Bienvenue à la N.H.K ! : Le rock d'un nouveau genre - Partie Deux

From Baka-Tsuki
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Partie Deux[edit]

Hélas, je ne mourus pas.

Je vivais certes une vie lugubre de hikikomori, mais, à cet instant précis, sur le papier, j'avais rendez-vous avec quelqu'un. Alors que la nuit tombait et que toute trace de gens s'évanouissait dehors, je me remplissais l'estomac. Quand il fit noir, je me préparai à me rendre au parc voisin. La brise de cette nuit d'été était agréable.

Je m'assis sur un banc et levai les yeux en direction de la lune et des étoiles. Un chat noir flânait tranquillement devant moi. Ses yeux brillaient avec la lumière des lampadaires.

Ah, il fait nuit. C'était vraiment la nuit.

Misaki fit son apparition, ici dans le parc.

― T'es en retard.

Elle faisait couiner la balançoire en se balançant d'avant en arrière quand, en remarquant ma présence, elle fit un grand bond en avant. Le chat noir s'approcha d'où elle se tenait, et Misaki le prit dans ses bras. Le chat miaula sans se débattre.

― Bonne petite. Je vais te donner un peu de nourriture, d'accord ?

Misaki sortit une boîte de nourriture pour chat de sac à dos. Apparemment, elle donnait à manger au chat tous les soirs.

― J'adore les chats, pas toi ?

― Qu'est-ce qu'ils ont de si génial ?

― Les chats semblent heureux où qu'ils soient et tout le temps, même quand ils sont seuls.

J'avais du mal à comprendre ce qu'elle voulait dire, mais je tâchai de lui donner une réplique digne de ce nom.

― Les chats ne comprennent pas vraiment la gratitude.

― Je sais.

― Il t'oubliera complètement en peu de temps, Misaki. Acheter de la nourriture pour chat, c'est jeter son argent par les fenêtres.

― Tant que je lui donne ce qu'elle veut, tout ira bien. Elle se souviendra de moi. Ne sois pas si cruel. Tu viendras au parc tous les soirs, pas vrai ?

Elle caressa doucement le dos de la chatte pendant qu'elle mangeait. Quand celle-ci eut fini de manger, elle s'éloigna lentement en direction des buissons.

On s'assit sur le banc. Misaki sortit de son sac son « cahier secret ». Et ainsi, cette nuit-là, commença ma première thérapie anti-hikikomorisme.





Misaki appelait ça « thérapie ». Au tout début, ses actions et ses paroles étaient plus qu'étranges, alors je croyais sincèrement que tout ça n'était qu'une vaste blague. Cependant, il semblait qu'elle était sérieuse.

― T'es en retard. Le contrat stipule que tu dois venir après le dîner, tu te souviens ?

― Je viens juste de manger-

― Chez moi, on dîne à sept heures.

Et comment je suis censé savoir ça, banane ?! Je voulais lui crier dessus, mais je me retins.

― Bon, à partir de demain, viens un peu plus tôt. Quoi qu'il en soit, nous allons commencer sans plus attendre notre première séance de thérapie pour échapper au hikikomorisme, d'accord ? Allez, assieds-toi.

Je m'assis près d'elle comme demandé. Misaki s'approcha de moi, de façon à me faire face.

Le parc la nuit... il n'y avait personne d'autre que nous. Qu'est-ce qui allait bien pouvoir commencer ? Qu'est-ce qu'elle avait derrière la tête ? J'étais un peu nerveux. Misaki posa le gros sac qu'elle portait et commença à farfouiller à l'intérieur.

En murmurant quelque chose du genre, « Ah, le voilà », elle sortit un cahier à spirale. Sur la couverture, était écrit « Cahier secret » au marqueur noir.

― C'est quoi ça ? lui demandai-je.

― Un cahier secret.

― Je sais lire, merci. Alors, c'est quoi ?

― Euh... c'est un cahier secret.

Misaki ouvrit son cahier secret et tourna les pages qu'elle avait étiquetées.

― Bon, la thérapie va commencer maintenant.

Éclairée par les lampadaires derrière elle, je ne pouvais pas voir son visage. Mais le ton de sa voix était sérieux. Sans comprendre ce qui se passait, je me raclai la gorge profondément.

Misaki commença son cours.

― Hum... Je vais commencer par tracer les contours du hikikomori. Bon, qu'est-ce qui fait qu'on devient un hikikomori ? Tu as une idée, Satô ? Hum ? Non ? C'est bien ce que je pensais. Tu as arrêté les cours, alors je ne vois pas comment tu pourrais répondre à une question aussi difficile, Satô. Je sais. Je suis intelligente, après tout. Je prépare les examens d'entrée à l'université en ce moment. Je révise cinq heures par jour. Tant mieux pour moi, hein ? Ha ha ha...

Elle ria encore un peu avant de continuer :

― D'après les résultats de mes recherches, non seulement le hikikomorisme, mais tous les problèmes émotionnels découlent d'une impossibilité à s'adapter à un environnement. En gros, parce que tu n'es pas en phase avec ce monde, différents problèmes apparaissent.

Misaki tourna la page.

― Il y a longtemps, nous autres humains avions réfléchi à bien des façons de vivre en harmonie avec le monde. Par exemple, prenons le concept des dieux. Il existe toutes sortes de dieux. Rien qu'au Japon, il en existe huit millions... Hein ? Huit millions ? C'est un peu trop, non ? C'est vrai, ça ? E-Enfin bref, il existe beaucoup de dieux à travers le monde, et il semblerait qu'ils apaisent les souffrances de beaucoup de gens, comme ceux qui vont à l'église. Ceux qui ne peuvent être sauvés par les Dieux cherchent d'autres voies. Par exemple, la philosophie.

Misaki se remit à fouiller dans son sac. Au bout de quelques instants, elle finit par trouver ce qu'elle cherchait.

― Oh, le voilà. Tiens.

Après avoir sorti une sorte de livre, elle me le tendit. Le livre s'intitulait Le monde de Sophie.

― Il est assez compliqué, alors je n'ai pas compris grand-chose, mais il paraît que ce livre peut t'apprendre tout ce qu'il y a à savoir sur la philosophie. Je l'ai emprunté à la bibliothèque, alors tâche de l'avoir lu pour demain, d'accord ?

Perplexe, je pris le livre. Je ne savais plus quoi faire tandis que le cours de Misaki reprenait de plus belle.

― Hum, bon, après la philosophie, on a la psychanalyse ! Il semblerait que c'est populaire depuis le dix-neuvième siècle, après qu'un type appelé Freud l'ait inventée. Il paraît qu'après des séances de psychanalyse, nos problèmes disparaissent vraiment. Par exemple, tu te souviens du rêve que tu as fait la nuit dernière ? Je vais l'analyser pour toi. Alors, raconte-moi ce qui se passe dans tes rêves, Satô.

Je lui décrivis :

― Un grand, très grand serpent apparaît. Il nage dans l'océan, et j'enfonce une grosse épée dans une pomme. Aussi, je tire dans tous les sens avec un incroyable pistolet noir brillant.

Après avoir entendu ça, Misaki sortit un autre livre de son énorme sac. Celui-ci s'intitulait Analyse des rêves : Comment facilement comprendre les tréfonds de son subconscient !

― Hum... Un serpent, un océan, une pomme, une épée, un pistolet...

Tout en murmurant à elle-même, elle cherchait dans l'index quand tout à coup, elle détourna le regard, le visage rouge tomate. Sans trop savoir comment, je pouvais comprendre ce qui se passait, même dans le noir total.

― O-On arrête avec Freud ! On passe à Jung !

Misaki parlait fort.

― Hé ! C'est quoi les résultats de l'analyse de mon rêve ? Misaki, dis-moi ce que pourrait bien symboliser le gros serpent.

J'insistai, mais elle ignora mes tentatives d'harcèlement sexuel.

― Jung... Il n'était pas d'accord avec Freud, et il aurait choisi une approche différente. Bon, c'est parti pour une psychanalyse Junguienne.

― Hé, ne m'ignore pas. Attends une seconde !

― D'après ce que je peux voir, tu es « introverti » et « émotif » ! Tu as peur de Gaia, la « Grande Mère ». En plus de ça, tu te bats également contre les ténèbres. Mais c'est terrible, ça ! Pour en savoir plus, lis ce livre.

Misaki sortit à nouveau un livre et me le tendit. Celui-ci était Tout sur Jung, expliqué en manga !

Je commençais à avoir mal à la tête, alors que le cours de Misaki continuait. Encore et encore. De Jung, on passa à Adler, puis à Lacan.

― Je n'aime pas trop Lacan ! Je peux vraiment pas « l'acandrer », celui-là !

Je ne comprenais pas comment elle pouvait faire un jeu de mots aussi nul tout en souriant. Je voulais rentrer chez moi. Comme si elle l'avait remarqué, Misaki changea franchement de direction.

― Oh, je suis désolée de t'avoir parlé de choses aussi compliquées. On dirait que tu n'es pas vraiment fait pour ces discussions théoriques, en fin de compte, Satô. Mais c'est pas grave. Il nous reste encore demain.

― Hein ?

― Nous ne sommes que de simples mortels, alors c'est douloureux.

Je restai silencieux.

― J'ai de la peine pour toi, qui connais tant de problèmes. Gardons la tête haute tout en allant de l'avant. Tu es très bien comme tu es. Tu as des rêves, alors tout ira bien. Tu n'es pas seul. Si tu continues sur cette voie, tu finiras par voir le bout du tunnel. On est tous derrière toi. Quand on se donne du mal, on rayonne. Tu y arriveras si tu continues à avancer avec cet esprit positif ; et donc, marchons ensemble vers de meilleurs lendemains. L'avenir est rayonnant. Nous sommes humains, nous sommes humains, nous sommes humains...

Après avoir arraché son sac de ses mains, je le retournai pour le vider de son contenu. Une tonne de bouquins tomba sur le sol : des livres en version poche publiés par les services de santé publique, et d'autres sur les êtres intelligents. Brève introduction à la psychanalyse, Manuel sur les maladies mentales, Le livre à lire quand on est coincés dans la vie, Les dix commandements du succès, Le fantôme de Murphy, La révolution cérébrale, Mitsuo, Mitsuru, etc., etc.

― Hé, Misaki, tu me prends pour un demeuré ?

Misaki me regarda tout en disant, « Non, pas du tout », et elle secoua sa tête négativement.





Quoi qu'il en soit, après une semaine d'interaction avec Misaki, la seule chose que j'avais vraiment compris, c'était à quel point elle se donnait du mal. Oui, elle cravachait vraiment dur. Les premiers jours, cet effort demeura vain ; tout en y donnant le maximum d'elle, sa passion était belle et bien réelle. Bien sûr, j'ignorais où résidaient ses bonnes intentions ni ce qu'elle avait vraiment derrière la tête. Je n'en savais rien, mais d'un autre côté, je m'en fichais pas mal.

Si mon état émotionnel pourri jusqu'à la moelle pouvait en prendre un peu de la graine suite à cet échange avec une fille, j'en aurais été ravi. Même si cela devait me causer des problèmes plus tard, je n'avais de toute façon plus rien à perdre. Sans parler du fait que, quoi qu'il arrive, nos chemins allaient se séparer bien assez vite. Tôt ou tard, j'allais me faire expulser de mon appartement, ou j'irais ailleurs pour une raison ou une autre. Dans tous les cas, j'allais bientôt disparaître. Mes rendez-vous avec Misaki n'étaient qu'un moyen de chasser mon ennui jusqu'à ce jour fatidique.

Et parce que je pensais de façon aussi irresponsable, ça ne me posait pas le moindre problème de parler en privé avec une fille que je connaissais à peine, malgré le fait que c'était le genre de situation à provoquer la plus grande quantité de stress possible chez un hikikomori.

Bien entendu, aussi jolie pouvait être Misaki, je n'avais pas la moindre intention de lui faire quoi que ce soit. Le panneau à l'entrée du parc prévenait, « Attention aux pervers », mais malgré mon apparence, je restais un gentleman hikikomori. Alors t'en fais pas, Misaki...

― Quoi ? Pourquoi tu souris comme ça ? me demanda-t-elle.

― Pour rien. Sinon, c'est quoi le programme du jour ?

En me faisant face tout en étant assise sur le banc, comme à son habitude, Misaki se plongea dans son cahier secret.

― Hum, ce soir, nous allons voir comment parler avec les autres.

― Hein ?

― En général, la conversation n'est pas le point fort des hikikomoris. Et parce qu'ils ont du mal à parler aux autres, ils ont tendance à s'enfermer dans leur chambre. Ce soir, je me suis dit que l'on pourrait changer ça.

― Oh.

― Et donc, à partir de maintenant, je vais t'apprendre des super techniques de conversation. Alors ouvre grand tes oreilles.

Misaki commença son cours, en regardant de temps en temps dans son cahier alors que j'écoutais attentivement.

― Quand tu parles aux gens, tu te sens nerveux. Et du coup, tu ne sais plus quoi dire, tu deviens pâle, ou tu t'énerves. Ce qui affecte encore un peu plus ta stabilité mentale, et par conséquent, tu as de plus en plus de mal à parler. Comment briser ce cercle vicieux ? La réponse est simple : tout ira bien si tu arrives à garder ton sang-froid. En partant de ce principe, comment garder son sang-froid ? Ou même, pourquoi les gens le perdent ? C'est parce qu'ils manquent de confiance en eux. Tu crois que tes interlocuteurs risquent de se moquer de toi, te mépriser, ou même te détester.

Et alors ? J'avais envie de lui couper la parole, mais elle était sérieuse.

― En fin de compte, on en revient au problème de confiance en soi. En réalité, avoir confiance en soi, c'est difficile. Je doute vraiment que tu y arriveras peu importe la méthode utilisée ; mais ne t'en fais pas, je connais une technique révolutionnaire qui rend possible l'impossible. Tu veux la connaître ? Tu veux vraiment la connaître, hein ?

Tout en disant ça, elle me regardait, et je ne pus rien faire d'autre qu'acquiescer.

― Bien, ouvre grand tes oreilles, dit Misaki avec une voix des plus sérieuses. Cette idée repose sur une énorme volte-face ― à un niveau copernicien ! En gros, si tu manques de confiance en toi, alors tu n'as qu'à considérer que la personne à qui tu parles est encore plus nulle que ce que tu penses être toi-même ! Voilà la méthode !

Je ne comprenais pas un traître mot de ce qu'elle racontait.

― Il te suffit de te dire que celui avec qui tu parles est un gros raté. Tu supposes qu'il est un déchet de l'humanité. Méprise-le autant que possible. Ainsi, tu pourras parler en gardant ton calme. Tu seras détendu et à ton aise, n'est-ce pas ?

» Par contre, il y a une chose à laquelle tu dois faire bien attention. Il faut que tu te débrouilles pour éviter de dire à ton interlocuteur ce que tu penses de lui, ou tu risques de l'énerver ou de le vexer. Si quelqu'un te disait en face que tu es un déchet, ou te traitait de gros nul, ou encore de plus gros raté que la Terre ait jamais porté, ça te déprimerait vraiment, pas vrai, Satô ? C'est pour ça que je me tais.

C'est-à-dire... ? pensai-je. Serait-ce une manière détournée de me dire que je suis un raté ? Si c'est le cas, l'expression du visage de Misaki demeurait innocente.

Il fallait que je demande :

― Misaki, est-ce que par hasard tu appliquerais ces « techniques de conversation » dans ta vie de tous les jours ?

― En effet. Mais elles ne marchent pas terrible. La plupart des gens valent mieux que moi ; alors même en essayant de me convaincre qu'ils sont bons à rien, j'échoue le plus souvent. Par contre, jusqu'ici, quand je te parle, Satô, naturellement, je...

― Naturellement...?

― Laisse tomber. Si je te disais, tu le prendrais mal.

Ça faisait longtemps que je le prenais mal.

― Il n'y a pas matière à s'inquiéter. Même quelqu'un comme toi, Satô, est utile à quelqu'un d'autre.

Sur ces mots, Misaki se leva.

― C'est tout pour aujourd'hui. À demain.


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