilotes qui ont de façon innée un sens primitif inexplicable, la capacité de sentir les adversaires cachés et indétectables. De sentir la tension des aviateurs ennemis quand ils s&#039;efforcent de rester dissimulés, et l&#039;intention meurtrière qui émane d&#039;eux. Etre capable de les repérer, d&#039;agir le premier et de frapper plus vite était la marque des anciens as de l&#039;aviation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sentait une intention meurtrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa peau fourmillait sous l&#039;effet de cette sensation anormale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa main se crispa sur le manche, couverte de sueur. Il parcourut les environs du regard, mais ne vit rien. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, pourriez-vous  jeter un nouveau coup d&#039;oeil ? Quelque chose s&#039;approche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu… Humm.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne sais pas si cela vaut la peine de le signaler…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Signalez tout et n&#039;importe quoi. C&#039;est moi qui verrai…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Humm, la trouée dans les nuages était noire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai vu que le ciel était bleu à travers le nuage, mais la trouée que nous venons de dépasser était noire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles cessa de transpirer. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, c&#039;est l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un dirigeable ennemi vole au dessus du nuage ; c&#039;est la raison pour laquelle la trouée était noire !! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha brutalement le tube acoustique et regarda  le nuage derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le vit se fendre de haut en bas, comme si un harpon avait été jeté depuis les hauteurs célestes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers cette brèche, un torrent de soleil coula sur l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n&#039;était pas seulement derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout autour du Santa Cruz, en un cercle d&#039;un rayon d&#039;environ 4 km, le nuage se déchirait de place en place, la lumière dorée se déversant dans les flots à travers les ouvertures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On aurait dit un sublime tableau de maître, mais ce n&#039;était pas une légion d&#039;anges qui descendait sur les rayons du soleil. C&#039;étaient des êtres plus malveillants, plus humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bordel… ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles avait finalement compris ce qui se passait. Sans utiliser le tube acoustique, il cria à Fana : « Un vaisseau ennemi descend sur nous ! Il coupe à travers le nuage. Mademoiselle, baissez la tête ! Qu&#039;ils ne voient pas votre visage ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient été découverts depuis un bon moment. Ils avaient sans doute été repérés par le radar du navire ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur espace aérien se trouvait en plein milieu de la formation ennemie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;évidence, le message codé avait été déchiffré. L&#039;ennemi stationnait pour attendre le Santa Cruz. Tout autour de l&#039;appareil, des dirigeables qui arboraient l&#039;emblème des Amatsukami descendaient en éventrant le nuage. Les aéronefs, semblables à de gigantesques doryphores, réverbéraient la lumière du soleil, et leurs ventres gris clair renvoyaient des lueurs de cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aspect menaçant de leur coque d&#039;acier, le bruit sourd produit par le lourd métal fendant les airs donnaient l&#039;impression qu&#039;ils étaient d&#039;essence divine. C&#039;étaient les tout derniers croiseurs Amatsukami, les San&#039;un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, il y en avait huit qui qui encerclaient le Santa Cruz, volant à peu près à la même vitesse que lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux. Chaque croiseur ouvrit sous son ventre trois sabords pleins de malveillance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses cheveux châtain se dressèrent sur sa tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Des kuurai ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les huit vaisseaux  en tirèrent simultanément vingt-quatre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les missiles à percussion, profilés en ogives, fendirent la pluie en direction du Santa Cruz. Ils étaient propulsés chacun par une hélice fonctionnant avec une batterie à hydrogène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le nez de chaque kuurai se trouvait un capteur qui détectait la chaleur émanant des batteries à hydrogène. Ce capteur permettait au missile de pourchasser sa cible jusqu&#039;au contact, ou jusqu&#039;à l&#039;épuisement de sa propre batterie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;existait qu&#039;un seul moyen de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles poussa le manche aussi loin qu&#039;il le pouvait, et plongea vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne voyait rien à cause du brouillard, mais ce n&#039;était pas le moment de se plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son estomac accusait la vitesse de la descente, il gardait les yeux fixés sur l&#039;altimètre et l&#039;indicateur de vitesse, tentant de deviner le moment où il devrait redresser juste à temps pour éviter l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soudaineté de la chute faisait hurler le pare-brise avec stridence. L&#039;appareil craquait et gémissait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit Fana crier derrière lui : « Les missiles nous prennent en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Gardez la tête baissée! Je n&#039;ai plus besoin de vous au poste d&#039;observation ! » hurla-t-il en réponse, concentrant toute son attention sur ce qu&#039;il voyait devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la pluie, il distingua la surface argentée de l&#039;océan. Il jeta un rapide coup d&#039;oeil à l&#039;arrière. D&#039;innombrables missiles les poursuivaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu&#039;il eut confirmation de tous ces paramètres, il tira le manche de tout son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;hélice gémit quand le nez du Santa Cruz se releva, et comme s&#039;il prenait son élan pour se stabiliser, l&#039;avion bleu glissa sur l&#039;eau à toute vitesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers le pare-brise retentit un grondement de tonnerre. Pas qu&#039;une seule fois. Deux, trois, quatre fois, davantage encore, le bruit sourd d&#039;explosions sous-marines fit vibrer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, dix-huit kuurai se précipitèrent dans l&#039;océan, faisant jaillir des geysers d&#039;eau, dans l&#039;incapacité de suivre les mouvements du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les six missiles restants le pourchassaient encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles émit un claquement de langue. Les kuurai étaient plus rapides que son appareil. Il serait rattrapé s&#039;il continuait de la même façon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc… il ne lui restait plus qu&#039;une seule astuce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil au vaisseau qui volait à environ 500 mètres au-dessus de l&#039;océan,  et orienta l&#039;appareil dans sa direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il appuya sur le bouton de la commande des gaz. Le Santa Cruz accéléra. La batterie se déchargerait plus vite, mais cette énergie était nécessaire à leur survie maintenant. Il lui fallait assez de puissance et de rapidité pour arriver au même niveau que le navire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il put enfin relever le nez de l&#039;avion, il aperçut les nombreuses tourelles qui se dressaient sur le corps incurvé du vaisseau, et les innombrables canons antiaériens qu&#039;elles abritaient. Tous pointaient dans sa direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Immédiatement après, des feux d&#039;artifice s&#039;épanouirent autour du Santa Cruz qui s&#039;élevait dans les airs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les explosions n&#039;en finissaient pas, et Fana hurla de terreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la fumée, les six kuurai bien alignés continuaient à poursuivre le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant eux, le navire devenait de plus en plus grand.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tirs eux aussi se multipliaient. Le pare-brise était presque complètement obscurci par la fumée de la canonnade.  Avec difficulté Charles ne cessait de dévier sa course pour déjouer leur visée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le navire ennemi savait exactement ce qu&#039;il tentait de faire. C&#039;est pourquoi il ripostait en tirant   tout ce qu&#039;il avait. Deux kuurai explosèrent derrière le Santa Cruz. Comme c&#039;étaient des missiles à percussion, ils ne résistaient pas aux balles explosives. L&#039;ennemi tentait désespérément d&#039;abattre les missiles qui poursuivaient Charles, mais…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un bref murmure d&#039;excuse :« Je suis désolé. »  Il se faufila à côté du vaisseau et releva ensuite le nez de son appareil. Les quatre missiles restants, incapables de le suivre, plongèrent à la place dans la coque arrondie du dirigeable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une énorme explosion secoua l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les flammes engloutirent toute une région du ciel couleur d&#039;encre, que déchirèrent les stridences de l&#039;acier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dirigeable, se rompant en son milieu, crachait des hommes qui tombaient vers l&#039;océan glacial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit tout grands ses yeux d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n&#039;était pas un opéra ni une tragédie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce monde-ci, qui ne se trouvait pas de l&#039;autre côté du mur de verre, des dizaines, des centaines de gens étaient précipités dans les airs, le dos en flammes. Elle distinguait sur leur visage la douleur et la résignation. Plusieurs centaines de vies contenues dans le vaisseau étaient exterminées sans difficulté, avec une incroyable rapidité. Chacun de ces hommes avait eu sûrement une famille, des amis, une amoureuse, et des pensées, mais en un moment ils retournèrent au néant. C&#039;était la première fois que Fana voyait l&#039;horreur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette vision infernale disparut rapidement dans la blancheur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;était rué à l&#039;intérieur du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gouttes d&#039;eau glissaient rapidement hors de vue. Le vent hurlait à travers le pare-brise. Soudain la lumière du soleil se déversa sur leurs sièges, et un bleu infini régna sur le monde au-dessus du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et… la flotte mobile avait pris position loin au-dessus du Santa Cruz, à une altitude d&#039;environ 5.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz qui avait traversé le nuage à toute vitesse semblait se précipiter tout droit sur elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux pour s&#039;assurer de sa composition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu, à en juger par sa taille, il y avait un porte-avions. Au sommet se trouvait une piste d&#039;envol en acier, dimensionnée pour 60-70 avions de combats, lance-missiles et bombardiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On disait que les Amatsukami possédaient au total sept porte-avions. Un de ces tigres au moins avait été chargé de fouiller le ciel pour retrouver Fana, ce qui en disait long sur la détermination de l&#039;ennemi pour empêcher le succès de la mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lourds croiseurs et deux contre-torpilleurs escortaient le porte-avions. Ayant repéré le Santa-Cruz, ils avaient déjà amorcé leur descente, leurs canons inférieurs prêts à tirer.&lt;br /&gt;
Serrant les lèvres, Charles longea le sommet du nuage. Il appuya une fois de plus sur la commande des gaz et accéléra. Le Santa Cruz taillada le nuage autour de lui en faisant jaillir des geysers de brouillard comme s&#039;il s&#039;agissait d&#039;un océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lourds croiseurs avaient commencé à tirer. Charles contrôlait sa machine par de petits mouvements, glissant sur le côté ou ralentissant pour déjouer les prévisions des artilleurs, et suivait toujours dans sa fuite le sommet du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tonnerre des canons emplissait le ciel. Des obus explosaient autour du Santa Cruz, criblant de trous le fuselage. Fana avait si peur qu&#039;elle ne faisait pas de bruit. De l&#039;autre côté du pare-brise, c&#039;était un enfer de feu et de fumée. Etendre le bras au-dehors aurait été serrer la main à la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je nous sortirai de là. Je vous en prie, faites-moi confiance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu du bruit des canons, Fana entendit la voix de Charles par le tube acoustique, de façon étonnamment claire. Sa voix était calme, mais déterminée. Fana fut incapable de répondre ; elle se contenta de hocher la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles regarda derrière lui, en diagonale sur la droite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 2.000 mètres de distance environ et à 2.000 mètres d&#039;altitude, le porte-avion ennemi surplombait le Santa Cruz et l&#039;observait en silence, sans tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non… Il ne se contentait pas de le surveiller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme des graines de pavot, une multitude d&#039;ombres décollaient de la piste d&#039;envol à son sommet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces ombres se répartirent en groupes de sept.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le voici. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que Charles redoutait le plus dans cette mission était arrivé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un tremblement le parcourut. Ces ombres avaient taillé en pièces la confiance qu&#039;il avait dans  sa survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pas besoin de combattre. Je dois me contenter de fuir », se dit-il à lui-même en mettant pleins gaz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quatorze appareils nous ont pris en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait dans le tube acoustique. L&#039;ennemi s&#039;était disposé en deux formations de sept appareils. Charles jeta un coup d&#039;oeil aux cadrans des jauges , puis à l&#039;espace aérien autour de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très loin devant, au nord, un groupe de cumulonimbus formaient comme un paravent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur sommet se trouvait à environ 10.000 mètres d&#039;altitude. Une chaîne de montagnes d&#039;un blanc pur dans le ciel de l&#039;été. Leurs silhouettes immaculées se détachaient avec netteté sur le bleu de l&#039;arrière-plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais m&#039;enfuir là-bas, décida Charles en accélérant encore le moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, je n&#039;ai plus besoin que vous montiez la garde. Gardez la tête baissée, serrez votre ceinture, et cramponnez-vous à votre siège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- En… Entendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça va secouer. Ne parlez pas, sous peine de vous mordre la langue. Il va y avoir des changements de direction et des descentes brusques, donc mettez aussi des bouchons d&#039;oreille. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Après avoir reçu un signe d&#039;assentiment de la part de Fana, il accéléra encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aiguille de l&#039;indicateur de vitesse dépassa les 600 kmh. Comme ils approchaient de la vitesse maximum de l&#039;avion, l&#039;appareil était violemment secoué de tremblements incontrôlables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, en même temps qu&#039;un bruit menaçant d&#039;hélices, une ombre tomba sur le manche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des ombres cruciformes apparurent sur le nuage au-dessous d&#039;eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinq, six, sept – Charles avait beau faire tous ses efforts, les ombres le poursuivaient sans aucune difficulté, et leur nombre augmentait sans cesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il regarda vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatorze avions verrouillaient l&#039;espace aérien derrière le Santa-Cruz, avec calme et nonchalance, comme s&#039;ils se moquaient de ses tentatives pour leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles eut un murmure indistinct : « Le  shinden ». C&#039;était le nom du roi des airs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quatorze contre un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur nombre mis à part, chacun pris individuellement lui était supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, il ne disposait que d&#039;une seule mitrailleuse à l&#039;arrière, mais même cette arme ne pouvait être maniée par Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le désespoir envahit son coeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il l&#039;avait prévu, dès le départ. Il prit conscience de ses pensées et rejeta au loin sa couardise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Reprenant le manche et respirant profondément, il s&#039;ordonna de se calmer. Paniquer signifiait mourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule arme qu&#039;il possédait pour se sortir de cette situation, c&#039;étaient ses talents de pilote. Et il le savait depuis le début.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l&#039;infériorité de son appareil, il était sûr d&#039;être meilleur. Qu&#039;il pouvait s&#039;échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ces mots prononcés pour lui-même, à voix inaudible, il se tut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son instinct lui murmurait que s&#039;il se contentait de voler comme il le faisait, il serait tué. La minute suivante, son pied droit avait appuyé sur la pédale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion, qui volait à grande vitesse, dérapa soudain sur le côté. Les balles explosives 20 mm tirées des ailes du Shinden transpercèrent le nuage en visant le Santa Cruz, soulevant des embruns de brouillard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles ne pouvait se reposer au prétexte qu&#039;il avait évité les premiers tirs. Les appareils alignés de part et d&#039;autre du premier chasseur allaient entrer dans la danse, pour lancer une deuxième puis une troisième salve sur leur proie quand elle aurait fini de glisser sur le côté. Charles le savait, si bien que lorsque le Santa Cruz eut fini son dérapage, il appuya sur la pédale de gauche  pour serpenter à travers le nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait réussi à survivre à la formation en triangle des Shinden. Mais ensuite venaient les quatre appareils de la formation en losange. Cette partie de l&#039;escadrille était entraînée pour anéantir l&#039;ennemi : ils intervenaient l&#039;un après l&#039;autre, en commençant par le leader, pour l&#039;arroser d&#039;un flot de balles ininterrompu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz ne pouvait voler droit même un seul instant. Remuant la queue et glissant à droite puis à gauche, il évitait les balles comme un serpent de mer nageant dans l&#039;air.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Même si l&#039;ennemi était plus rapide, cette vitesse ne lui était pas d&#039;une grande utilité : en combat rapproché, les tirs ne peuvent atteindre leur but si les avions ne sont pas strictement alignés. Charles déplaçait son appareil chaque fois qu&#039;ils l&#039;étaient. Pour ses adversaires, c&#039;était comme s&#039;il avait des yeux derrière le tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était totalement concentré sur ses arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;instinct et l&#039;expérience qu&#039;il avait accumulée le guidaient pour se synchroniser au feu de l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien sûr, s&#039;il se trompait ne serait-ce qu&#039;une seule fois, le Santa-Cruz serait englouti dans les flammes, pour devenir le tombeau de la future impératrice. L&#039;échec était inenvisageable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant pris la mesure de l&#039;habileté de Charles, les trois avions de la formation en losange prirent position et firent feu en se déplaçant de gauche à droite, puis de droite à gauche. Au lieu de concentrer leur tir sur l&#039;hydravion, ils se contentaient de tirer droit devant eux, pour l&#039;enserrer dans un réseau de balles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bruit violent des balles 7 mm qui frappaient le fuselage résonna dans le cockpit. Il y avait de quoi paniquer. Fana gardait la tête baissée, tremblant d&#039;une peur incoercible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles jeta un coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière, sur les perforations qui marquaient les flancs du Santa-Cruz. Puis il vérifia sur le tableau de bord que le réservoir à hydrogène n&#039;avait pas été atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;ennemi savait ce qu&#039;il allait faire. Charles ne pouvait plus combattre à la surface du nuage. Il lança un regard déterminé vers la chaîne des cumulonimbus qui se dressaient au nord comme des montagnes, appuya légèrement sur les pédales, et poussa le manche à fond.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Santa Cruz s&#039;inclina en avant et plongea dans le stratocumulus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était un nuage épais, et Charles ignorait s&#039;il s&#039;étendait jusqu&#039;à la surface de l&#039;eau . Se fiant totalement à l&#039;altimètre, il gardait le manche poussé à fond, et déboucha de l&#039;autre côté du nuage à une altitude approximative de 500 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ramenant le manche vers lui, il mit cap au nord en gardant une altitude de 200 mètres, en restant parallèle à la surface de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En-dessous de lui, il voyait les flots sombres battus de pluie. Derrière, il aperçut sept contre-torpilleurs qui se dirigeaient droit vers lui, mais sans ouvrir le feu. Ils ne voulaient pas toucher leurs propres avions, et attendaient probablement, de toutes façons, que les Shinden règlent la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un temps de retard, quatre Shinden percèrent le nuage et après une légère mise au point, pointèrent leurs mitrailleuses sur le Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait seul le chasseur de tête s&#039;était avancé plus près. L&#039;armée interdit le vol rapproché dans le brouillard, à cause du risque de collision. Les autres appareils de l&#039;escadrille se trouvaient sans doute au-dessus du nuage ; Charles ne les voyait nulle part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il porta son regard vers l&#039;avant. Il était difficile d&#039;apercevoir le cumulonimbus à cause de la pluie.  Charles orienta l&#039;avion dans la direction où il volait avant de plonger dans le nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des balles zébrèrent de lignes rouges le ciel devant lui. Les quatre Shinden qui le poursuivaient avaient commencé à tirer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais désormais Charles avait jaugé l&#039;habileté des pilotes ennemis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils n&#039;étaient pas très bons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entrevoyait une lueur d&#039;espoir. Même si son appareil était inférieur aux leurs, il était , lui, beaucoup plus habile. Il était possible de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul avantage que le Santa Cruz possédait et que n&#039;avaient pas les Shinden était de pouvoir se ravitailler en carburant à la surface de l&#039;eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Shinden, monoplaces d&#039;interception, liaient la vie du pilote à la réserve d&#039;énergie de leur appareil. S&#039;ils poursuivaient un ennemi trop loin et sortaient de la zone radio du porte-avion, ils pouvaient périr, dans l&#039;incapacité de retourner en lieu sûr. Les Shinden étaient obligés de toujours rester à portée de vue de leur vaisseau mère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles, qui pilotait le Santa Cruz, se sentait ainsi beaucoup plus calme en envisageant ce simple point. Même si le combat durait longtemps, il lui suffisait de se poser et de faire le plein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne poursuivrait qu&#039;un seul objectif : échapper au feu des mitrailleuses et s&#039;éloigner le plus possible du porte-avions, pour sortir de sa zone radio, de telle sorte que les pilotes des Shinden craignent de tomber en panne.&lt;br /&gt;
Si l&#039;ennemi commençait à se préoccuper de ses réserves d&#039;énergie, repliait ses ailes et faisait demi-tour, Charles gagnerait. En fait, c&#039;était son seul moyen de gagner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il lança un coup d&#039;oeil derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(A suivre)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500271</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500271"/>
		<updated>2016-08-27T08:27:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;(traduit de la version américaine sur https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=Remembrances_for_a_certain_pilot)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans maintenance, on court le risque que la batterie à hydrogène tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500270</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
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		<updated>2016-08-27T07:53:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;(traduit de la version américaine sur https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=Remembrances_for_a_certain_pilot)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie à hydrogène tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500269</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500269"/>
		<updated>2016-08-27T07:44:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;(traduit de la version américaine sur https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=Remembrances_for_a_certain_pilot)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau amiral, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie à hydrogène tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_6&amp;diff=500268</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 6</title>
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		<updated>2016-08-27T07:41:23Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre 6&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l&#039;autre côté du pare-brise, au-delà du nez de l&#039;appareil, les blancs cumulonimbus se détachaient en un net contraste sur le ciel bleu. On aurait dit une carte postale, mais Charles, agrippé au manche, avait l&#039;air mécontent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à l&#039;altimètre. Ils étaient actuellement à 4.500 mètres. La hauteur du cumulonimbus qui leur faisait obstacle était au moins de 10.000 mètres. Heureusement, il n&#039;y en avait qu&#039;un, si bien qu&#039;il décida de le contourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour la première fois depuis qu&#039;ils avaient décollé ce matin-là, Charles décrocha le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;avait pas du tout parlé à Fana depuis ce réveil des plus choquants. Il ressentait le besoin de lui parler, même s&#039;il devait se forcer. Il ferma les yeux, tentant de se calmer, puis il ouvrit la bouche, s&#039;ordonnant à lui-même de parler normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle…. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ses mots trébuchaient malgré lui. Il se mordit la lèvre. Il faisait un effort pour parler de façon naturelle, quand la voix de Fana lui parvint à travers le métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que… Que se passe-t-il ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait elle aussi. Il n&#039;était pas surprenant qu&#039;elle ressente la même chose. Charles tenta de faire comme si rien ne s&#039;était passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh… Un cumulonimbus nous barre la route. Je vais donc changer légèrement de cap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. On dirait un nuage d&#039;orage, je ne veux pas plonger à l&#039;intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh. Effrayant. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parlait de façon embarrassée, en choisissant ses mots, mais il savait qu&#039;elle faisait de son mieux pour que sa voix paraisse normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Une fois que nous aurons dépassé ce nuage, je m&#039;attends à voir des avions ennemis. Comme la dernière fois, je vous confie nos arrières, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut la fin de cette conversation pleine de gêne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha le tube acoustique et soupira. Le fardeau qui pesait sur ses épaules depuis le matin s&#039;était un peu allégé grâce à cet échange – peut-être. Il n&#039;était pas vraiment  nécessaire qu&#039;il dise à Fana ce qu&#039;il venait de lui dire, mais il voulait un retour à la normale pour le reste du voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque fois qu&#039;il laissait tomber sa garde, la vision du matin lui revenait à l&#039;esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce matin-là, le ciel à l&#039;est se colorait d&#039;hyacinthe.&lt;br /&gt;
Charles était dans le demi-sommeil qui précède le réveil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une brume épaisse s&#039;était levée de l&#039;océan avant l&#039;aube, c&#039;était l&#039;heure la plus froide de la journée. Il frissonnait, et tira sa couverture jusqu&#039;au menton. Sentant sur son épaule une douce chaleur, il s&#039;inclina dans cette direction d&#039;un mouvement automatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça sentait bon, un parfum très pur. Il reprenait peu à peu conscience, mais il ne voulait pas sortir de la couverture. Il enfouit son visage dans cette chaleur. Ses neurones portèrent ce parfum jusqu&#039;à son cerveau, qui réagit de façon très naturelle, en envoyant à son sexe l&#039;ordre de se dresser.  Charles ouvrit lentement ses yeux ensommeillés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il s&#039;aperçut que la douce chaleur venait des seins de Fana, qui dormait contre son bras gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;en croyant pas ses yeux, il s&#039;écarta brutalement et regarda une seconde fois le spectacle qui s&#039;offrait à lui. Dans son maillot de bain blanc, Fana dormait encore, paisiblement. Sa couverture avait glissé à côté d&#039;elle, et tous les deux avaient fini par partager la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne portait qu&#039;un sous-vêtement de coton !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait dormi peau contre peau avec la fiancée du prince impérial, et avait partagé la même couverture…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que... » bredouilla-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et en réponse Fana ouvrit les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux, à demi nus, se regardèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Fana s&#039;élargirent, et elle baissa le regard vers son sexe qui, continuant d&#039;obéir à l&#039;ordre du cerveau qu&#039;il avait reçu plus tôt,  s&#039;offrit avec une évidence criante à  sa vue pure et virginale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles l&#039;entendit très clairement s&#039;étrangler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les yeux couleur d&#039;argent revinrent à son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il vit devant lui s&#039;ouvrir toute grande la bouche de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être devrais-je mettre des bouchons d&#039;oreille, pensa-t-il distraitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles affronta stoïquement ce hurlement déchargé à bout portant, sans que pour autant son sexe se relâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;elle se fut calmée, il lui expliqua ce qui s&#039;était passé, que c&#039;était une réaction naturelle chez les hommes, et qu&#039;il ne pouvait vraiment pas l&#039;empêcher.  Il insista avec fermeté sur le fait que cela n&#039;avait rien à voir avec sa volonté. Fana à son tour lui présenta ses excuses pour son insouciance de la nuit précédente, et dans le silence gêné qui suivit, ils enfilèrent tous les deux leur combinaison de vol. Sans autre parole ils décollèrent pour la troisième étape de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils  dépassèrent le cumulonimbus et se retrouvèrent devant un stratocumulus, qui couvrait de son extrême largeur la plus grande partie de la perspective et empêchait de voir l&#039;océan. En outre, le ciel au-dessus était dégagé, si bien qu&#039;ils seraient très probablement aperçus par l&#039;ennemi s&#039;ils volaient plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après réflexion, Charles décida de descendre sous l&#039;épais nuage. Le pare-brise se couvrit de blanc, et peu de temps après  la surface sombre de l&#039;océan apparut devant eux..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 1.000 mètres d&#039;altitude, il corrigea le cap pour prendre la direction du nord-ouest. Après quelques heures, ils devraient voir la Grande Chute et feraient le point à ce moment-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nuage il pleuvait. L&#039;eau ruisselait sur le pare-brise, mais du fait de la rapidité de l&#039;appareil, les gouttelettes coulaient vers l&#039;arrière. La visibilité était mauvaise. Charles scrutait sans relâche le ciel devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils entraient dans des parages dangereux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au nord se trouvait Awashima, au sud Iyojima, ces deux îles étant de gigantesques bases aériennes d&#039;Amatsukami. Leurs avions pouvaient décoller en un rien de temps pour maintenir le blocus, et si le Santa Cruz était découvert, il serait pourchassé par d&#039;innombrables Shinden en provenance de ces deux bases. Et pour couronner le tout, les flottes envoyées en patrouille à la recherche de Fana seraient aussi alertées, les mettant en danger d&#039;être pris dans une toile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première priorité était donc de ne pas se faire apercevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils devaient oublier les événements du matin et se concentrer sur la tâche qui les attendait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait des trouées dans le stratocumulus qui les surplombait, à travers lesquelles on pouvait apercevoir de temps en temps  le ciel bleu au dessus, tout à fait normal jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus ils avançaient, plus le brouillard s&#039;épaississait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La visibilité à l&#039;avant comme à l&#039;arrière devint encore plus mauvaise. Charles ne voulait pas descendre plus bas, parce qu&#039;il ne pouvait pas voir la surface de l&#039;océan, et restait donc juste en dessous du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les pilotes, le talent, l&#039;expérience et l&#039;instinct sont tous les trois nécessaires à la survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rares sont les pilotes qui ont de façon innée un sens primitif inexplicable, la capacité de sentir les adversaires cachés et indétectables. De sentir la tension des aviateurs ennemis quand ils s&#039;efforcent de rester dissimulés, et l&#039;intention meurtrière qui émane d&#039;eux. Etre capable de les repérer, d&#039;agir le premier et de frapper plus vite était la marque des anciens as de l&#039;aviation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sentait une intention meurtrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa peau fourmillait sous l&#039;effet de cette sensation anormale.&lt;br /&gt;
Sa main se crispa sur le manche, couverte de sueur. Il parcourut les environs du regard, mais ne vit rien. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, pourriez-vous  jeter un nouveau coup d&#039;oeil ? Quelque chose s&#039;approche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu… Humm.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne sais pas si cela vaut la peine de le signaler…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Signalez tout et n&#039;importe quoi. C&#039;est moi qui verrai…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Humm, la trouée dans les nuages était noire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai vu que le ciel était bleu à travers le nuage, mais la trouée que nous venons de dépasser était noire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles cessa de transpirer. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, c&#039;est l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un dirigeable ennemi vole au dessus du nuage ; c&#039;est la raison pour laquelle la trouée était noire !! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha brutalement le tube acoustique et regarda  le nuage derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le vit se fendre de haut en bas, comme si un harpon avait été jeté depuis les hauteurs célestes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers cette brèche, un torrent de soleil coula sur l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n&#039;était pas seulement derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout autour du Santa Cruz, en un cercle d&#039;un rayon d&#039;environ 4 km, le nuage se déchirait de place en place, la lumière dorée se déversant dans les flots à travers les ouvertures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était comme un sublime tableau de maître, mais ce n&#039;était pas une légion d&#039;anges qui descendait sur les rayons du soleil. C&#039;étaient des êtres plus malveillants, plus humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bordel… ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles avait finalement compris ce qui se passait. Sans utiliser le tube acoustique, il cria à Fana : « Un vaisseau ennemi descend sur nous ! Il coupe à travers le nuage. Mademoiselle, baissez la tête ! Qu&#039;ils ne voient pas votre visage ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient été découverts depuis un bon moment. Ils avaient sans doute été repérés par le radar du navire ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur espace aérien se trouvait en plein milieu de la formation ennemie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;évidence, le message codé avait été déchiffré. L&#039;ennemi stationnait pour attendre le Santa Cruz. Tout autour de l&#039;appareil, des dirigeables qui arboraient l&#039;emblème des Amatsukami descendaient en éventrant le nuage. Les aéronefs, qui ressemblaient à de gigantesques doryphores, réverbéraient la lumière du soleil, et leurs ventres gris clair renvoyaient des lueurs de cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aspect menaçant de leur corps d&#039;acier, le bruit sourd produit par le lourd métal fendant les airs donnaient l&#039;impression qu&#039;ils étaient d&#039;essence divine. C&#039;étaient les tout derniers croiseurs Amatsukami, les San&#039;un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, il y en avait huit qui qui encerclaient le Santa Cruz, volant à peu près à la même vitesse que lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux. Chaque croiseur ouvrit sous son ventre trois sabords pleins de malveillance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses cheveux châtain se dressèrent sur sa tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Des kuurai ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les huit vaisseaux  en tirèrent simultanément vingt-quatre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les missiles à percussion, profilés en ogives, fendaient la pluie en direction du Santa Cruz. Ils étaient propulsés chacun par une hélice fonctionnant avec une batterie à hydrogène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le nez de chaque kuurai se trouvait un capteur qui détectait la chaleur émanant des batteries à hydrogène. Ce capteur permettait au missile de pourchasser sa cible jusqu&#039;au contact, ou jusqu&#039;à l&#039;épuisement de sa propre batterie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;existait qu&#039;un seul moyen de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles poussa le manche aussi loin qu&#039;il le pouvait, et plongea vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne voyait rien à cause du brouillard, mais ce n&#039;était pas le moment de se plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son estomac accusait la vitesse de la descente, il gardait les yeux fixés sur l&#039;altimètre et l&#039;indicateur de vitesse, tentant de deviner le moment où il devrait redresser juste à temps pour éviter l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soudaineté de la chute faisait hurler le pare-brise. L&#039;appareil craquait et gémissait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit Fana crier derrière lui : « Les missiles nous prennent en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Gardez la tête baissée! Je n&#039;ai plus besoin de vous au poste d&#039;observation ! » hurla-t-il en réponse, concentrant toute son attention à ce qu&#039;il voyait devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la pluie, il distingua la surface argentée de l&#039;océan. Il jeta un rapide coup d&#039;oeil à l&#039;arrière. D&#039;innombrables missiles les poursuivaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu&#039;il eut confirmation de tous ces paramètres, il tira le manche de tout son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;hélice gémit quand le nez du Santa Cruz se releva, et comme s&#039;il prenait son élan pour se stabiliser, l&#039;avion bleu glissa sur l&#039;eau à toute vitesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers le pare-brise retentit un grondement de tonnerre. Pas qu&#039;une seule fois. Deux, trois, quatre fois, davantage encore, le bruit sourd d&#039;explosions sous-marines fit vibrer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, dix-huit kuurai se précipitèrent dans l&#039;océan, faisant jaillir des geysers d&#039;eau, dans l&#039;incapacité de suivre les mouvements du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais six missiles le pourchassaient encore...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
( A suivre)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=User_talk:Hunk&amp;diff=500258</id>
		<title>User talk:Hunk</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=User_talk:Hunk&amp;diff=500258"/>
		<updated>2016-08-27T06:20:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Remembrances for a Certain Pilot/La princesse et le pilote */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;You can leave me messages here./Vous pouvez me laisser des messages ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== A Simple Survey/Un simple Sondage ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biblia Koshodô no Jiken Techô ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Gekkô ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Iris on Rainy Days ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Remembrances for a Certain Pilot/La princesse et le pilote ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bonjour !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyant que depuis 2015, la traduction de ce light novel n&#039;avait pas avancé, je me suis permis de traduire le chapitre 5 et suis en train de poursuivre sur le chapitre 6 (voir publication sur le site Baka Tsuki ou Wikipédia, je n&#039;ai pas bien compris...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;espère n&#039;avoir pas commis d&#039;impair en prenant cette initiative.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très cordialement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Johc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sugar Dark ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Tabi ni Deyô ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Welcome to the N.H.K.!/Bienvenue à la N.H.K. ! ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Miscellaneous/Divers ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Merci pour ta réponse, et c&#039;est noté pour la prochaine fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[User:Devenk83|Devenk83]] ([[User talk:Devenk83|talk]]) 12:33, 1 January 2015 (CST)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
--&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Salut Hunk, désolé de te déranger mais j&#039;ai un petit service à te demander.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tu peux contacter Apichua de ma part s&#039;il te plaît et lui parler du recensement à faire ? Car je n&#039;ai toujours pas de réponse de sa part alors que le recensement prend fin ce samedi soir. Je veux bien lui laisser une semaine supplémentaire pour y répondre s&#039;il est occupé, mais après ça je serai obligé de le considérer comme disparu...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cordialement, [[User:Devenk83|Devenk83]] ([[User talk:Devenk83|talk]]) 16:27, 30 January 2015 (CST)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
NB : Contrairement à ce que tu pensais, ton adresse mail n&#039;est pas disponible sur le forum.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:Salut Devenk, y&#039;a pas de souci. Je peux le contacter, mais je connais déjà sa réponse. Il édite tous mes projets en fait. Je vais quand même voir avec lui qu&#039;il te confirme ça. --[[User:Hunk|Hunk]] ([[User talk:Hunk#top|talk]]) 16:33, 30 January 2015 (CST)&lt;br /&gt;
:PS : Mon adresse mail est &#039;&#039;&#039;supprimé&#039;&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et [[Durarara!! - Français|Durarara!!]] ? Car il est inscrit en tant que traducteur dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[User:Devenk83|Devenk83]] ([[User talk:Devenk83|talk]]) 17:11, 30 January 2015 (CST)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PS : Je vais dans l&#039;IRC #BakaTsukiFR au cas où.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ah, tu parlais de celui-là quand tu parlais d&#039;IRC dans ton GoogleDoc ? Car tu avais écrit #BakaTsukiFR, donc je pensais qu&#039;il y avait un IRC spécial pour la commu franco de BT.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PS : Où alors, j&#039;ai rien compris à ce qu&#039;il se passe... En tout cas, j&#039;ai demandé à deux autres personnes de me rejoindre, et ils ont en été capables.&lt;br /&gt;
PS2 : Ah, désolé... Vu que je suis un gros noob en IRC, je ne comprenais pas trop tout ce tralala... Pour le serveur sur lequel je me suis connecté, je suppose que c&#039;est kiwiirc.com ? C&#039;est que j&#039;ai rejoint le premier truc que Google m&#039;a proposé...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[User:Devenk83|Devenk83]] ([[User talk:Devenk83|talk]]) 18:34, 30 January 2015 (CST)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
--&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ben, comme précédemment dit, je me suis connecté via https://kiwiirc.com/client pour aller dans l&#039;IRC. Après, je n&#039;y connais pas grand chose là-dessus, il se peut même que j&#039;ai involontairement créer l&#039;IRC...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[User:Devenk83|Devenk83]] ([[User talk:Devenk83|talk]]) 06:20, 31 January 2015 (CST)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, personne. [[User:Devenk83|Devenk83]] ([[User talk:Devenk83|talk]]) 07:46, 31 January 2015 (CST)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500257</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500257"/>
		<updated>2016-08-27T06:12:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Traducteurs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Feedback ===&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 6|Chapitre 6]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 7|Chapitre 7]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 8|Chapitre 8]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]]&lt;br /&gt;
:*Johc (Chapitres 5, 6 en cours)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500256</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500256"/>
		<updated>2016-08-27T06:12:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Traducteurs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Feedback ===&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 6|Chapitre 6]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 7|Chapitre 7]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 8|Chapitre 8]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]]&lt;br /&gt;
:*Johc (Chapitres 5, 6)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_6&amp;diff=500255</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 6</title>
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		<updated>2016-08-27T06:11:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: Created page with &amp;quot;Chapitre 6  De l&amp;#039;autre côté du pare-brise, au-delà du nez de l&amp;#039;appareil, les blancs cumulonimbus se détachaient en un net contraste sur le ciel bleu. On aurait dit une car...&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre 6&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l&#039;autre côté du pare-brise, au-delà du nez de l&#039;appareil, les blancs cumulonimbus se détachaient en un net contraste sur le ciel bleu. On aurait dit une carte postale, mais Charles, agrippé au manche, avait l&#039;air mécontent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il jeta un coup d&#039;oeil à l&#039;altimètre. Ils étaient actuellement à 4.500 mètres. La hauteur du cumulonimbus qui leur faisait obstacle était au moins de 10.000 mètres. Heureusement, il n&#039;y en avait qu&#039;un, si bien qu&#039;il décida de le contourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour la première fois depuis qu&#039;ils avaient décollé ce matin-là, Charles décrocha le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;avait pas du tout parlé à Fana depuis ce réveil des plus choquants. Il ressentait le besoin de lui parler, même s&#039;il devait se forcer. Il ferma les yeux, tentant de se calmer, puis il ouvrit la bouche, s&#039;ordonnant à lui-même de parler normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle…. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ses mots trébuchaient malgré lui. Il se mordit la lèvre. Il faisait un effort pour parler de façon naturelle, quand la voix de Fana lui parvint à travers le métal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que… Que se passe-t-il ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La voix de Fana tremblait elle aussi. Il n&#039;était pas surprenant qu&#039;elle ressente la même chose. Charles tenta de faire comme si rien ne s&#039;était passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh… Un cumulonimbus nous barre la route. Je vais donc changer légèrement de cap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vraiment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. On dirait un nuage d&#039;orage, je ne veux pas plonger à l&#039;intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh. Effrayant. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana parlait de façon embarrassée, en choisissant ses mots, mais il savait qu&#039;elle faisait de son mieux pour que sa voix paraisse normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Une fois que nous aurons dépassé ce nuage, je m&#039;attends à voir des avions ennemis. Comme la dernière fois, je vous confie nos arrières, Mademoiselle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut la fin de cette conversation pleine de gêne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha le tube acoustique et soupira. Le fardeau qui pesait sur ses épaules depuis le matin s&#039;était un peu allégé grâce à cet échange – peut-être. Il n&#039;était pas vraiment  nécessaire qu&#039;il dise à Fana ce qu&#039;il venait de lui dire, mais il voulait un retour à la normale pour le reste du voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque fois qu&#039;il laissait tomber sa garde, la vision du matin lui revenait à l&#039;esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce matin-là, le ciel à l&#039;est se colorait d&#039;hyacinthe.&lt;br /&gt;
Charles était dans le demi-sommeil qui précède le réveil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une brume épaisse s&#039;était levée de l&#039;océan avant l&#039;aube, c&#039;était l&#039;heure la plus froide de la journée. Il frissonnait, et tira sa couverture jusqu&#039;au menton. Sentant sur son épaule une douce chaleur, il s&#039;inclina dans cette direction d&#039;un mouvement automatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça sentait bon, un parfum très pur. Il reprenait peu à peu conscience, mais il ne voulait pas sortir de la couverture. Il enfouit son visage dans cette chaleur. Ses neurones portèrent ce parfum jusqu&#039;à son cerveau, qui réagit de façon très naturelle, en envoyant à son sexe l&#039;ordre de se dresser.  Charles ouvrit lentement ses yeux ensommeillés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il s&#039;aperçut que la douce chaleur venait des seins de Fana, qui dormait contre son bras gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N&#039;en croyant pas ses yeux, il s&#039;écarta brutalement et regarda une seconde fois le spectacle qui s&#039;offrait à lui. Dans son maillot de bain blanc, Fana dormait encore, paisiblement. Sa couverture avait glissé à côté d&#039;elle, et tous les deux avaient fini par partager la même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne portait qu&#039;un sous-vêtement de coton !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il avait dormi peau contre peau avec la fiancée du prince impérial, et avait partagé la même couverture…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Que... » bredouilla-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et en réponse Fana ouvrit les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux, à demi nus, se regardèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Fana s&#039;élargirent, et elle baissa le regard vers son sexe qui, continuant d&#039;obéir à l&#039;ordre du cerveau qu&#039;il avait reçu plus tôt,  s&#039;offrit avec une évidence criante à  sa vue pure et virginale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles l&#039;entendit très clairement s&#039;étrangler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les yeux couleur d&#039;argent revinrent à son visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il vit devant lui s&#039;ouvrir toute grande la bouche de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-être devrais-je mettre des bouchons d&#039;oreille, pensa-t-il distraitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles affronta stoïquement ce hurlement déchargé à bout portant, sans que pour autant son sexe se relâche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;elle se fut calmée, il lui expliqua ce qui s&#039;était passé, que c&#039;était une réaction naturelle chez les hommes, et qu&#039;il ne pouvait vraiment pas l&#039;empêcher.  Il insista avec fermeté sur le fait que cela n&#039;avait rien à voir avec sa volonté. Fana à son tour lui présenta ses excuses pour son insouciance de la nuit précédente, et dans le silence gêné qui suivit, ils enfilèrent tous les deux leur combinaison de vol. Sans autre parole ils décollèrent pour la troisième étape de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils  dépassèrent le cumulonimbus et se retrouvèrent devant un stratocumulus, qui couvrait de son extrême largeur la plus grande partie de la perspective et empêchait de voir l&#039;océan. En outre, le ciel au-dessus était dégagé, si bien qu&#039;ils seraient très probablement aperçus par l&#039;ennemi s&#039;ils volaient plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après réflexion, Charles décida de descendre sous l&#039;épais nuage. Le pare-brise se couvrit de blanc, et peu de temps après  la surface sombre de l&#039;océan apparut devant eux..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 1.000 mètres d&#039;altitude, il corrigea le cap pour prendre la direction du nord-ouest. Après quelques heures, ils devraient voir la Grande Chute et feraient le point à ce moment-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nuage il pleuvait. L&#039;eau ruisselait sur le pare-brise, mais du fait de la rapidité de l&#039;appareil, les gouttelettes coulaient vers l&#039;arrière. La visibilité était mauvaise. Charles scrutait sans relâche le ciel devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils entraient dans des parages dangereux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au nord se trouvait Awashima, au sud Iyojima, ces deux îles étant de gigantesques bases aériennes d&#039;Amatsukami. Leurs avions pouvaient décoller en un rien de temps pour maintenir le blocus, et si le Santa Cruz était découvert, il serait pourchassé par d&#039;innombrables Shinden en provenance de ces deux bases. Et pour couronner le tout, les flottes envoyées en patrouille à la recherche de Fana seraient aussi alertées, les mettant en danger d&#039;être pris dans une toile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première priorité était donc de ne pas se faire apercevoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils devaient oublier les événements du matin et se concentrer sur la tâche qui les attendait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait des trouées dans le stratocumulus qui les surplombait, à travers lesquelles on pouvait apercevoir de temps en temps  le ciel bleu au dessus, tout à fait normal jusque là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus ils avançaient, plus le brouillard s&#039;épaississait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La visibilité à l&#039;avant comme à l&#039;arrière devint encore plus mauvaise. Charles ne voulait pas descendre plus bas, parce qu&#039;il ne pouvait pas voir la surface de l&#039;océan, et restait donc juste en dessous du nuage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les pilotes, le talent, l&#039;expérience et l&#039;instinct sont tous les trois nécessaires à la survie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rares sont les pilotes qui ont de façon innée un sens primitif inexplicable, la capacité de sentir les adversaires cachés et indétectables. De sentir la tension des aviateurs ennemis quand ils s&#039;efforcent de rester dissimulés, et l&#039;intention meurtrière qui émane d&#039;eux. Etre capable de les repérer, d&#039;agir le premier et de frapper plus vite était la marque des anciens as de l&#039;aviation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sentait une intention meurtrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa peau fourmillait sous l&#039;effet de cette sensation anormale.&lt;br /&gt;
Sa main se crispa sur le manche, couverte de sueur. Il parcourut les environs du regard, mais ne vit rien. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, pourriez-vous  jeter un nouveau coup d&#039;oeil ? Quelque chose s&#039;approche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu… Humm.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne sais pas si cela vaut la peine de le signaler…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Signalez tout et n&#039;importe quoi. C&#039;est moi qui verrai…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Humm, la trouée dans les nuages était noire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai vu que le ciel était bleu à travers le nuage, mais la trouée que nous venons de dépasser était noire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles cessa de transpirer. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, c&#039;est l&#039;ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un dirigeable ennemi vole au dessus du nuage ; c&#039;est la raison pour laquelle la trouée était noire !! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles raccrocha brutalement le tube acoustique et regarda  le nuage derrière lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le vit se fendre de haut en bas, comme si un harpon avait été jeté depuis les hauteurs célestes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers cette brèche, un torrent de soleil coula sur l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n&#039;était pas seulement derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout autour du Santa Cruz, en un cercle d&#039;un rayon d&#039;environ 4 km, le nuage se déchirait de place en place, la lumière dorée se déversant dans les flots à travers les ouvertures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était comme un sublime tableau de maître, mais ce n&#039;était pas une légion d&#039;anges qui descendait sur les rayons du soleil. C&#039;étaient des êtres plus malveillants, plus humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bordel… ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles avait finalement compris ce qui se passait. Sans utiliser le tube acoustique, il cria à Fana : « Un vaisseau ennemi descend sur nous ! Il coupe à travers le nuage. Mademoiselle, baissez la tête ! Qu&#039;ils ne voient pas votre visage ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils avaient été découverts depuis un bon moment. Ils avaient sans doute été repérés par le radar du navire ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leur espace aérien se trouvait en plein milieu de la formation ennemie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;évidence, le message codé avait été déchiffré. L&#039;ennemi stationnait pour attendre le Santa Cruz. Tout autour de l&#039;appareil, des dirigeables qui arboraient l&#039;emblème des Amatsukami descendaient en éventrant le nuage. Les aéronefs, qui ressemblaient à de gigantesques doryphores, réverbéraient la lumière du soleil, et leurs ventres gris clair renvoyaient des lueurs de cuivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;aspect menaçant de leur corps d&#039;acier, le bruit sourd produit par le lourd métal fendant les airs donnaient l&#039;impression qu&#039;ils étaient d&#039;essence divine. C&#039;étaient les tout derniers croiseurs Amatsukami, les San&#039;un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, il y en avait huit qui qui encerclaient le Santa Cruz, volant à peu près à la même vitesse que lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles plissa les yeux. Chaque croiseur ouvrit sous son ventre trois sabords pleins de malveillance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses cheveux châtain se dressèrent sur sa tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Des kuurai ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les huit vaisseaux  en tirèrent simultanément vingt-quatre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les missiles à percussion, profilés en ogives, fendaient la pluie en direction du Santa Cruz. Ils étaient propulsés chacun par une hélice fonctionnant avec une batterie métalhydride.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le nez de chaque kuurai se trouvait un capteur qui détectait la chaleur émanant des batteries métalhydrides. Ce capteur permettait au missile de pourchasser sa cible jusqu&#039;au contact, ou jusqu&#039;à l&#039;épuisement de sa propre batterie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;existait qu&#039;un seul moyen de leur échapper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles poussa le manche aussi loin qu&#039;il le pouvait, et plongea vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne voyait rien à cause du brouillard, mais ce n&#039;était pas le moment de se plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son estomac accusait la vitesse de la descente, il gardait les yeux fixés sur l&#039;altimètre et l&#039;indicateur de vitesse, tentant de deviner le moment où il devrait redresser juste à temps pour éviter l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La soudaineté de la chute faisait hurler le pare-brise. L&#039;appareil craquait et gémissait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit Fana crier derrière lui : « Les missiles nous prennent en chasse ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Gardez la tête baissée! Je n&#039;ai plus besoin de vous au poste d&#039;observation ! » hurla-t-il en réponse, concentrant toute son attention à ce qu&#039;il voyait devant lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers la pluie, il distingua la surface argentée de l&#039;océan. Il jeta un rapide coup d&#039;oeil à l&#039;arrière. D&#039;innombrables missiles les poursuivaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu&#039;il eut confirmation de tous ces paramètres, il tira le manche de tout son corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;hélice gémit quand le nez du Santa Cruz se releva, et comme s&#039;il frappait l&#039;océan pour se tenir droit, l&#039;avion bleu glissa sur l&#039;eau à toute vitesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A travers le pare-brise retentit un grondement de tonnerre. Pas qu&#039;une seule fois. Deux, trois, quatre fois, davantage encore, le bruit sourd d&#039;explosions sous-marines fit vibrer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout, dix-huit kuurai se précipitèrent dans l&#039;océan, faisant jaillir des geysers d&#039;eau, dans l&#039;incapacité de suivre les mouvements du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais six missiles le pourchassaient encore...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
( A suivre)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500040</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
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		<updated>2016-08-24T20:32:09Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Traducteurs */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 6|Chapitre 6]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 7|Chapitre 7]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 8|Chapitre 8]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]]&lt;br /&gt;
:*Johc (Chapitre 5)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500039</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
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		<updated>2016-08-24T20:27:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;(traduit de la version américaine sur https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=Remembrances_for_a_certain_pilot)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500038</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500038"/>
		<updated>2016-08-24T20:27:09Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;(traduit de la version américaine sur https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=Remembrances_for_a_certain_pilot)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500037</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
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		<updated>2016-08-24T20:26:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre  5 (traduit de la version américaine sur https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=Remembrances_for_a_certain_pilot)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500036</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
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		<updated>2016-08-24T20:20:27Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre  5 (traduit du texte américain sur http://baka-tsuki.org)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa sa joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500035</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
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		<updated>2016-08-24T20:16:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre  5 (traduit du texte américain sur http://baka-tsuki.org)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;étaient amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa la joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote_:_Chapitre_5&amp;diff=500034</id>
		<title>La princesse et le pilote : Chapitre 5</title>
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		<updated>2016-08-24T20:16:23Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: Created page with &amp;quot;Chapitre  5 (traduit du texte américain sur http://baka-tsuki.org)  Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&amp;#039;était amassés autour de l&amp;#039;habitacle.   Il f...&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Chapitre  5 (traduit du texte américain sur http://baka-tsuki.org)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;était amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa la joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
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		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500033</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
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		<updated>2016-08-24T20:14:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Règles de Traduction */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forme ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Chaque chapitre doit se conformer aux règles ci-dessous après édition :&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
*[[Conventions des Projets]]&lt;br /&gt;
*[[Usage du Wiki]]&lt;br /&gt;
*[[Format_guideline|General Format/Style Guideline]] (Anglais - Techniques avancées)&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;La traduction est de l&#039;Anglais au Français.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Feedback ===&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Une remarque ou un remerciement ? Voir le sujet sur le [http://www.baka-tsuki.org/forums/viewtopic.php?f=65&amp;amp;t=9019 forum]&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mises à jour ==&lt;br /&gt;
*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
*08 mai 2014 : Chapitre 3&lt;br /&gt;
*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
*08 février 2014 : Prologue&lt;br /&gt;
*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Illustrations|Illustrations]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Prologue|Prologue]] &lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 1|Chapitre 1]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 2|Chapitre 2]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 3|Chapitre 3]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 4|Chapitre 4]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 5|Chapitre 5]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 6|Chapitre 6]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 7|Chapitre 7]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 8|Chapitre 8]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 9|Chapitre 9]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 10|Chapitre 10]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Chapitre 11|Chapitre 11]]&lt;br /&gt;
*[[La princesse et le pilote : Épilogue|Épilogue]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Staff==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Traducteurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*[[User:Hunk|Hunk]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Éditeurs===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
:*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.baka-tsuki.org/project/index.php?title=La_princesse_et_le_pilote&amp;diff=500032</id>
		<title>La princesse et le pilote</title>
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		<updated>2016-08-24T20:11:59Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Johc: /* Enregistrement */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:French]]&lt;br /&gt;
{{Teaser|French}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Image:Toaru pilot.png|thumb|Couverture]]&lt;br /&gt;
La série &#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039; est également disponible dans les langues suivantes :&lt;br /&gt;
* [[Remembrances for a certain pilot|Anglais (English)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;To Aru Hikūshi e no Tsuioku&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; (とある飛空士への追憶, littéralement &amp;quot;Souvenirs d&#039;un certain pilote&amp;quot;) est un light novel écrit par Koroku Inumura et illustré par Haruyuki Morisawa.&lt;br /&gt;
Un film d&#039;animation est sorti dans les salles japonaise le 1er octobre 2011. Plus connu sous le nom de &amp;quot;La princesse et le pilote&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Synopsis==&lt;br /&gt;
L&#039;histoire tourne autour de Charles Karino, un pilote de l&#039;air mercenaire de l&#039;Empire Levahm qui pilote l&#039;hydravion de reconnaissance biplace Santa Cruz. Un jour, on lui confie une mission insensée : traverser seul 12 000 kilomètres dans les eaux ennemies pour protéger une fille dénommée Fana del Moral. Fana se trouve être la prochaine en ligne pour monter sur le trône, une fille à la beauté équivalente à &amp;quot;5 000 rayons de lumière&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Présentation des personnages==&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Charles Karino&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Charles.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Pilote mercenaire amatsuvo-levahmien au service des del Moral. À la suite de la mort du duc del Moral, on lui confie une mission pour le moins périlleuse : escorter la fille du duc jusqu&#039;au continent à travers les lignes ennemies.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;float: left; width: 350px; margin: 5px 20px;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;b&amp;gt;Fana del Moral&amp;lt;/b&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[Image:Princess Pilot Fana.jpg|left|link=]]&lt;br /&gt;
Fille du duc del Moral. Le prince impérial de l&#039;Empire Levahm est tombé sous le charme de sa beauté transcendante, et leur mariage est censé donner un nouvel élan à l&#039;Empire qui perd du terrain face à son ennemi, l&#039;Amatsukami.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;br style=&amp;quot;clear: both;&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Règles de Traduction ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Cette partie doit être lue par tous les traducteurs et éditeurs du projet.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chapitre  5 (traduit du texte américain sur http://baka-tsuki.org)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Charles ouvrit les yeux, des nuages denses et lourds s&#039;était amassés autour de l&#039;habitacle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit coulisser en arrière le panneau vitré et sortit la tête hors du cockpit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La densité de la brume était de sept ou huit. A l&#039;est le soleil ne s&#039;était pas encore élevé au-dessus de l&#039;horizon. Il entendait à peine le bruit des vagues sur les flotteurs, et le vent salé lui caressait doucement le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le deuxième matin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il étendit les bras et s&#039;étira. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il sortit de l&#039;habitacle, marcha sur l&#039;avion jusqu&#039;à l&#039;hélice, où pendait sa combinaison de vol, et enfila les manches. La combinaison était encore humide, ce qui était inconfortable. S&#039;il avait été seul, il aurait préféré rester en caleçon, mais il ne pouvait le faire à cause de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La combinaison de Fana était elle aussi à moitié sèche. Mais elle n&#039;avait que ce vêtement en-dehors de son maillot de bain... Il marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, la combinaison en main, et sauta sur le bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana dormait, pelotonnée comme un enfant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la même innocence, les mains jointes, la respiration presque inaudible à travers  ses lèvres entrouvertes. La couverture tirée jusqu&#039;à la poitrine laissait exposées sa nuque et ses épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les yeux de Charles se portèrent automatiquement sur ses seins. Bien sûr le maillot de bain les couvrait, mais ne parvenait pas à dissimuler leur forme, et Charles découvrit qu&#039;elle cachait beaucoup d&#039;elle-même sous ses vêtements. Ou pour être plus exact, il n&#039;avait jamais rencontré auparavant quelqu&#039;un dont les habits cachaient autant la silhouette, et probablement n&#039;en rencontrerait jamais plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l&#039;océan infini, il était seul avec une jeune fille à la beauté parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles se cramponna désespérément à la raison. Il fit appel au sentiment de servitude qu&#039;on avait entretenu chez lui depuis l&#039;enfance, réprima en lui l&#039;instinct animal, et en luttant contre lui-même se tordit le cou pour arracher ses regards de la jeune fille. Comme s&#039;il déchirait un arbre à mains nues, il réussit à détourner les yeux de Fana et à garder son calme pour l&#039;interpeller.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bonjour, Mademoiselle ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana ouvrit lentement les yeux. Charles lui tournait le dos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bon… jour... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se dressa lentement, et prit conscience que sa couverture ne la couvrait plus jusqu&#039;au cou. Elle la tira en toute hâte, et pour finir la drapa autour d&#039;elle comme un peignoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elle n&#039;est encore qu&#039;à moitié sèche, mais si possible... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna légèrement la tête vers Fana et lui tendit sa combinaison de vol. Fana de son côté tendit le bras hors des couvertures, la prit et la ramena à elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui, je peux la porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Très bien. Si vous pouviez vous changer maintenant, je vous prie, j&#039;aimerais décoller avant le lever du soleil. Je vais dans le cockpit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Embarrassé, Charles récupéra le réchaud et sauta sur une aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana se contenta de passer la tête à travers la combinaison et s&#039;en servit comme paravent pour enlever son maillot de bain. Elle détestait la sensation provoquée par le vêtement mouillé au contact direct de la peau, mais elle était bien obligée de la supporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après s&#039;être assuré que Fana était revenue sur le siège arrière, Charles sauta à nouveau hors du cockpit, marcha jusqu&#039;à la queue de l&#039;avion, dégonfla le bateau pneumatique et le rangea dans la soute. Cela fait, il se hâta de rejoindre le siège avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bien. C&#039;est notre deuxième journée de vol. Comme hier, surveillez nos arrières s&#039;il vous plaît. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ce bref échange, Charles démarra le moteur. L&#039;hélice se mit à tourner, les flotteurs firent des vaguelettes, et la queue, qui avait plongé légèrement sous l&#039;eau, s&#039;éleva dans la lumière de l&#039;aube avec un bruit d&#039;éclaboussures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps que le soleil monte au-dessus de l&#039;horizon, le Santa Cruz avait déjà percé les nuages et grimpé en diagonale dans l&#039;atmosphère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là les nuages étaient nombreux, ce qui s&#039;avérait parfait pour se dissimuler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme un caillou ricochant sur l&#039;eau, Charles sautait de nuage en nuage, maintenant tranquillement son cap vers le nord ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu&#039;ils se soient dit un seul mot, le soleil était déjà monté dans le ciel au delà du Santa Cruz, et commençait à décliner vers l&#039;ouest. Son éclat éblouissait Charles,  lui rendant difficile de surveiller les alentours. Il chaussa ses lunettes d&#039;aviateur pour abriter ses yeux de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le siège arrière, Fana consacrait toute son attention à scruter le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant le décollage, le chef des pilotes les avait avertis que jusqu&#039;à ce qu&#039;ils aient passé la Grande Chute, ils se dirigeraient bel et bien dans la gueule du loup. Pour traverser l&#039;océan central, ils devaient trouver l&#039;ennemi avant que l&#039;ennemi ne les trouve. Durant ses deux semaines d&#039;entraînement, Fana n&#039;avait cessé d&#039;entendre cette phrase. Sans se lasser de la monotonie du ciel, elle restait donc concentrée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ainsi – elle aperçut quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tube acoustique en main, elle avertit Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A droite en haut, je vois une lueur entre les nuages. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles tourna la tête vers le point désigné. « Droite » et « gauche » dans l&#039;avion se déterminaient par rapport au nez de l&#039;appareil. Il vit une masse de nuages à 5.500 mètres d&#039;altitude, mais rien d&#039;autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Je ne vois rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je l&#039;ai vue juste devant le nuage dont la base est échancrée. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana faisait allusion non pas au stratus proche d&#039;eux, mais à un autre très loin derrière, à peu près à 7.000 mètres d&#039;altitude, un cirrostratus dont la base semblait avoir été perforée plusieurs fois par une aiguille. Il se trouvait au moins à une distance de 1.500 mètres à l&#039;horizontale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un temps d&#039;observation, Charles sentit ses muscles faciaux se crisper.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme Fana l&#039;avait dit, juste un instant, un éclat de lumière avait brillé de l&#039;autre côté du nuage. L&#039;hélice de l&#039;appareil ennemi avait sans doute réfléchi les rayons du soleil. Que Fana ait pu apercevoir à l&#039;oeil nu une lueur si lointaine était prodigieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est un avion ennemi. Incroyable !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Allons-nous être repérés ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Espérons que non. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles fit entrer l&#039;avion dans l&#039;abri d&#039;un nuage. Fana tendait le regard à une distance d&#039;environ 1.000 mètres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il ne vient pas vers nous, il s&#039;éloigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces mots, Charles jeta un nouveau coup d&#039;oeil vers l&#039;arrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les nuages, ses yeux exercés retrouvèrent la lueur qu&#039;il avait aperçue plus tôt. Elle ne se dirigeait pas vers le Santa Cruz. L&#039;ennemi ne les avait pas découverts. Charles eut un soupir de soulagement. Il saisit le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et un problème de moins ! Ce qui signifie que vos yeux, Mademoiselle, sont plus perçants que les leurs. Du beau travail ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne mentait pas. Si Fana avait pu réussir cet exploit, alors traverser un blocus de 12.000 kilomètres pouvait ne pas se révéler une chimère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n&#039;était qu&#039;un seul avion, donc probablement un patrouilleur. S&#039;il nous avait découverts, il aurait envoyé un message radio au vaisseau mère, et nous aurions dû affronter d&#039;innombrables chasseurs. Nous avons eu chaud !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- A ce point ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, bien sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je suis contente. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana poussa elle aussi un soupir de soulagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce n&#039;est pas fini. Poursuivez votre surveillance, s&#039;il vous plaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Entendu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana raccrocha le tube acoustique et reprit sa concentration pour observer le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce propos, elle ne s&#039;était pas encore retirée derrière sa paroi de verre une seule fois aujourd&#039;hui. Elle avait regardé la réalité en face d&#039;elle, de toutes ses forces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;était une étrange sensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant leur départ, elle ne pouvait se contraindre à se soucier de ce qui allait lui arriver. Et cependant elle était là, regardant la réalité en face, et se sentant à nouveau vivante. Peut-être parce qu&#039;elle marchait sur la ligne qui séparait la vie de la mort. Non, cela devait être plus que cela.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parler avec Charles par le tube acoustique l&#039;avait amusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa voix qui arrivait à travers le métal était tantôt nerveuse, tantôt extraordinairement polie, tantôt emplie de soulagement, tantôt pleine de colère. Il parlait à Fana de façon directe, sans rien dissimuler. C&#039;était rafraîchissant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux entendre sa voix davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana prit conscience du tour que prenaient ses pensées. Ils étaient si proches que si elle se retournait elle distinguerait chaque mèche de ses cheveux, mais ils étaient trop éloignés l&#039;un de l&#039;autre pour une conversation. Si Fana saisissait le tube acoustique pour commencer soudain à parler, Charles serait sans doute stupéfait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si elle découvrait une autre lueur, elle pourrait l&#039;appeler.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cette raison, elle restait à l&#039;affût dans son poste d&#039;observation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, elle distingua deux autres points de lumière, et en avertit Charles. Chaque fois, il plongea dans les nuages pour les éviter, tout en lui parlant par le tube acoustique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle savait que leur vie était en danger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais elle s&#039;amusait. Elle avait l&#039;impression de sentir à travers le siège les battements de coeur de son compagnon. Il y eut de brusques virages, des montées, des descentes, et même d&#039;autres figures qui lui donnèrent envie de vomir alors qu&#039;il manoeuvrait à travers les nuages, mais elle ne ressentit jamais l&#039;envie de fuir. Elle l&#039;avait ressentie tant de fois, au milieu des précepteurs de la maison del Moral !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ténèbres engloutissaient à nouveau l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soleil en descendant sous l&#039;horizon teintait de cuivre le bas des nuages, et la région du ciel vers laquelle Charles maintenait le cap se transformait en un complexe mélange de bleu indigo, de blanc et d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel vermillon en arrière-plan, le Santa Cruz descendit à la bonne altitude en une courbe élégante, et posa ses flotteurs sur l&#039;océan couleur d&#039;or.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;avion laissait derrière lui un blanc sillage. Charles s&#039;assura de son arrêt définitif, ôta ses lunettes de vol, ouvrit la verrière, et passa sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bravo pour vos efforts, Mademoiselle. Nous sommes toujours sains et saufs. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout heureux, il ouvrit le panneau vitré de l&#039;arrière et tendit la main à Fana pour l&#039;aider à le rejoindre sur l&#039;aile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous m&#039;avez sauvé tant de fois aujourd&#039;hui ! Pour être franc, quand nous avons décollé, je pensais que je devrais surveiller mes arrières, mais j&#039;avais complètement tort. La plupart des pilotes n&#039;ont pas la moitié de vos talents de guetteur !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Vous exagérez…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, pas du tout. Grâce à vous, nous avons pu éviter au moins deux combats aériens. A ce rythme, nous devrions pouvoir traverser l&#039;océan central sans accroc. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle se rendit compte malgré le rougeoiement du ciel que Charles avait le feu aux joues. Il semblait vraiment heureux. Fana se sentit embarrassée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La deuxième journée de voyage s&#039;était achevée, et Charles avait le moral au beau fixe. Quand il avait été informé de la lettre du prince impérial, il s&#039;était demandé ce qui allait arriver, mais les patrouilles de l&#039;ennemi n&#039;avaient pas représenté une si grande menace. La journée s&#039;était si bien passée qu&#039;il se demandait si l&#039;ennemi avait des pilotes capables de le suivre, et des observateurs meilleurs que Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Prenons notre dîner. Vous n&#039;aimeriez probablement pas les rations, donc essayons de pêcher. Attendez ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il enfouit la tête dans le corps de l&#039;avion, et en sortit deux cannes à pêche. Fana le regarda avec méfiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pêcher ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui. Si nous attrapons du poisson, cela fera un bon repas. Si nous n&#039;en attrapons pas, nous nous contenterons des rations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Comme un pêcheur…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Voulez-vous essayer ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec un sourire insouciant, Charles tendit à Fana une canne à pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;en saisit. C&#039;était un engin rudimentaire, muni d&#039;un simple hameçon métallique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils s&#039;assirent tous les deux sur le bateau pneumatique et lancèrent leur ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le crépuscule disparut lentement à l&#039;occident, et la nuit d&#039;été descendit sur l&#039;océan. L&#039;abîme infini du ciel nocturne, l&#039;abîme sans fond de l&#039;océan et le silence abyssal les enveloppaient. Utilisant le réchaud couvert de sa plaque pour s&#039;éclairer, ils tenaient  leur canne à pêche, paisiblement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana savait que l&#039;espace maritime où ils se trouvaient était sous le contrôle de la flotte aérienne d&#039;Amatsukami. Elle trouvait étrange cependant de se trouver là, à pêcher dans les eaux ennemies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle ne ressentait aucune crainte, mais une mystérieuse sérénité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel s&#039;était rempli d&#039;étoiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça ne mord pas ! » dit Charles d&#039;un ton dépité, alors qu&#039;ils étaient restés ainsi à pêcher depuis un certain temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Eh non !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Avez-vous faim ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, ça va. Je n&#039;ai pas beaucoup d&#039;appétit. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant la journée Fana s&#039;était contentée de grignoter un peu de pain. Depuis leur décollage de Rio de Este, son estomac avait été constamment chahuté par l&#039;avion ou le bateau, si bien qu&#039;il refusait la nourriture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et vous, Monsieur le pilote ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Désolé, mais en fait je meurs de faim.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mon Dieu ! Bon, eh bien nous devons continuer à essayer de pêcher, je crois... Si  notre pilote devait mourir de faim sur place, je me sentirais trop seule… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en plaisantant, Fana agitait sa canne à pêche à droite et à gauche. Alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oh ! C&#039;est comme si ma ligne venait juste de tirer…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oh mon Dieu, elle… elle bouge !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ma… Mademoiselle, vous avez une prise, doucement, doucement…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je… J&#039;ai peur, elle tire vraiment… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme elle le disait, la ligne était puissamment entraînée vers l&#039;eau. Fana se cramponnait de toutes ses forces à la canne à pêche, mais le poisson était le plus fort. Fana glissait en avant, et bien que le bateau ait été conçu pour un usage militaire, cela ne signifiait pas qu&#039;il eût un parfait équilibre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« A… à l&#039;aide ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré sa bonne volonté, Charles ne savait comment l&#039;aider, mais à cet appel au secours il envoya promener tous ses scrupules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Excusez-moi, je vous prie, Mademoiselle... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se précipita derrière Fana, l&#039;entoura de ses bras pour attraper la canne à pêche. C&#039;était comme s&#039;il l&#039;étreignait. Il multiplia les excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Hum, ce n&#039;est pas mon intention de vous manquer de respect. Je pense que c&#039;est le seul moyen de maintenir l&#039;équilibre du bateau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça… Ça va.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mademoiselle, c&#039;est clairement une grosse prise ! A trois, vous tirez, d&#039;accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D… d&#039;accord ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard déterminé, Fana serra plus fermement la canne à pêche. Le bateau continuait de vaciller, et l&#039;équilibre devenait précaire. Et la voix de Charles, tout près, chatouillait son oreille. Elle sentait son torse sur son dos. Et ses bras qui l&#039;enveloppaient… Naturellement, elle rougit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mademoiselle, on y va !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah, d… d&#039;accord !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Un, deux, trois ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans avoir conscience que Fana était préoccupée d&#039;autre chose, Charles tira brusquement. Se reprenant, Fana tira aussi, mais avec un temps de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un grand bruit d&#039;éclaboussure, un gros poisson, d&#039;au moins cinq kilos, sortit de l&#039;eau, dansa en l&#039;air en secouant ses nageoires, et suivant une oblique tomba en chute libre en plein sur le visage de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De très loin, Fana entendit : POW !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
« Ma… Mademoiselle !? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana perdit l&#039;équilibre, et Charles qui la soutenait toujours tenta de compenser en assurant sa position, mais le bateau finit par se pencher sur le côté, et tous les deux se retrouvèrent attirés de façon irrésistible vers l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Euh » fut tout ce que Charles réussit à dire avant de tomber dans l&#039;eau tête la première, tenant toujours Fana entre ses bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la nuit précédente, on entendit un grand bruit d&#039;éclaboussure à côté du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soufflant des bulles par le nez, une fois encore, Charles étreignit Fana sous l&#039;eau et la hissa sur le bord du bateau pneumatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Toutes mes excuses, encore une fois... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non, c&#039;est moi qui ai raté la manœuvre le premier. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assis de part et d&#039;autre du réchaud, tous les deux, pour la deuxième nuit consécutive, se séchaient, une couverture sur leur peau nue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le croissant jaune de la lune, leurs combinaisons de vol pendaient sur l&#039;hélice du Santa Cruz.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un effort pour réconforter la jeune fille, Charles sourit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« En tout cas, nous avons attrapé un poisson. Et un gros ! Et c&#039;est vous qui l&#039;avez attrapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui… Même si je l&#039;ai attrapé sur la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ah… hahaha... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son rire gêné provoqua le rire moqueur de Fana.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les deux se blottirent sous leur couverture. Leur coeur battait plus vite que la nuit précédente. Relevant la tête, Charles déclara avec entrain :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«  Bon, découpons ce poisson. Avez-vous déjà mangé des sashimi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Des sashimi… De la cuisine d&#039;Amatsukami ? Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est la meilleure façon de manger du poisson frais. Laissez-moi faire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours enroulé dans sa couverture, Charles tira un couteau de cuisine et une planche de bois de la soute de l&#039;avion. Fana commençait à penser que cette soute était un coffre magique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« J&#039;ai l&#039;habitude des vols à longue distance, si bien que je sais ce qu&#039;il faut apporter », fit Charles avec fierté en découpant le poisson. En un éclair, le gros poisson se réduisit en trois grosses tranches, qui furent découpées à leur tour en minuscules morceaux et disposées sur une assiette en carton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Et on le mange avec de la sauce de soja. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucune hésitation, Fana prit la fourchette qu&#039;il lui tendait et porta à sa bouche un morceau trempé dans la sauce.  Après avoir poliment mastiqué, elle ouvrit grand ses yeux couleur d&#039;argent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Délicieux. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles sourit, et saisit un morceau avec ses baguettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ça oui, on peut le dire ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rayonnant de fierté, il se mit à mâcher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mangez, Mademoiselle. Si vous ne vous nourrissez pas, vous ne pourrez pas survivre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana n&#039;avait pas d&#039;appétit avant de commencer, mais sous la pression de Charles sa fourchette fonctionnait toute seule. La chair du thon était riche, juteuse, et l&#039;on ne pouvait s&#039;empêcher de se resservir une fois qu&#039;on l&#039;avait goûtée..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en mangeant, Charles expliqua la suite de leur voyage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Demain nous traverserons la Grande Chute. C&#039;est l&#039;espace aérien le mieux gardé  de l&#039;ennemi. Ce sera la partie la plus difficile du voyage, nous devons donc être au meilleur de notre forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- D&#039;accord.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Après la Grande Chute, je me poserai près de l&#039;archipel de Sierre Cadis pour faire une révision de l&#039;avion. Quand on vole trois jours sans l&#039;entretenir, on court le risque que la batterie métalhydride tombe en panne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous passerons notre troisième nuit dans l&#039;archipel, et le quatrième jour nous mettrons le cap sur l&#039;île de Cyon. La base aérienne de La Pista se trouve sur cette île, avec des engagements quotidiens contre les avions d&#039;Amatsukami qui sont basés sur Awashima. Mais nous n&#039;allons pas nous jeter dans la mêlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous réussissons à aller aussi loin, notre voyage est pratiquement terminé. Si les  attaques de l&#039;ennemi sont trop rudes, nous éviterons La Pista et nous irons droit sur l&#039;île de Cyon. Là j&#039;appellerai Levham, sur le continent, après quoi on enverra un navire pour venir vous chercher. Il devrait arriver le cinquième jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui, hum…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Oui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et vous, que ferez-vous ensuite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Nous nous séparerons sur Cyon. Une fois que vous aurez embarqué sur le navire, je mettrai le cap sur la base de La Pista pour rejoindre le combat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je vois... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles mangeait tranquillement ses délicieux sashimis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour les gens du continent, il vaut mieux que je n&#039;existe pas. Une fois le voyage terminé, vous ne devrez pas votre retour à un mercenaire, mais à un sauvetage miraculeux opéré par la Huitième Flotte en mission extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- J&#039;ai entendu dire que la Huitième Flotte avait été anéantie…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- On peut toujours inventer des histoires. On fera du navire qui viendra vous chercher le seul survivant de la Flotte, et l&#039;idée est de vous ramener pavillon haut à Esmeralda, la capitale impériale. Après tout, la famille impériale adore la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Mais… C&#039;est cacher la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- La cour impériale est depuis peu préoccupée par la morosité de l&#039;opinion publique, si bien que c&#039;est peu cher payer pour obtenir un mouvement massif en faveur de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Et cela vous convient ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Parce que je suis un mercenaire. En retour, on paiera très cher mon silence. Je n&#039;ai donc pas à me plaindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est comme ça que ça fonctionne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Ça fonctionne comme ça, oui... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imperturbable, Charles continuait à manger. Mais Fana n&#039;était pas satisfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je pense que c&#039;est injuste. C&#039;est vous qui vous serez donné tout le mal, et des gens qui n&#039;auront rien fait récolteront toute la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Seulement si tout va bien. Nous devrions juste nous concentrer pour nous assurer de réussir. Pas de gloire, pas de raison de se mettre en colère…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- C&#039;est vrai, mais... »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Charles était amusé par la réaction de Fana. Le souvenir de la petite Fana s&#039;éveillait à nouveau dans son esprit. Autrefois aussi elle avait montré un farouche sentiment de justice. La Fana assise en face de lui semblait la version adulte de cette Fana du passé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vous n&#039;êtes toujours pas satisfaite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Même si personne n&#039;entend parler de moi, si vous, vous vous souvenez de moi, cela me suffit », dit Charles sans réfléchir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Fana, d&#039;un air sérieux, répondit : « Entendu. Je me souviendrai donc de Charles le pilote, à jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne mérite pas un tel honneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Je ne plaisante pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu irritée contre Charles parce qu&#039;il ne la prenait pas au sérieux, Fana continua de manger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit était claire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles étincelaient dans le ciel. Elles étaient si serrées les unes contre les autres que Fana avait l&#039;impression que si elle voulait les attraper, elle pourrait en prendre une poignée, comme l&#039;eau scintillante d&#039;un torrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ayant fini son repas, Charles resserra la couverture autour de lui, appuya le dos contre le bord du bateau, et leva les yeux vers le ciel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les étoiles sont magnifiques », murmura-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fana elle aussi allongea les jambes sous sa couverture et contempla la voûte céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C&#039;est vrai. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel nocturne était plus beau que tout ce que Fana avait vu auparavant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais ce serait mieux pour notre vol qu&#039;il y ait des nuages, » ajouta Charles dans un bâillement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était beaucoup plus fatigué qu&#039;il ne l&#039;aurait cru. Il avait passé deux jours à piloter  sur 6.000 km, et la nuit il avait dormi à l&#039;étroit dans le cockpit, si bien qu&#039;il n&#039;y avait là rien de surprenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps d&#039;une profonde inspiration, le temps de fermer les yeux, et Charles s&#039;endormit d&#039;un calme sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le pilote ? » appela Fana. Mais aucune réponse ne vint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapidité avec laquelle Charles s&#039;était endormi la stupéfia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rapidement elle eut un sourire. Elle comprit que Charles était épuisé. Elle pensa que cette nuit elle lui aurait donné sa place sur le bateau, et qu&#039;elle aurait dormi dans le cockpit. Il était resté assis dans l&#039;habitacle toute la journée, si bien qu&#039;il aurait dû au moins dormir les jambes à l&#039;aise. Elle avait voulu le dire la nuit dernière, mais n&#039;en avait pas eu le courage et avait ravalé sa proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle versa les restes du poisson dans l&#039;océan, et lava les plats et les ustensiles de cuisine avec de l&#039;eau de mer avant de les ranger dans la soute de l&#039;avion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ménage achevé, elle retourna dans le bateau. Charles dormait profondément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son souffle léger se mêlait au silence de l&#039;océan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle s&#039;assit de nouveau, se pelotonna sous sa couverture, ramassant les jambes contre la poitrine et appuyant le menton sur les genoux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Monsieur le piiiiiilooooooote ! » tenta-t-elle avec espièglerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne dégageait plus cette tension qu&#039;il avait montrée jusqu&#039;ici. A présent il dormait comme un chiot épuisé d&#039;avoir trop joué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle essaya de l&#039;appeler par son nom : « Chaaaaaaarleeeeeees. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours pas de réaction. Fana sourit. Elle posa la joue sur son genou, et la tête inclinée contempla le visage endormi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous sommes-nous... déjà rencontrés, avant ? » Cette question la tracassait depuis le début du voyage. Elle avait l&#039;impression d&#039;avoir déjà vu dans le passé le regard de Charles, un regard franc mais teinté de mélancolie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pourquoi êtes-vous aviateur ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aimez-vous faire la guerre ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seul lui répondit le souffle du dormeur. Mais, s&#039;il avait été réveillé, il aurait sans doute dit non. Il ne semblait pas le genre d&#039;homme à conduire la charge pour tuer des gens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Je hais la guerre, moi aussi, je la hais de toutes mes forces. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était toujours seule à parler. Elle s&#039;assura que Charles était toujours profondément endormi avant de s&#039;asseoir à côté de lui. Elle appuya le dos sur le rebord du bateau et leva les yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ciel, l&#039;océan, les étoiles, tout s&#039;était figé sur place. Le vent froid soufflait avec indifférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les minutes s&#039;écoulaient en silence. Devant les ténèbres infinies de l&#039;océan une peur primitive s&#039;éveillait au plus profond du coeur de Fana. Le ciel étoilé, lui aussi, était si grand qu&#039;il en devenait  intimidant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle jeta un coup d&#039;oeil au profil de Charles, à côté d&#039;elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne ressentait aucune crainte. Il dormait paisiblement, oublieux du monde. Elle retint son souffle, puis expira. Une chaleur naissait en elle. Au plus profond d&#039;elle-même elle ressentait un plaisir confus, à rester assise tout près de Charles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu à peu ses paupières s&#039;alourdirent. Le bercement du bateau si régulier, si confortable invitait à dormir. Fana, elle aussi, était fatiguée par l&#039;aventure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sombra dans un profond sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des milliers d&#039;étoiles veillaient sur le pilote et la future impératrice, dont on aurait dit qu&#039;ils voulaient dormir sur l&#039;épaule l&#039;un de l&#039;autre. L&#039;océan les berçait avec une grande douceur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous la poussée des vagues, tandis que le bas de l&#039;horizon se colorait d&#039;hyacinthe, les deux dormeurs se blottirent l&#039;un contre l&#039;autre, comme deux inséparables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
       &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Insérer ici un texte non formaté&amp;lt;/nowiki&amp;gt;=== [[La princesse et le pilote : Enregistrement|Enregistrement]] ===&lt;br /&gt;
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*07 juin 2014 : Chapitre 4&lt;br /&gt;
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*23 avril 2014 : Chapitre 2&lt;br /&gt;
*22 mars 2014 : Chapitre 1&lt;br /&gt;
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*04 février 2014 : Création de la page&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==[[La princesse et le pilote : Tome complet|La princesse et le pilote]] par Koroku Inumura==&lt;br /&gt;
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*[[La princesse et le pilote : Preview|Preview]] &lt;br /&gt;
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==Publications==&lt;br /&gt;
* ある飛空士への追憶 / To Aru Hikūshi e no Tsuioku (19 février 2008, ISBN 978-4-09-451052-2)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Johc</name></author>
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