Sword Art Online:Premier Rondo

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Rondo de l’Épée Transitoire – Premier chapitre[edit]

Aincrad, 2ème Étage, 8 Décembre 2022

SAO ME08.jpg


« N-Ne te fous pas de moi !! »

L’écho d’un cri a retenti sur ma route et j’ai arrêté mes pieds.

A pas feutrés, je me suis collé au mur d’un magasin de PNJ derrière-moi. J’ai jeté un coup d’œil discret vers la scène qui se déroulait devant moi. Devant la route se trouvait une large place d’où semblait provenir le vacarme.

« R-Remets-la !! Remets-la dans son état initial !! C’était une +4… R-Ramène-la à l’original !! »

Une fois encore le cri retentit. Apparemment, il s’agissait d’un incident entre deux joueurs. Cependant, vu que nous étions dans la zone de vigueur du « Code de Prévention du Crime », au beau milieu d’Urbus, ville principale du 2ème Étage d’Aincrad, les deux joueurs ne pouvaient pas vraiment se blesser et je n’avais pas réellement besoin de me cacher en douce.

Cependant, même si je le comprenais intellectuellement, je n’avais malgré tout pas d’autre choix que d’être 30% plus alerte que d’habitude ; parce que, moi, Kirito, joueur de niveau 13 et utilisateur d’épée à une main, j’étais à présent le joueur solo le plus détesté d’Aincrad… Car j’étais "le premier beater connu".


Jeudi 8 décembre 2022, 32 jours après le commencement de SAO, le jeu de mort.

Quatre jours avaient rapidement passé depuis la victoire contre le boss du 1er Étage, "Illfang le Seigneur Kobold", et l’activation de la porte de téléportation d’Urbus.

Et, pendant ces quatre jours, les évènements révélés dans la salle du boss du 1er Étage avaient été répandus et exagérés auprès de chaque joueur des lignes de front. La connaissance d’informations encore inédites, comme le fait que le boss utilisait des techniques de katana. La mort du leader du groupe de raid, le « Chevalier » Diabel. Ainsi que la personne qui était montée plus haut que n’importe qui sur les étages pendant la période des bêta-tests et avait obtenu des connaissances en vainquant les bosses de là-haut, celui qui avait obtenu le bonus de LA[1], le "Beater".

Heureusement... on pouvait le voir comme ça... même si le nom "Kirito" était largement connu, il n’y avait normalement qu’une quarantaine de joueurs qui savait à quoi ressemblait mon avatar. Et, dans SAO, des informations hors de propos telles que le nom des personnes qui nous étaient étrangères n’apparaissaient pas à côté du curseur. De ce fait, même si je longeais la rue et leur jetais des pierres, ça irait. Enfin, si je leur jetais des pierres, elles seraient probablement temporairement bloquées par la barrière système violette.

Malgré tout, juste au cas où, j’avais déséquipé le drop rare du boss du 1er Étage, l’armure "Manteau de Minuit", et j’avais attaché un bandana sur mon front pour banaliser mon apparence. Je ne m’étais pas déguisé pour me faufiler dans la ville principale dans le but d’aller voir quelqu’un, mais pour obtenir des potions, des provisions de nourriture et la maintenance nécessaire de mon équipement. Environ 3 km au sud d’ici se trouvait le petit village de « Marome », mais ses magasins manquaient de choix côté marchandises et, de plus, il n’y avait pas de PNJ forgeron.

A cause de ça, j’ai d’abord rempli mon espace de rangement d’un tas de provisions puis je me suis retrouvé à descendre la rue pour ma course suivante quand le cri de tout à l’heure a atteint mes oreilles… Voici toute l’histoire.


Après avoir vérifié que le cri « Ne te fous pas de moi » ne m’étais en aucun cas adressé, j’ai soupiré, relâché ma garde et continué à marcher vers ma destination, qui se trouvait aussi être l’origine du vacarme, sur la place est d’Urbus.

En moins d’une minute, j’atteignis un espace ouvert, bas et circulaire, en forme de mortier. Normalement, à 15h00, « Heure de Raid », il aurait dû y avoir foule mais, comme l’ouverture de la ville n’avait eu lieu que quelques jours auparavant, la plupart des joueurs venaient sûrement de la « Ville du Départ » pour visiter le coin.

Ces gens s’arrêtèrent au coin de la place quand un cri balbutiant semblable au précédent se fit entendre de l’autre côté. Je me suis rapproché de la foule et me suis faufilé à travers les trous, étirant mon cou pour découvrir la raison de ce vacarme.

« Pou…pou…pourquoi elle est comme ça !! Les propriétés ont excessivement diminué !! »

Le visage tout rouge de l’homme qui criait me semblait vaguement familier. Ce n’était pas un touriste mais un joueur qui aurait dû se trouver sur les lignes de front. Même s’il n’avait pas participé au raid du 1er Étage, son niveau était raisonnablement élevé si j’en juge par l’armure en métal et les trois larges cornes sur le casque qu’il portait.

Attirant encore plus l’attention, la main droite de l’homme aux trois cornes agrippa fermement une épée droite à une main dénudée. A l’intérieur des limites, il était impossible de blesser quelqu’un avec cette lame mais c’était quand même un peu dérangeant de la brandir dans la foule. Cependant, l’homme dont le sang montait à la tête continua à marteler le sol en pierre avec la pointe de l’épée et hurla :

« Pourquoi ces quatre échecs consécutifs ! +0, c’est invraisemblable ! Dans ce cas il vaut mieux un PNJ forgeron ! Prends tes responsabilités, forgeron de merde !! »

…Furieusement engueulé depuis quelques minutes, droit et silencieux malgré son expression troublée, se tenait un joueur de petite taille portant un tablier sobre en cuir marron.

Un coin de la place était couvert d’un tapis gris et, par-dessus, sur l’espace quasi vide, se trouvait une chaise et une enclume ainsi qu’un présentoir. Le tapis était appelé « Tapis de Vendeur » et n’était absolument pas bon marché ; étant donné qu’il fallait obligatoirement poser cet objet dans une rue de la ville pour ouvrir un magasin basique de joueur, c'était un produit essentiel pour un joueur marchand débutant. Bien entendu, même sans le tapis on pouvait vendre des objets, mais la durabilité des objets posés sans rien diminuait progressivement et on risquait de se faire voler les marchandises. Pendant la période des bêtatests, les rues principales de la ville principale de chaque étage grouillaient d’animation avec leurs marchands aux marchandises diverses étalées sur les tapis ; mais c’était la première fois que je voyais ce genre de tapis dans la version officielle de SAO, transformée en jeu de mort. Non, même au-delà de ça, c’était la première fois que je voyais un forgeron qui n’était pas un PNJ mais un joueur.

D’après la situation, j’ai finalement compris la cause du vacarme.

L’épée que l’homme martelait contre le sol tout en criant avait probablement été « Améliorée » par le forgeron déprimé. En général, le taux de réussite d’un joueur était plus élevé que celui d’un PNJ du même niveau ; la maitrise de la compétence concernée devait être solidement augmentée mais ça ne se voyait que jusqu’à un certain point, suivant l’apparence des objets. Les compétences productives nécessitaient des objets―pour un forgeron, la série de « Marteaux de Forgeron » était nécessaire―, l’équipement étant déterminé en fonction de la maitrise ; mais les conditions fixées étaient très subtiles. Pour le moment, à quelques mètres de moi, sur l’enclume en face du forgeron déprimé se trouvait le « Marteau en Fer » qui nécessitait une compétence supérieure à celle des PNJ forgerons de cette ville, qui utilisaient le « Marteau en Bronze ».

En d’autres termes, le taux de succès de ce forgeron lors de l’amélioration devait être plus élevé que celui des PNJ. Dans le cas contraire, son commerce n'aurait pas été viable ; et c’était probablement la raison pour laquelle l’homme aux trois cornes lui avait confié sa chère épée.

…Cependant… Malheureusement, dans SAO, à moins que le niveau de compétence dépasse la marge, les chances d’améliorer une arme n’étaient pas de 100%. Par exemple, s’il y avait 30% de chances d’échec, alors les chances de deux échecs consécutifs étaient de 9%, celles de trois échecs consécutifs de 3% et, finalement, les tragiques quatre échecs consécutifs étaient possibles selon une probabilité de 0,8%.

Le monde des jeux en ligne a cela d’étonnant que ce degré de probabilité implique, sans aucun doute, un « évènement qui arrive de temps en temps ». Dans un jeu auquel j’ai joué dans le temps, il existait des objets avec un taux de drop de 0,01% qui vous donnait envie de hurler : « C’est ridicule », mais quelques joueurs vraiment chanceux avaient vraiment obtenu l’objet. Je ne pouvais pas m’empêcher de souhaiter que ce genre de rareté démoniaque n’apparaisse pas dans SAO mais ça existait très certainement et je vivrais alors dans un donjon à sa recherche…

« …Pourquoi toute cette agitation ? »

Un murmure soudain se fit entendre à droite à côté de moi. Je fus surpris d'en découvrir l’origine.

A côté de moi se trouvait le beau corps fin d’une rapiériste portant une tunique en cuir blanc, des collants en cuir vert pâle et un plastron argenté recouvrant sa poitrine. On aurait pu la confondre avec une elfe―qui n’était pas censée exister dans Aincrad―, même si l’impression dégagée par sa tenue nette et claire était détruite par une cape démodée en laine grise qui allait de sa tête à sa taille. Mais elle ne pouvait pas faire autrement. Si elle ôtait sa cape, ses luisants cheveux châtains ainsi que son apparence d’elfe seraient révélés et les touristes alentours ne la laisseraient plus tranquille.

C’était l’une des quelques personnes dans ce monde…en fait, il n’y avait que cinq personnes que je pouvais considérer comme mes « amis ». J’ai pris une très profonde inspiration pour me calmer l’esprit et dit :

« Apparemment, l’amélioration de l’épée de ce Trois Cornes-kun a… »

Tandis que ma bouche prononçait ces mots, je me suis rappelé que, comme la fille à côté de moi, j’étais déguisé. Mon manteau noir avait été remplacé par une armure rustique en cuir et ma tête était recouverte par un bandana à rayures jaunes et bleues, déguisant mon corps tout à fait. Et je n’avais pas envie de croire que j’étais facilement reconnaissable… Dans ce cas, à partir de maintenant, il me fallait simuler une première rencontre pour lui répondre.

« …Ah…c’est…hum… Je vous ai déjà vue quelque part ? »

Dès que je dis ça, sous la capuche grise, les deux yeux aussi coupants qu’une rapière m’attaquèrent avec un regard horizontal tranchant, transperçant directement la zone entre mes sourcils.

« Plutôt que de s’être simplement rencontrés, je me rappelle qu’on a mangé ensemble et qu’on a même fait équipe ensemble. »

« …Ah, je me rappelle. Maintenant, je me rappelle. Je me rappelle même t’avoir prêté ma baignoire. »

*Slash* Le talon aiguisé de la longue botte―appelée « Botte de Frelon »―s’était enfoncé dans mon pied droit et l’avait pulvérisé, emportant un bout de ma mémoire.

J’ai toussé *ahem* et éclairci ma voix puis pincé du bout des doigts les bords de la capuche de la rapiériste avant de l’entrainer sur une place vide, 5m plus loin, et de la saluer à nouveau :

« Y…Yo, Asuna. Ça faisait un bail…pas vraiment, ça faisait deux jours. »

« Bonjour, Kirito-kun. »

En tout cas, je lui avais dit lors de notre rencontre, deux jours plus tôt, de laisser tomber le suffixe honorifique « -kun », vu qu’il s’agissait d’un avatar. Cependant, pour une raison que j’ignore, la débutante des jeux en réalité virtuelle ne semblait toujours pas vouloir en abandonner l’usage. Dans ce cas j’aurais dû utiliser « Asuna-san » pour lui parler ; mais, quand j’ai essayé, elle m’a répondu : « C’est trop compliqué, ne te casse pas la tête. » Le cœur des filles est vraiment dur à saisir.

Quoi qu’il en soit, j’avais, d’une manière ou d’une autre, réussi à la saluer pacifiquement. J’ai secoué la main pour attirer son attention du côté de l’agitation qui battait toujours son plein à l’étal du forgeron avant de lui donner une brève explication :

« Apparemment, ça s’agite parce que le Casque aux Trois Cornes a confié son épée au forgeron pour amélioration et ça a raté quatre fois d’affilée. Elle est donc devenue +0, ce qui lui a fait monter le sang à la tête. Enfin…je comprends quand même ses sentiments…quatre échecs consécutifs… »

Alors, la personne que je connaissais comme étant la plus rapide et la plus calme (je voulais ajouter ici « la plus belle » mais je l’ai omis pour éviter d’entrer en conflit avec le code de comportement) joueuse d’Aincrad, la rapiériste Asuna, haussa les épaules et fit remarquer :

« S’il y a une possibilité d’échec cette personne devait en être informée. Ce forgeron-san n’a-t-il pas déjà affiché dans son magasin la liste du taux de succès pour chaque type d’arme ? De plus, si l’amélioration a échoué il ne paye que les matériaux et pas la refonte. »

« Hein, vraiment ? C’est vraiment honnête de sa part… »

L’honnête joueur forgeron avait toujours l’air déprimé et je me suis rappelé ce que j’avais marmonné. En effet, même si 40% de moi comprenait l’homme aux trois cornes, après avoir entendu ces mots et chiffres ça descendit à 20%.

« …Peut-être qu’au premier échec son sang lui est monté à la tête et il a demandé qu’elle soit améliorée une fois de plus. Cette excitation et cette tristesse s’accompagnent toujours de paris… »

« C’était un commentaire en connaissance de cause. »

« N…non, c’était juste une appréciation générale. »

Dans ce monde, pendant la période des bêtatests, le 7ème Étage avait une arène de monstres qui offrait satisfaction sur toutes les propriétés ; mais, si je parlais ouvertement de mon expérience, ça risquait non seulement de ne pas améliorer l’impression qu’elle avait de moi mais, au contraire, de la diminuer. Me basant sur cette intuition, j’ai donc détourné le regard. Asuna m’a regardé avec suspicion pendant quelques secondes puis, heureusement, est revenue au sujet de conversation :

« …Eh bien, même si je pense que c’est dommage, ce n’est pas une raison pour s’exciter autant… Du moment qu’il économise l’argent pour les matériaux, il peut retenter le coup, non ? »

« Heu…non, il ne peut pas retenter le coup. »

« Pourquoi ça ? »

Tandis qu’Asuna inclinait la tête, j’ai désigné du pouce ma chère épée suspendue dans mon dos, « Lame Détrempée +6 », en expliquant :

« L’épée de ce Trois Cornes est une « Lame Détrempée » comme la mienne. Il a certainement accompli lui aussi la quête difficile du 1er Étage. Ensuite, il l’a amenée au PNJ forgeron pour l’améliorer en une +4. Eh bien, jusque-là, le succès était presque assuré. Cependant, à +5 la probabilité de succès diminue de manière significative. Il a donc demandé au joueur forgeron de le faire. Cependant, la première tentative a échoué, le nombre est donc descendu à +3. Puis il lui a demandé de l’améliorer à nouveau pour regagner ce qui a été perdu. Mais, une fois encore, ça a échoué et c’est tombé à +2. Ce processus s’est répété. Après trois, quatre échecs, c’est finalement devenu +0… Voilà la raison. »

« …Mais, à ce stade ça ne peut plus diminuer donc il peut à nouveau viser le +5… »

Tandis que ces mots quittaient sa bouche, Asuna sembla réaliser ce que je tentais de lui faire comprendre, car ses yeux noisette s’écarquillèrent tout au fond de la capuche.

« Je vois… « Tentatives Maximales d’Amélioration », hein. La limite supérieure de la Lame Détrempée est donc de… »

« Huit fois. En d’autres termes, avec quatre succès et quatre échecs il a tout utilisé. Cette épée ne peut donc plus être améliorée à présent. »

Donc… C’était ça SAO, un endroit où le système d’amélioration des armes était affreux.

Dans ce monde, le nombre de fois qu’un équipement pouvait être amélioré, la propriété « Tentatives Maximales d’Amélioration » avait été mise en place. Ce n’était pas une « valeur maximale d’améliorations possibles ». Cette valeur déterminait combien de fois on pouvait essayer de l’améliorer. Par exemple, mon équipement initial, « Petite Épée », avait une limite de 1 ; en conséquence, si on essayait de l’améliorer et qu’on échouait, l’épée ne deviendrait jamais +1.

Le pire c’était que le taux de succès de l’amélioration pouvait être influencé jusqu’à un certain point par les efforts du propriétaire. Bien entendu, ça impliquait de trouver un forgeron compétent (en fin de compte, on pouvait maitriser ses propres techniques de forge et le faire soi-même, mais c’était irréaliste dans le cas présent) ; et, si on réunissait des matériaux nécessaires à l’amélioration d’une qualité et d’une quantité exagérément élevées, les chances de succès augmentaient encore davantage.

Généralement, les joueurs forgerons fixaient le taux de succès de l’amélioration à environ 70% pour les honoraires courants. Si le demandeur voulait plus, il lui fallait payer des frais supplémentaires pour une plus grande quantité d’objets ou chasser lui-même les objets.

De ce fait, s’il y avait quelque chose à reprocher à l’homme aux trois cornes ce serait son emportement à continuer de demander l’amélioration les objets ratés. S’il avait pris un peu de temps après le premier échec pour prendre une grande inspiration et se calmer, il aurait payé plus ou serait revenu plus tard. De cette façon, la précieuse Lame Détrempée aurait évité la tragédie de devenir +0 après avoir usé toutes ses tentatives.

« …C’est vrai. Eh bien… En effet, je comprends un peu mieux sa surexcitation. Juste un petit peu. »

J’ai acquiescé vu que j’étais d’accord avec la remarque d’Asuna et j’ai eu un moment de silence pour cette pauvre épée. La voix de l’homme, qui continuait, comme toujours, à crier, fut interrompue. Apparemment, deux de ses amis avaient fait irruption. Ils ont chacun placé une main sur ses épaules et essayé autant que possible de le calmer.

« …Allons, allons, ça va aller, Ryufior. Je t’aiderai à refaire la quête de la Lame Détrempée aujourd’hui. »

« Si on arrive à se donner à fond pour ça pendant une semaine, visons le +8 cette fois. »

…Oh, maintenant ça prend une semaine pour le faire à trois ! Heureusement, je l’ai fait avant.

Donc, avec cette pensée pragmatique :

…Toi, chéris tes amis. Et, la prochaine fois, ne t’amuse pas à améliorer imprudemment.

Je les ai regardés, plein d’émotion, le Trois Cornes―rebaptisé Ryufior-shi―retrouva lui aussi son calme et quitta la place en marchant les épaules basses.

Derrière-lui, le forgeron, qui avait supporté calmement l’engueulade pendant tout ce temps, dit timidement quelque chose :

« C’est… Je suis vraiment, vraiment désolé pour ça. La prochaine fois je ferai vraiment, vraiment de mon mieux…ah, tu peux à nouveau me demander de le refaire même si tu me détestes peut-être… »

Ryufior, qui était en train de marcher, s’arrêta et se tourna pour faire face au forgeron et dit d’une voix soudain changée :

« …Ce n’est pas ta faute… J’ai hurlé un tas de trucs, c’était mal de ma part. »

« Non…ça fait aussi partie de mon travail… »

Les mains serrées devant son tablier en cuir, le forgeron inclina la tête, il avait l’air très jeune, en pleine adolescence. Avec ses fins yeux tombants et sa coupe banale avec raie au milieu, comme ça, il donnait une impression légitime de « Personnage Fabriquant ». S’il avait été plus petit et plus épais, il aurait ressemblé à un membre de la race des « Nains »… Non, vu qu’il ne portait pas de barbe, il aurait sûrement été un « Gnome ».

Tandis que je songeais à ça en observant leur interaction, le forgeron s’avança et s’inclina à nouveau profondément et dit :

« Heu, même si je ne pense pas que ce soit une excuse convenable…cette Lame Détrempée devenue +0 par ma faute, si ça vous va, peut-être que vous pourriez me la vendre pour 8 000 Cols… »

*Zuwa* …Le public alentour s’agita et un « ooh » s’échappa de ma gorge.

Sur le marché actuel, la simple Lame Détrempée qu’on ne pouvait se procurer que comme récompense de quête valait 16 000 Cols. 8 000 était la moitié de cette somme et, même si la lame de Ryufior avait les mêmes stats, le nombre de tentatives avait été épuisé et c’était à présent un « Produit Fini ». Elle valait maintenant moins de la moitié du prix du marché, peut-être environ 4 000 Cols. Cette offre d’excuse était exceptionnelle.

Ryufi-shi et ses deux amis furent étonnés et se regardèrent avant d’acquiescer tous les trois en même temps.


Cette suite d’évènements ayant pris fin, les trois personnes ainsi que les spectateurs se dispersèrent sur la place. *kan, kan* Le son rythmé du marteau commença. Le nain de l’étal… Je veux dire, le forgeron, commença à forger quelque chose sur l’enclume.

Asuna et moi nous sommes assis sur un banc du côté opposé de la place circulaire, écoutant vaguement ce son.

A la base, je ne comptais pas rester si longtemps sur cette place. A l’heure qu’il était j’aurais rapidement fini mes courses et me serais échappé d’Urbus. Il y avait deux raisons à mon changement de plan. Premièrement, j’avais rencontré une des seules personnes d’Aincrad qui ne m’appelait pas « Sale Beater », me permettant de m’exercer à l’usage de la langue japonaise. Ensuite…il y avait mon objectif initial, qui était d’améliorer la Lame Détrempée +6 qui se trouvait dans mon dos.

Hier, au village Marome, j’avais entendu par hasard qu’un joueur forgeron raisonnablement compétent était apparu sur la place est d’Urbus. Je m’étais dit que c’était le bon moment pour tenter le +7. J’avais donc pris les matériaux nécessaires à l’amélioration puis je m’étais déguisé et étais retourné à Urbus. Mais cet évènement inattendu avait eu lieu avant.

En vérité, je pouvais dès maintenant me lever du banc, aller voir le forgeron et dire : « Excuse-moi, j’aimerais améliorer quelque chose. ». Comme c’était ma première rencontre avec le Nai…non, le jeune homme, il ne dirait certainement pas : « Je ne forgerai pas l’épée d’un beater avec mon marteau. »

Cependant, les évènements de tout à l’heure m’avaient quelque part mis la pression. La même Lame Détrempée avec un taux de succès fixé à 70%…et +4 était devenu +0. Statistiquement c’était possible, mais c’était sans aucun doute une tragédie de première catégorie. Si la même chose m’arrivait, je ne me déchaînerais pas mais je ne quitterais certainement plus ma chambre pendant 3 jours.

Si je demandais l’amélioration dans cet état d’esprit, comment dire… C’était impoli envers la chance défaillante de Ryufior-shi et j’avais l’impression que mon épée allait très certainement échouer et devenir une +5. J’allais faire « Awawawawa » et retenter le coup sans matériaux additionnels, ce qui mènerait à un nouvel échec et la transformerait en +4. Naturellement, il n’y avait aucune preuve logique à ce raisonnement. Le « Pari d’Amélioration des Jeux en Ligne » ne pouvait pas être prédit par la logique…

« …Donc ? »

J’ai regardé d’un air vide du côté de la soudaine voix à côté de moi.

« Hein ? Quoi ? »

« …Comment ça « quoi » ? C’est toi qui m’as demandé de m’asseoir ici, non ? »

Asuna me lança un regard furieux.

« Heu, ah, ce…c’est vrai. Désolé, je réfléchissais à quelque chose… »

« Tu pensais à quelque chose… Kirito-kun, tu es venu pour l’amélioration de ce forgeron, n’est-ce pas ? »

« Hein, co…comment tu as deviné ? »

Tandis que je me reculais d’étonnement, la rapiériste m’adressa un regard surpris et dit :

« Quand on s’est croisés avant-hier à Marome, tu as dit que tu te rendais à l’est de la zone de montagnes rocheuses pour chasser des « Scarabées à Pois Rouges ». Tu avais donc dû te décider à collecter des matériaux pour améliorer ton épée à une main. »

« O…oh. »

J’ai inconsciemment poussé ce son.

« …C’est quoi cette réaction ? »

« Rien…c’est juste qu’on ne dirait pas les mots d’une personne qui ne savait même pas où était affiché le nom de son coéquipier il y a à peine 4 jours… Ah, ce…ce n’est pas de l’ironie. J’étais juste impressionné. »

« … »

Mes mots sincères le lui firent certainement comprendre car, d’une certaine manière, l’expression faciale d’Asuna se détendit légèrement.

« C’est parce que j’apprends diverses choses ces derniers temps, murmura-t-elle. »

J’étais heureux, pour une raison ou une autre, et j’acquiesçai en continu tout en parlant :

« Je vois, hum, c’est une bonne chose. Dans le monde des MMO, sans connaissances les résultats varient beaucoup. Si tu veux savoir quoi que ce soit n’hésite pas à demander, vu que je suis un ancien testeur, je sais tout jusqu’au 10ème Étage, des listes de produits jusqu’aux cris d’appel des monstres… »

Je me suis laissé aller à parler jusque-là avant de me rendre compte de la grave erreur que j’avais commise.

Comme je l’avais dit, j’étais un ancien testeur et, en même temps, j’étais actuellement de ceux qui « amassent et stockent un vaste savoir pour leur propre compte, un maléfique Beater ». Depuis le raid contre le boss du 1er Étage, à commencer par les amis du « Chevalier » Diabel, les joueurs de haut niveau qui me haïssaient étaient nombreux. Même si je m’étais déguisé avec une armure en cuir et un bandana, quiconque regarderait de près mon visage me reconnaitrait comme Kirito. Alors, la personne en train de discuter, assise sur le même banc que moi, Asuna, serait condamnée en tant qu’amie d’un beater. Discuter avec autant d’insouciance sur cette place grouillante était trop imprudent de ma part…

« Ah… Dé…désolé. J’ai quelque chose d’urgent à faire, je viens juste de m’en rappeler. »

Alors que je faisais mine de me lever avec cette piètre excuse, mes épaules…

La rapiériste utilisa tout à coup le bout de son souple index pour me contrôler de près et, à un tout petit volume, me chuchota :

« …A toi seul, tu supportes tout le ressentiment et la haine dirigée contre les anciens testeurs. Je pense que c’est trop pour toi… Mais, vu que c’est ta décision, je n’ai rien dit. Mais tu devrais aussi respecter mon choix. Je me fiche de ce que les autres pensent. Je serais de tes connaiss…amis que ça te plaise ou non. Depuis le départ, tu n’as jamais eu ton mot à dire, de toute façon. »

« …J’ai perdu. Tu as…tout deviné, hein. »

En marmonnant, je me suis à nouveau assis sur le banc.

La raison pour laquelle j’étais devenu un beater dans la salle de boss du 1er Étage et la raison de ma tentative de fuite quelques secondes plus tôt avaient été devinées avec une marge d’erreur de 0%, m’arrachant un *gu*. Abandonnant, j’ai levé mes mains en signe de capitulation. Asuna eut un petit sourire au fond de sa capuche et dit :

« Si toi tu es un pro d’Aincrad, moi je suis une pro des guerres psychologiques, pur produit d’une école pour filles. Je peux lire en toi comme dans un livre d’après les expressions de ton avatar. »

« Ce…c’est vraiment difficile à voir… »

« De ce fait, je pense qu’il est temps que tu m’apprennes la raison de ton hésitation à améliorer ton arme. En fait, je suis moi aussi venue ici aujourd’hui pour demander à ce forgeron-san d’améliorer mon épée. »

« Hein… »

Face à ces mots inattendus, j’ai regardé l’arme pendue à la taille d’Asuna. Gardée dans un étui en ivoire, le nom de la rapière à la garde vert foncé était : « Fleuret du Vent ». Lorsque nous avions fait équipe pour le raid contre le boss du 1er Étage, elle avait changé son équipement. Son épée d’origine avait donc été remplacée par ce drop de monstre. C’était en fait un objet plutôt rare. S’il était correctement amélioré, il avait le potentiel d’être utilisé jusqu’au 3ème Étage.

« Ça ne doit être qu’une +4 ? »

Asuna acquiesça à ma question.

« Tu as apporté tes propres matériaux d’amélioration ? Qu'est-ce que tu as amené ? »

« Voyons voir…quatre « Planches d’Acier », douze « Aiguilles d’Abeille du Vent ». »

« Hein, tu as travaillé dur…mais… »

J’ai calculé mentalement le taux de succès et grogné.

« Hum, avec ça le taux de succès pour obtenir un +5 avoisine les 80%. »

« Le risque n’est pas assez bas ? »

« Eh bien, normalement si…mais après le spectacle de tout à l’heure… »

J’ai tourné mon regard vers l’autre côté de la place, où, battant du marteau en rythme, se trouvait le joueur forgeron nain…en apparence. Asuna tourna elle aussi son regard puis haussa légèrement des épaules.

« La probabilité qu’une pièce tombe sur l’une ou l’autre face, indépendamment de tout résultat antérieur, est toujours de 50%. La personne de tout à l’heure a tenté sa chance et a essuyé plusieurs échecs d’affilée mais les tentatives d’amélioration de nos armes ne devraient pas en être influencées, n’est-ce-pas ? »

« Ça…devrait être le cas… »

Tout en marmonnant, tentant d’articuler un mauvais mot qui roula dans ma bouche, j’y ai réfléchi un peu. La rapiériste Asuna était une personne qui avait utilisé la science et la logique quand je tentais de la convaincre du « flux du pari ». Même pour moi, l’impression de « mauvais flux » ressentie par mon encéphale gauche n’était pas une base d’argumentation.

D’un autre côté, mon encéphale droit ressentait quelque chose. Que ce soit ma Lame Détrempée ou le Fleuret du Vent d’Asuna, si nous demandions au forgeron de les forger ici et maintenant, même en utilisant des matériaux pour augmenter la probabilité de succès, ça échouerait. Ignorer mon intuition n’était pas une bonne chose. C’était ma règle personnelle, basée sur une expérience de plusieurs années des jeux en ligne.

« Hé, Asuna. »

J’ai tourné mon corps vers la droite pour faire directement face à Asuna et dit ça en prenant une voix et un air des plus sérieux.

« Qu…quoi ? »

« Tu préfèrerais un taux de succès de 90% plutôt que de 80, non ? »

« …En effet, c’est une évidence. »

« Plutôt que 90%, tu préfèrerais 95%, non ? »

« …En effet, c’est une évidence. »

« Dans ce cas, je pense qu’il ne faut pas faire de compromis. Vu que, de toute façon, on est capables de collecter les matériaux, pourquoi ne pas nous appliquer à viser les 95% ? »

« … »

La rapiériste me regarda pendant quelques secondes avec un air suspicieux puis, comme si elle avait soudain ressenti quelque chose, battit lentement de ses longs cils avant de dire :

« Oui, c’est vrai que je n’aime pas les compromis. Mais je n’aime pas les gens qui activent plus leur bouche que leurs mains. »

« …Hein ? »

« Après tout ce que tu m'as dit, tu dois m’aider à viser la perfection, Kirito-kun. A ce propos, le taux de drop des Aiguilles d’Abeille du Vent est de 80%. »

« …Hein ? »

« Quand tu te seras décidé, rendons-nous sur les terrains de chasse. A deux nous devrions être capables d’en chasser à peu près une centaine avant la tombée de la nuit. »

« …Hein ? »

Tandis que j’avais une expression éteinte, Asuna me donna un coup sur les épaules et se leva avant de dresser légèrement les sourcils en me portant le coup de grâce :

« Et, si tu veux t’associer à moi pour la chasse, je te prie de retirer ce bandana tape-à-l’œil. Je suis vraiment navrée mais ça ne te va pas du tout. »


Postface[edit]

Bonjour à tous, je suis Kunori Fumio/Kawahara Reki. Merci d’avoir acheté ce livre.

Vous ne trouvez pas ça incomplet !!!

Je pense que tous ceux qui ont lu jusque-là diront probablement ça. Je suis vraiment désolé de ne pas avoir fini…orz. Ce « Rondo de l’épée transitoire, premier chapitre » est, comme son nom l’indique, le premier chapitre et va se poursuivre avec le raid du 2ème Étage jusqu’à son achèvement.

A la base, je voulais que cette histoire soit publiée sur ma page d’accueil pour le nouvel an ; mais, alors que je préparais un livre pour COMITIA98, jusqu’au bout, je n’ai pas trouvé d’histoire et n’ai pu qu’utiliser l’habituel Aincrad comme échappatoire. De ce fait, je voudrais m’excuser pour deux choses auprès de ceux qui ont acheté ce livre. La publication du « premier chapitre » de ce livre est prévue sur ma page d’accueil personnelle pour la fin de cette année. J’en suis vraiment désolé.

Cette histoire, « Rondo », est la suite directe de ma publication web « Aria dans la nuit sans étoiles » de cet été. Même si c’est juste un concept, je pense encore à écrire les évènements de l’aventure d’Asuna et de Kirito ; mais, si on y réfléchit, si je dois écrire étage après étage, ça va prendre quelques années, non, des dizaines d’années pour finir de l’écrire…(Rires) Avant d’écrire on doit se préparer ! Mais, vu que j’ai déjà commencé, penser à ça maintenant est inutile donc je ne peux que continuer. Du moment que tout le monde le supporte, je vais sans aucun doute continuer à vous tenir compagnie.


Notes de traduction[edit]

  1. LA : de l’anglais « last attack (dernière attaque) ». Il s’agit de porter le coup fatal au boss, ce qui est récompensé par un butin particulier.


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