Bienvenue à la N.H.K ! : Jihad - Partie Un

From Baka-Tsuki
Jump to: navigation, search

Partie Un[edit]

Plusieurs mois après la nuit où j'avais décidé de combattre la N.H.K., je contemplais le parc en face de chez moi à travers la fenêtre de mon appartement. Les cerisiers étaient en fleur ― une scène ô combien réjouissante.

Néanmoins, aucun espoir de victoire ne se profilait à l'horizon. Je ne voyais aucun moyen de remporter le combat.

Pour commencer, j'ignorais où se cachait mon ennemi.

Je me disais que le mieux serait peut-être de faire sauter le siège de la N.H.K…

Non, si jamais je tentais un truc pareil, la police n'hésiterait pas une seule seconde à m'abattre.

Je fis donc une croix sur ce plan.

Mais le plus important, c'était que je savais qui était mon ennemi, la N.H.K. Il fallait que j'y croie ― ou du moins, que je fasse semblant d'y croire. Oui, il le fallait. Je devais m'assurer de ne pas commettre d'imprudences.

Si j'avais persévéré dans cet immobilisme, ma situation n'aurait jamais évolué.

Dernièrement, les signes annonciateurs du printemps me déprimaient de plus en plus, ils avaient même impitoyablement envahi mon studio de trente mètres carrés.

Un autre étudiant venait d'arriver en lieu et place de celui qui habitait dans l'appartement voisin du mien. Maintenant, les rues allaient être envahies par des jeunes étudiants fraîchement entrés à la fac se rendant à leurs cours, le sourire aux lèvres. Ouvrir la fenêtre reviendrait donc à laisser entrer la brise fraîche du printemps, les pétales de cerisiers, mais aussi les voix pleines d'entrain des gens.

Argh, comment est-ce que ça a pu arriver ? J'étais le seul à ne pas pouvoir goûter aux joies du printemps. Non, pire que ça : le monde entier se moquait continuellement de moi, pendant que tous savouraient l'arrivée du printemps. Du moins, c'est comme ça que je le voyais.

Qui plus est, je n'avais pas eu le moindre contact digne de ce nom avec un autre être humain depuis pas loin d'un an.

J'avais l'impression que parti comme c'était, je risquais d'oublier comment parler japonais. Je sentais que je m'éloignais encore et toujours plus d'un retour à la société. Et ça serait vraiment problématique, oui, très problématique. Si je ne me dépêchais pas de m'échapper de cette vie de hikikomori, le monde entier allait me considérer mort socialement, et ce, à jamais.

Tout d'abord, il fallait que je réfléchisse à comment gagner mon indépendance. Je savais qu'il m'était impératif de trouver du travail. Ainsi, je m'étais récemment acheté un magazine de petites annonces à la supérette du coin. Mais après l'avoir parcouru, tout me paraissait hors de portée.

Oh, c'est impossible. Impossible de chez impossible. Je suis un marginal qui a arrêté les cours qu'il suivait dans une université de seconde zone, et ce, sans la moindre qualification. Voilà ce que je suis. Si j'étais un responsable du service du personnel d'une société, jamais je n'embaucherais un hikikomori comme moi. Par les temps qui courent ― où il est déjà bien assez difficile de trouver du travail ― jamais une boîte ne pourrait décemment embaucher un bon à rien comme moi.

Mais par contre, tôt ou tard, tout être humain, quel qu'il soit, doit travailler. Et c'est un fait irréfutable.

Je ne pouvais tout de même pas continuer à vivre sur le dos de mes parents ad vitam aeternam.

Et comment pouvais-je continuer à tromper mes parents avec les pires mensonges qui soient : « Tout va bien ! Même si j'ai arrêté les cours avec peu de qualifications, je n'aurai aucun mal à trouver du travail ! Pour l'instant, je prépare toutes sortes de diplômes, notamment un certificat d'expert informatique, le TOEFL, un de traitement de texte, de programmation, et de calcul mental, et plein d'autres. Alors envoyez-moi encore un peu d'argent s'il vous plaît ! »

Ouais, la date limite approchait à grand pas. Elle était peut-être même déjà dépassée depuis plusieurs mois.

Avant que mes parents n'arrêtent de m'envoyer de l'argent, il me fallait changer ma personnalité de moins que rien et tirer un trait sur mon train de vie de hikikomori.

En bref, il me fallait détruire la N.H.K.

Allais-je y arriver ? Pouvais-je vraiment faire quelque chose d'aussi insensé ?

Le monde extérieur était empli de dangers. Les voitures roulaient à des vitesses folles, le pollen de cèdre emplissait l'air, et des meurtriers sanguinaires envahissaient de temps à autre les rues. Sachant cela, pouvais-je sciemment m'aventurer dans un monde aussi dangereux ? Allais-je y survivre ?

En toute honnêteté, cela m'inquiétait au plus haut point.

En fait, c'était sans espoir.

Un minable comme moi ne pourrait jamais mener une vie normale dans la société. Oui, une vie sociale digne de ce nom ne serait pas possible pour quelqu'un qui, la veille à peine, s'était réveillé à sept heures du matin pour la première fois depuis des lustres, et tout ça pour rester couché dans son lit jusqu'à l'après-midi, perdu dans ses pensées. Je dirais même plus, une vie respectable dans une société conformiste serait impensable pour quelqu'un qui, juste après ça, avait décidé de piquer un petit roupillon, fermant les yeux uniquement pour se réveiller à cinq heures du matin le jour suivant.

Une vie normale dans la société serait inconcevable pour quelqu'un comme moi, qui avait tenté en vain d'appliquer le raisonnement freudien à son dernier rêve. J'avais rêvé d'une relation hétérosexuelle impure dans une petite salle avec cette amie lycéenne une classe au-dessus de moi, et j'avais fini par en déduire que cela indiquait un désir latent chez moi d'avoir une relation hétérosexuelle impure dans une petite salle avec cette amie lycéenne une classe au-dessus de moi. Ma conclusion finale était, « Mais en quoi est-ce que c'est une interprétation de rêve, ça ? Tu refais toujours les mêmes erreurs ! »

Impossible pour moi, alors parti me préparer le petit déjeuner et qui avais réalisé, après avoir ouvert le réfrigérateur, qu'il n'y avait à l'intérieur pas le moindre morceau de nourriture. Impossible pour moi, qui avais décidé par la suite d'ignorer mon estomac gargouillant en allant prendre un bain, pour finalement me rendre compte que je n'avais plus ni savon ni shampooing.

Et impossible pour moi, qui avais commenté l'horoscope du jour qui passait à la télévision ― Journée de chance pour les Vierges aujourd'hui. Une personne inattendue va vous déclarer sa flamme ― par, « Et comment elle compte s'y prendre si je ne quitte pas mon appart' de toute la journée, banane ? Hein ? J'aimerais bien voir ça. »

Non, une vie normale dans la société m'était complètement impossible.

Arg.

Peut-être que je ferais mieux de mourir !





Peut-être que je ferais mieux de mourir. Non. Je ne mourrai pas, car je suis un soldat fort et compétent.

J'étais déterminé à rester en vie jusqu'au jour où je vaincrais la N.H.K., même en traînant mon corps sur le sol s'il le fallait.

Victoire ou défaite ; je ne savais toujours pas à quoi m'attendre. Quoi qu'il en soit, ce dont j'avais besoin était une bonne dose de courage ; et par conséquent, il me fallait utiliser avec parcimonie le peu qu'il me restait. Mais, pour le moment, je devais d'abord me préparer le petit déjeuner.

Après m'être lentement extirpé de mon lit, je retirai l'emballage et soulevai le couvercle de mes nouilles instantanées que je gardais pour les cas de forces majeures. Je versai de l'eau chaude dans la bouilloire que je rangeais au-dessus de mon réfrigérateur. Puis, j'attendis ― tout en écoutant les faibles notes d'une chanson d'animé qui me parvenaient de l'appartement 202, voisin du mien, j'attendis patiemment pendant trois minutes.

Non pas que c'était un détail d'une importance capitale ou quoi que ce soit, mais mon voisin, qui avait emménagé au printemps dernier, semblait adorer les animés. Même si ça m'était parfaitement égal, les cours auraient déjà dû reprendre. Était-ce raisonnable de ne pas être encore parti ? J'avais envie de lui dire, « C'est pas le moment d'écouter en boucle l'opening d'Ojamajo Doremi[1]. Tu vas être en retard ! » Bien sûr, je préférais m'abstenir de le faire. La vie de mon voisin ne me regardait pas, après tout.

Alors que ces pensées me traversaient l'esprit, les trois minutes qui s'étaient écoulées m'avaient parues être une poignée de secondes.

Mes nouilles étaient prêtes.

Et c'est alors que ça arriva.

Au moment même où j'étais sur le point d'enfoncer mes baguettes jetables dans mon pot de nouilles, la sonnerie de ma porte « ding dong, ding dong » me coupa net dans mon élan.

Qui cela pouvait bien être ?

Évidemment, je ne paniquais pas. L'inattendu visiteur qui me dérangeait pendant mon petit déjeuner était sûrement un agent de recouvrement, venu pour récupérer l'argent de ma facture d'électricité. Comme ce serait vraiment problématique de perdre ma seule et unique bouée de secours, je posai docilement mes baguettes et me dirigeai en direction de la porte d'entrée, toujours vêtu de mon pyjama.

En ouvrant d'un seul coup la porte, je dis rapidement :

― Oh, l'électricité ! L'électricité, c'est ça ? Je peux vous payer tout de suite. Hum, je vais vous payer tout de...

Ma voix s'arrêta net. Alerté par le sourire vissé sur le visage de ma visiteuse et par l'imperceptible aura qui émanait de tout son corps, je réalisai qu'il était impossible que cette bonne femme d'âge mûr puisse être l'agent de la compagnie d'électricité.

― Veuillez m'excuser de vous importuner alors que vous devez être occupé, dit ma visiteuse. Le visage de la femme était éclairé par le soleil matinal. Nous sommes en train de distribuer ces brochures, lança-t-elle tout en me tendant deux exemplaires.

Il était imprimé dessus : « Éveillez-vous ! Tour de Druaga[2]. »

Une fraîche brise de printemps souffla par la porte d'entrée. Dehors, la douce matinée d'avril était paisible et radieuse.

Notes

  1. Animé japonais de type magical girl sorti sous le nom Magical Dorémi en France.
  2. Tour de Druaga est un jeu de l’éditeur NAMCO sorti sur NES.
Naissance d'un soldat - Partie Deux Page Principale Jihad : Partie Deux